The Plot Against America : Et si…

S’achevant aujourd’hui sur OCS en France, The Plot Against America a fait preuve d’une force inégalable parmi les séries diffusées cette année. Cette uchronie implacable, imaginant la montée de l’antisémitisme dans les États-Unis des années 40, s’avère redoutable en étudiant avec brio la notion de peur. Retour sur une oeuvre qui analyse cette crainte, pas si éloignée de notre présent.

Retour vers le passé

“Et si ?”. Cette interrogation revient en permanence dans les séries. Et si une société pouvait être régie par un système de notation ? Et si l’Angleterre succombait au populisme à l’ère du transhumanisme ? Des questions qui suscitent des inquiétudes et font le succès des séries d’anticipation. La nouvelle série de David Simon et Ed Burns a bien intégré cette nouvelle formule. Fort heureusement, plutôt que de dériver vers un sensationnalisme pompier, il fait avec brio le parfait inverse de séries comme Black Mirror ou Years and Years. En reprenant un roman de Philip Roth écrit en 2004, la série n’imagine pas le futur mais le passé. De la dystopie, on bascule vers l’uchronie. Le “Et si”, ici, serait « Et si les États-Unis avaient élus un héros national antisémite lors des élections de 1941 ? ». Ce héros populaire, c’est Charles Lindbergh. Cet aviateur qui a traversé l’Atlantique à bord de son avion, le Spirit of Saint-Louis, s’est fait élire pour son franc-parler et son incitation à la haine antisémite. Il bat ainsi Franklin Roosevelt et sa politique interventionniste.

En montrant comment la haine de l’autre est enracinée depuis toujours aux États-Unis, Simon envoie un uppercut violent à l’administration Trump.

John Turturro / Copyright HBO

Cette ré-imagination de la politique américaine, basculant insidieusement vers le fascisme, n’est pas innocente. Un président élu par sa popularité dans les médias et son langage de chartier, cela ne vous rappelle pas une personnalité élue en 2016 ? En montrant comment la haine de l’autre est enracinée depuis toujours aux États-Unis, Simon envoie un uppercut violent à l’administration Trump. Il dénonce une politique basée sur une construction de la peur.

Dans leurs regards

La grande intelligence d’une série comme The Plot Against America, c’est sa manière de convoquer la crainte sous la forme d’une grande fresque familiale. Nous suivons les Levin, une famille juive qui va voir sa vie basculée par l’arrivée de Lindbergh sur le champ politique. Sous des attraits de grand classicisme, la série nous fait balader dans différents points de vues afin de comprendre ce qu’il se passe devant nos yeux et la conséquence de tels basculements. Herman, père de famille avocat, est effrayé par le devenir de son pays et de ses proches, mais refuse de quitter le sol américain contrairement à sa femme, Elisabeth, qui souhaite déménager au Canada. Le neveu, quant à lui, s’est engagé auprès des forces canadiennes pour combattre les nazis en Europe. L’intérêt de multiplier les regards est de montrer que face à une telle violence politique, les comportements ne sont jamais manichéens.

Winona Ryder / Copyright HBO

Le personnage du rabbin Bengelsdorf (joué par John Turturro) s’avère être l’un des plus intéressants : rabbin bras-droit de Lindbergh, on devine sa volonté de protéger sa communauté en s’alliant à un ennemi, mais son plan politique aveugle contribue sans qu’il ne s’en rende compte à un fascisme sans précédent. Mais le plus palpitant reste dans le regard des enfants. Assistant sans pouvoir agir aux mutations de leur pays, que ce soit dans les salles de cinéma projetant les actualités, ou devant les disputes sous tensions des adultes, ils ne savent plus réellement où se placer. Le grand frère, adorateur de Lindbergh pour ses exploits d’aviateur, a du mal à se positionner contre lui. Tandis que le plus jeune, lui, craint pour sa survie et celle de sa famille. En six épisodes, toutes ces peurs amènent petit-à-petit une explosion de terreur. Personne n’est épargné dans ce cauchemar politique.

Raconté avec intimité, l’histoire des Levin nous brise le coeur par l’humanité qu’elle dégage. The Plot against America est une série politique d’une force monumentale, qui continue de te clouer au siège par sa triste résonance avec une politique actuelle. De la grande série américaine, qui impose et interroge sur ce que nous suivons sous nos yeux que ce soit au passé ou au présent.

Bande-annonce

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