La Revue des Séries #7

La revue des séries se met aux couleurs de la Pride Month avec un retour sur deux séries du moment : Love, Victor, spin-off du carton Love, Simon et Betty, plongée électrique dans le milieu du skate-board féminin.

Love, Victor

Vous vous souvenez de Love, Simon ? La comédie romantique très américaine de 2017 sur le quotidien de Simon, un ado en pleine crise existentielle qui vit une histoire d’amour avec « Blue » via messages ? Moi, oui. Je me souviens encore de l’excitation qui m’a submergée en apprenant qu’il allait exister, de l’émotion que j’ai ressenti en voyant plein d’adolescent-e-s ému-e-s dans la file d’attente du cinéma, et de l’énorme sourire qui se dessinait sous mes larmes de joie à la fin de la séance. Vous trouvez que j’en fais des caisses ? Peut-être oui. Vous vous demandez pourquoi j’en fais des caisses ? Parce que je ne peux pas m’empêcher d’être sensible face à la petite révolution qu’est ce film : un film d’un genre fondamentalement ancré dans les valeurs blanches hétéronormées républicaines et produit par un des majors du cinéma (FOX) qui se concentre uniquement et entièrement sur un adolescent gay, son parcours jusqu’à son coming-out et son histoire d’amour avec un autre garçon. Une révolution je vous ai dit. Adapté de Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens, roman de Becky Albertalli, Love, Simon a été un succès critique aux Etats-Unis et en France grâce à la qualité du traitement des codes de la comédie romantique et, surtout, du traitement de ses personnages. Ici pas de stéréotypes ni clichés, et aucun personnage gay réduit à une simple blague ou punchline. Un tel film, pourtant si simple, si ordinaire, était presque inespéré. Au box-office, son score n’était pas exceptionnel mais il eut son petit succès tout de même. Après ça, silence radio. Même si l’on espère que cette grosse vague est de belles répercussions, on les attend toujours. Toujours aucune comédie romantique lesbienne ciblée grand public produite par un grand studio en vue. Où aucun autre film coming of age sur une personne transgenre qui ne soit pas totalement dépeinte comme sombre et torturée. Finalement en 2019, alors que Walt Disney Company fait son marché et achète la 20th Century Fox, apparaît une annonce qui en a réjoui plus d’un-e : une série spin-off basée sur Love, Simon arrive sur Disney+ : Love, Victor. 

Censée être diffusé sur Disney+, vous remarquerez qu’elle n’est pas dans le catalogue. Pourquoi ? Parce que Disney a décidé que son contenu était « trop mature » pour son audience à qui la corporation veut proposer des divertissements familiaux. Je passerais très vite sur leur défense face à l’agacement des personnes LGBT+, dont moi, les dénonçant d’homophobie, qui était de soutenir que les éléments mettant à mal le côté family friendly étaient les quelques occurrences d’alcool alors qu’on retrouve, par exemple, Pirates des Caraïbes dans le même catalogue. Comme l’entreprise a aussi racheté une partie de la plateforme de streaming Hulu, Love, Victor se retrouve sur cette dernière.

Cette fois-ci l’histoire se concentrera sur Victor, un adolescent latino, qui déménage du Texas pour arriver à Atlanta et étudier à Creekwood, le même lycée où était Simon. Comme ce dernier, Victor cache son homosexualité à sa famille et ses nouveaux amis, en partie parce qu’il est lui même en train d’essayer de la comprendre et de l’accepter.

Comme le film, la série est très, très, américaine. Musique pop, bal de promo, rendez-vous devants les casiers… Mais ça n’empêche que tout est écrit avec le coeur. Victor a du mal à se comprendre, à trouver qui il est dans ce nouveau monde dans lequel il arrive. Alors qu’il espère pouvoir avoir un nouveau départ, être out dès son premier jour au lycée, il se rend compte que rien n’est aussi simple. Que de savoir qui on est vraiment c’est plus facile à dire qu’à faire. Et c’est aussi pour ça que la série prend son temps. La première moitié peut paraître très hétéronormée, très classique, mais c’est aussi une façon de se mettre à la place de Victor et de ressentir ce poids qu’il a sur lui, cette obligation à être la version du fils parfait, « normal », et donc hétérosexuel. Michael Cimino interprète superbement tout ça. Choix de casting légèrement controversé puisqu’il n’est pas queer, il est indéniable que Cimino maîtrise parfaitement le personnage. Chaque mimique, chaque déglutition de stress et chaque sourire (sincère ou pas) résonne si fort en n’importe qui ayant déjà été à la même place que ce personnage. Dans la deuxième moitié tout s’accélère et tout devient beaucoup plus réel, à la fois pour Victor et pour nous. Et puis en plus, quelques guests à ne pas manquer font leur apparition !

Bref, Love, Victor c’est tout doux, c’est sincère, bienveillant, humain et surtout ça réchauffe nos coeurs. 

La première saison est disponible sur Hulu, et une seconde est déjà en écriture.

Bande-annonce


Betty

Je pense que si j’avais été une adolescente américaine, j’aurais rêvé d’être une skateuse cool avec un groupe de potes stylées et queer. En tout cas c’est de ça dont j’ai envie après avoir regardé Betty. On reste dans de la série queer adaptée d’un film et on se retrouve dans l’univers créé par Crystal Moselle, celui de jeunes skateuses new yorkaises, celui du film de 2018 Skate Kitchen. Et puisque nous ne sommes plus chez Disney (enfin Hulu… enfin la FOX… enfin Disney quoi) mais chez HBO, on peut dire au revoir à une forme aussi aseptisée que celle de Love, Victor

Inspiré d’un vrai groupe de skateuses à New York se nommant elles-mêmes “skate kitchen”, le film suit le personnage de Camille (Rachelle Vinberg) qui devient amie avec ce dit groupe et essaie de trouver sa place. Et les personnages du film dont Camille, Kirt (Nina Moran), Janay (Dede Lovelace), Indigo (Ajani Russell), et aussi Honeybear (Kabrina Adam, qui s’appelait Ruby dans le film) sont les protagonistes de la série. Parce que Betty, c’est avant tout l’histoire d’un groupe, de leur intégration au monde et de leurs relations interpersonnelles. Plus qu’un passage à l’âge adulte, cette fois on est sur le refus du monde adulte comme il nous est vendu. Parce que chacune des héroïnes est, déjà, une femme, et la plupart sont queer, elles imposent leur place dans une société qui ne veut pas forcément d’elles. Pas par des démonstrations quelconque, mais juste en existant dans notre monde patriarcal, d’autant plus dans un milieu dominé par le masculin. Elles sortent, font du skate, rencontrent de nouvelles personnes, tombent amoureuses, galèrent, pleurent… elles vivent. En plus de ça, leur relation à leur genre et leur sexualité est approchée avec une telle simplicité et sincérité qu’on ne peut qu’être avec elles à travers toutes leurs mésaventures et leurs plus grosses conneries. Et c’est ça qui fait la force de Betty. même si vous n’avez jamais été une skateuse ou que vous n’êtes jamais allé-e-s à New York, certaines choses sont si universelles, si humaines, qu’on les ressent au plus profond de nous. Une interaction un peu gênante avec un crush ? C’est là. Une discussion un peu nulle mais qui paraît ultra profonde sur le coup ? Il y en a. Des rivalités ? Des amourettes ? Ça aussi. Et de l’amitié entre femmes qui n’a rien d’une grande histoire d’amour épique hollywoodienne mais qui vaut tout l’or du monde ? Oui, c’est surtout ça.

Étendre l’univers de Skate Kitchen en une format plus long et, par conséquent, plus approfondi, était la meilleure idée que l’on puisse avoir. Si vous voulez un teen drama sympathique sur le skate, joli et qui fait du bien; regardez Skate Kitchen. Si vous en voulez plus, si vous voulez une exploration des rues de New York en long, en large, et en travers, avec une superbe cinématographie et bande son, à travers les yeux de femmes queer qui n’ont pas froid aux yeux, sont cools et sont aussi ordinaires que vous et moi; regardez Betty

Betty c’est la définition même de sororité. C’est une famille choisie qui ouvre grand ses bras à toutes les personnes queer ayant besoin d’une épaule sur laquelle se reposer et d’une amie avec qui aller au skatepark. 

La première saison de Betty est disponible sur OCS !

Bande-annonce

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart