Lovecraft Country ouverture

La Revue des Séries #9

Pour ce retour de la Revue des Séries, on évoque deux séries HBO qui se sont remarquées par leurs importances politiques en termes de représentations : I May Destroy You et Lovecraft Country.

I May Destroy You

Arabella, autrice du livre à succès Chronicles of a Fed-Up Millenial, et célébrée comme une icône, se retrouve face à une page blanche lorsqu’elle doit écrire son second bouquin. Alors, un soir, elle décide de retrouver ses ami-e-s pour se vider la tête dans les bars londoniens. Seulement, le lendemain c’est le black-out. Elle ne se souvient de rien à part d’une image dérangeante d’un homme qui la hante.

En douze épisodes, Michaela Coel (créatrice, scénariste, réalisatrice, productrice et actrice principale) explore la manière complexe dont une femme peut vivre l’”après” d’une agression sexuelle, tout en étant une personne pour qui la sexualité a une grande place dans sa vie et dans la société dans laquelle elle vit. Entre faiblesse et courage, entre doute et soutien, entre les moments les plus sombres d’une vie et les plus brefs instants de joie, I May Destroy You dessine surtout le portrait d’une femme dans le monde occidental d’aujourd’hui. Et qui plus est : le portrait d’une femme noire qui traverse tout ça. Ce, sans tomber dans le “choc pour le choc” et montrer frontalement l’acte. Parce que l’intérêt n’est pas de faire revivre à des milliers de personnes, où à Arabella, ce qu’elles ont vécu. L’intérêt est de montrer à toutes et à tous comment la société dans laquelle on vit construit une culture qui permet ce genre de choses d’arriver, à quel point c’est ordinaire. Alors on voit les discussions et les journées les plus anodines qu’il puisse paraître de la vie d’Arabella; d’un café en terrasse à discuter avec sa meilleure amie à une balade dans les rues de Londres en écoutant un podcast, et c’est justement comme ça que l’on se rend compte à quel point un tel évènement, un viol, impacte chaque pan d’une vie de façon si insidieuse qu’on ne s’en rend parfois même pas compte. Au-delà d’Arabella, ses meilleur-e-s ami-e-s Terry (Weruche Opia) et Kwame (Paapa Essiedu) ont également leurs propres histoires. Elles aussi tournent autour de la sexualité et de leur rapport à cette dernière, à l’amour, au couple, et à la façon d’envisager et de vivre tout ça. Sans compter que les deux permettent de voir deux manières de réagir et soutenir quelqu’un-e qui aurait vécu la même chose qu’Arabella.

Mais ne laissez pas l’apparente “simplicité” de la série vous dissuader, chaque épisode est un véritable ascenseur émotionnel et la saison entière ne nous laisse pas indemnes. Surtout si l’on est une femme. Et surtout une femme ayant vécu sensiblement la même chose. Après Chewing-Gum, Michaela Coel nous offre à nouveau une exploration de ce que peut être la vie en tant que femme, en particulier noire, et il est temps de reconnaître l’étendue de son talent.

La série est disponible en France sur OCS.

(Attention tout de même, si vous êtes sensibles au sujet de viol, d’agression sexuelles, etc, même si il n’y a rien d’extrêmement graphique, la série n’hésite pas à être crue et dire les choses telles qu’elles sont.)

Jade Domingos


Lovecraft Country

Ici, ça va être très bref étant donné que seulement deux épisodes ont été diffusés. Mais Lovecraft Country risque d’être le blockbuster pulp que vous n’espériez plus. En pleine Amérique ségrégationniste, un jeune homme vétéran fan de science-fiction décide de partir à la recherche de son père disparu. Petit à petit, ce qui allait de la simple vadrouille sous tension finit par dériver vers des phénomènes étranges (et gores)…

Produit par Jordan Peele et J.J Abrams mais surtout réalisé par Misha Green ; cette série surprenante règle ses comptes à tout un pan de la science-fiction construit par un auteur pourtant intolérant sous tous ses aspects. Toujours dans un souhait de réfléchir à la question de la représentation, Lovecraft Country est avant tout une série politique très efficace. Le tout construit autour d’une intrigue fantastique qui pêche un peu plus pour son montage trop expéditif et une oscillation entre sérieux et production série B digne d’une série CW. Néanmoins, on se prend très vite au jeu par l’attachement immédiat envers nos trois héros. Si vous cherchez la série fantastique du moment, il faudra sans doute vous tourner vers HBO maintenant.

Victor Van De Kadsye

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Un dossier réalisé par Amaury Foucart