Netflix / Copyright Lou Faulon

The Eddy : ce qu’on a pensé des deux premiers épisodes

C’est l’événement série du mois : The Eddy, production internationale Netflix sur le quotidien tourbillonnant d’un club de jazz parisien. A la réalisation, on retrouve deux noms évocateurs : Damien Chazelle et Houda Benyamina. Au casting ? André Holland, Tahar Rahim, Joanna Kulig et Leila Bekhti, rien que ça. Sur le papier, ça donne envie, très envie. Cependant, le swing promis n’apparaîtra jamais dans les deux premiers épisodes que nous avions pu voir. Retour sur une petite déception…

Le début nous envolait sous i, très bon augure. Par le biais d’un plan-séquence filmé à l’épaule, on se balade à l’intérieur du club éponyme, alors en pleine folie d’un concert. Un film nous revient en tête, Boogie Nights. Plutôt que les balades nostalgiques sado-masochistes du cinéma de Chazelle, rappelons-nous la balade funèbre vers l’espace dans First Man, on préfère repenser à ce voyage en plan continu dans la vallée de San Fernando qui présentait comme dans cette séquence chaque personnage s’apprêtant à avoir un rôle dans cette histoire. Le chant de Joanna Kulig nous emporte au même titre que le son endiablé des musiciens, c’est alors après que la dégringolade arrive.

Joanna Kulig / Copyright Lou Faulon

Les instruments sont rangés, une attitude maussade se fait ressentir au sein du groupe. Tout le monde repart, sauf le gérant (interprété par André Holland, qu’on a pu voir dans Moonlight ou la série The Knick). Soudain, trois hommes entrent dans la scène. Mais pas pour jouer de la trompette. Parmi eux, Alexis Manenti, caricature de l’homme sanguin qu’on avait déjà aperçu dans Les Misérables l’an passé. L’intrigue se met en place, le club est endetté à cause d’un achat d’alcools à des malfrats. C’est la même chanson qui redémarre pour Damien Chazelle, la quête d’un rêve (mener à bien un club de jazz, dans ce cas) qui doit forcément se faire dans la souffrance. On comprend alors ce qui l’a intéressé dans le scénario proposé par Jack Thorne, co-auteur du controversé Harry Potter et l’Enfant maudit

Malheureusement, à force de tourner en rond, le disque commence à se rayer. Qu’est-ce que la série souhaite nous raconter ? Nous l’ignorons encore au bout de cette ouverture. Et ce n’est pas un manque d’attache envers les personnages rencontrés qui, s’ils attirent notre empathie par leurs problèmes finissent très vite par nous désintéresser par un manque abyssal de profondeur. On pourrait rétorquer à cette remarque que nous avions vu seulement deux épisodes. Seulement voilà, chaque épisode est focalisé autour d’un personnage. Le premier, consacré à Elliot, présente un cliché du gérant en galère, toujours dans la froideur et la dérive. Le deuxième, consacré à sa fille, finit par nous achever par une écriture caricaturale de l’adolescente bourgeoise à la dérive. Une occasion manquée pour ajouter plus d’épaisseur à ces personnages, donc. Ce n’est malheureusement pas la mise-en-scène réussie d’un Paris tourbillonnant, dans une approche qui nous rappellerait les frères Safdie et leur appropriation de New-York, qui va nous faire rester devant notre écran.

Un rendez-vous manqué donc. The Eddy ne manque pas de singularité pourtant, notamment dans sa réappropriation de la ville Lumière. Néanmoins, un tel manque d’investissement émotionnel devient si édifiant que l’on se trouve obligé de baisser le rideau.

Bande-Annonce :

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart