Ramy : Quête identitaire d’un musulman en crise

Repéré à la télé américaine pour ses talents de stand-upper, le comédien d’origine égyptienne Ramy Youssef a rapidement pu s’offrir sa propre série biographique, Ramy, qu’il co-écrit, interprète et co-réalise. Puisque la deuxième saison est prévue aux states pour fin mai, nous avons rattrapé la première : un pur bijou d’écriture tragi-comique, à la fois intimiste et politique, sur l’identité culturelle.

Souvenez-vous : aux Golden Globes en janvier dernier, Ramy Youssef montait sur scène pour récupérer un prix auquel personne ne s’attendait, lui qui était nommé aux côtés de Michael Douglas, Bill Hader ou encore Paul Rudd dans la catégorie Meilleur acteur dans une série comique. « Je voudrais d’abord remercier Dieu, Allahu akbar » plaisantait-il d’un air innocent devant un public assez gêné, jusqu’à ce qu’il ajoute : « Bon… Je sais que vous n’avez pas vu ma série ! ». Cet esprit pince-sans-rire, cette manière de s’amuser des clichés sur la religion, c’est un peu que l’on retrouve dans la première saison Ramy. Une évocation en dix courts épisodes du quotidien d’un musulman pratiquant, vivant dans le Queens, mais surtout dans un pays où chaque individu est sans cesse réduit à l’ethnie dont il est originaire et à la croyance que l’on suppose être la sienne.

À l’instar de l’excellente série Atlanta qui donnait la parole à la communauté noire géorgienne, Ramy est une succession de portraits, à la fois au masculin et au féminin, allant du héros lui-même à son meilleur ami en chaise roulante, en passant par sa sœur et sa mère (interprétée magnifiquement, et parfois en langue française, par Hiam Abbass). Un ensemble de points de vue qui, tout en nuances d’humour et de mélancolie, forme une réflexion pertinente sur l’identité, l’acceptation de la différence, ou encore les origines qui peuvent imposer le déterminisme social d’une personne.

Millénial en crise, Ramy Youssef aborde l’écriture de son double de fiction comme une véritable thérapie existentielle. Beaucoup plus naïf que ses proches sur le rapport à la foi, le personnage est tiraillé entre la candeur de ses principes et le monde dans lequel il vit, ne sachant pas vraiment où se placer. Les désillusions de Ramy s’illustrent avec brio quand, afin de se ressourcer, ce dernier rend visite à sa famille égyptienne au Caire. Il se rend alors compte que la réalité de l’Égypte contemporaine n’a rien à voir avec le pays qu’il avait fantasmé (l’échec de la révolution post-Moubarak est mentionné avec noirceur). En effet miroir, Ramy fait également face à la vision tout aussi fantasmée des États-Unis qu’a son cousin.

Puisqu’il est question d’Amérique enfin, la série dresse un constat de l’après-11 septembre, au détour d’un épisode-flashback à la fois désopilant et sombre. Tandis que Ramy, alors préadolescent, peine à avoir une activité masturbatoire comme tous ses copains, une tour du World Trade Center s’effondre (métaphore ultra-borderline, mais savoureuse). C’est à ce moment que le garçon réalise qu’il est musulman, et donc potentiellement terroriste s’il en croit ses camarades d’école… Au point d’échanger une discussion avec Ben Laden dans un de ses cauchemars ! Oser évoquer ce traumatisme avec autant de culot et de justesse, sans se prendre les pieds dans le tapis, c’est réussir (on vous le dit) une très grande série !

Pléthore de guests sont annoncés pour la prochaine saison que l’on s’impatiente de voir (on y croisera notamment l’oscarisé Mahershala Ali). En attendant, faites comme nous, ruez-vous sur les précédents épisodes, disponibles en France sur Amazon !
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