La Revue des Séries #6

On fête notre joie à l’idée de retrouver les salles obscures mais on oublie pas le petit écran ! Au programme de cette nouvelle revue : de la quarantaine, du dessin animé et des vampires.

She-Ra

She-Ra and the Princesses of Power (traduit She-Ra et les princesses au pouvoir et non pas « du pouvoir », ce qui est assez intéressant pour être noter) est un reboot de Dreamworks de la série de 1985 She-Ra, la princesse du pouvoir. Cette dernière se passe dans le monde d’Etheria dans lequel on suit Adora qui se voit découvrir ses pouvoirs lui permettant de devenir l’héroïne éponyme et, accompagnée de Glimmer, Bow et des princesses du pouvoir, va tout faire pour vaincre l’armée de la Horde et faire entendre raison à sa meilleure amie Catra. C’est une aventure haletant, colorée et fun, pleine de combats et d’amitié.

Toujours issue de l’univers des Maîtres de l’univers de Mattel (Musclor, Skeletor, etc), cette ré-interprétation de She-Ra n’est pourtant pas qu’un « simple » spin-off de Musclor qui prolongerait l’idée que l’un est pour les garçons et l’autre pour les filles. Cette version est pour toutes et tous et s’émancipe très naturellement de son ancêtre, qui détruisait déjà tous stéréotypes de genre et rôles imposés mais était toujours showrunnée par des hommes, grâce à la nouvelle personne aux commandes: Noelle Stevenson. Connue pour ses bande dessinées Nimona et Lumberjanes, et détentrice d’un Eisner Award, Stevenson n’est pas une bleue en terme d’écriture. Aussi, et surtout, Noelle Stevenson et son équipe écrive tout à travers un prisme féminine et qui plus est non-hétérosexuel. Sans pour autant nier l’importance que le personnage de She-Ra de 1985 a eu, et a toujours (la preuve sans elle, je ne vous parlerais pas de cette série aujourd’hui), Stevenson et toute l’équipe composée exclusivement de femmes ont assumé pleinement la queerness de cet univers, et ont mis un point d’honneur à se concentrer sur un éventail de personnages toutes et tous aussi différent-e-s qu’important-e-s. Par leurs complexités et leurs singularités, elles et ils offrent une dimension beaucoup plus contemporaine et humaine. She-Ra a toujours été un univers incroyablement queer et avec des idées féministes. Une épée magique et une licorne arc-en-ciel? Un mec super musclé en slip? Ce sont des choses qu’on voit beaucoup au mois de Juin…

Plus sérieusement (même si ces éléments restent valides), on y retrouve aussi énormément des femmes en position de pouvoir, qu’elles soient perçues comme gentilles ou méchantes, les thèmes de communauté et de famille choisie, et c’est essentiellement l’histoire d’une fille qui est exclue par sa supposée famille car différente, avant de trouver sa force en sa différence. Et avec les quelques évolutions et libertés de plus qu’on a aujourd’hui par rapport aux années 80, cette queerness et ce féminisme se sont naturellement infusés et étendus dans l’ADN de She-Ra, grâce à une équipe créative de femmes tout aussi diverses que les personnages qu’elles écrivent. Pour le plus grand bien de toutes et tous d’ailleurs puisque la représentation (bien faite) est extrêmement importante, surtout dans une série pour enfants. C’est quelque chose qui tenait énormément à coeur à Stevenson, et qui a eu un impact positif sur nombreux-ses des spectateur-rices.

Plus techniquement parlant, l’univers visuel est autant moderne et vibrant qu’il est un hommage aux années de sa prédécesseuse, sans jamais tomber dans l’écueil de la nostalgie forcée. Parce que l’écriture suit et est subtile et intelligente. Rien ne reste en surface, et la série n’a pas peur de toucher à des sujets plus profonds, plus sombres, et de soulever des questionnements sur le destin, le bien et le mal, le conditionnement social et les relations humaines. Tout ça entre deux éclats de rire. Puisqu’il ne faut pas oublier aussi que, tout simplement, She-Ra c’est fun. C’est énergique, bien rythmé, chaque interprète fait un travail de doublage incroyable (entre autres: Aimee Carrero en Adora, Karen Fukuhara en Glimmer, AJ Michalka en Catra, Lorraine Toussaint en Shadow Weaver, Jacob Tobia en Double Trouble, et même Sandra Oh et Geena Davis en Castaspella et Huntara)…. Tout est réuni pour nous plonger et nous emporter dans d’extraordinaires aventures avec Adora, Glimmer, Bow, Catra et les autres, que l’on soit petit-e ou grand-e.

Les cinq saisons sont disponibles depuis le 15 Mai sur Netflix.

Bande-annonce


What we do in the shadows

Kayvan Novak as Nandor, Natasia Demetriou as Nadja, Matt Berry as Laszlo.

Un argument est imparable en faveur de la série, dans la guéguerre qui la lie au cinéma : son format peut permettre d’étendre un univers, un propos. Le cinéma indépendant ne le sait que très bien avec plusieurs séries qui ont fait les frais d’une adaptation. Dear White People, par exemple, étendait ses sujets politiques et profitait de la visibilité de Netflix pour se faire entendre. Taika Waititi l’a très bien compris avec le film a qui a fait son succès : What We do In The Shadows.

Loin du remake que l’on pouvait s’imaginer, Waititi prolonge le mockumentary imaginant que les vampires vivent parmi nous. On suit une nouvelle colocation de ces créatures, à Staten Island cette fois-ci. Plutôt que de pasticher allègement ce mythe, le format de la série permet de les intégrer dans des situations tordantes (deux épisodes incluent un chapeau maudit), de la critique sociale (l’un des derniers épisodes traite du sujet des « trolls ») et une diversité dans le folklore de l’horreur. On rencontre aussi vampires, loups-garous et autres fantômes pour un résultat hilarant.

La série est à retrouver sur Canal+ Séries

Bande-annonce :


Mythic Quest : Quarantine episode

Mythic Quest: Raven’s Banquet inaugurait la toute première Revue des Séries en Mars dernier. J’y clamais alors tout mon amour pour cette série, son sujet, son casting, et ses créateur-rices. Évidemment, les choses étant ce qu’elles sont en ce moment, tout potentiel tournage est mis sur pause et d’autant plus aux Etats-Unis, encore en confinement sous de strictes directives bien justifiées. Mais cela n’empêche pas l’équipe de Mythic Quest de se retrouver sur Zoom et de nous offrir un épisode de série aussi drôle que touchant et qui restera à jamais dans les mémoires collectives et télévisuelles. Rob McElhenney, Megan Ganz et Charlie Day ont réussi à écrire et réaliser un épisode entier qui n’a pas peur d’explorer la complexité et l’intensité de cette époque tout en abordant le privilège de ses personnages, et ce avec toutes les évidentes contraintes du moment ; en utilisant avec brio tous les outils de connexions humaines que nous offrent nos téléphones et ordinateurs. Et bien sûr, tout est amené avec cet humour si propre à Mythic Quest (et It’s Always Sunny In Philadelphia, puisque écrite par les même personnes). Ceci dit, qui dit épisode tourné sur ordinateurs ne dit pas forcément épisode ennuyeux ou linéaire. On retrouve tous les personnages, tous ! Même l’équipe de testeuses est présente et a une importance capitale dans le déroulement de cette vie de bureau à distance. Et à l’image d’un épisode classique de la série, Quarantine n’a pas qu’une ou deux actions parallèles, mais quatre! Entre joie, amitié, vulnérabilité, et paris sur Street Fighter pour savoir combien donner à une association caritative, ces quatre lignes narratives qui nous questionnent sur notre place dans tout ça autant qu’elles nous font rire, se rejoignent intelligemment par différents moyens de communications et de mise en scène, et culmine pertinemment en un moment d’humanité si touchant qu’on aurait presque envie de recommencer les réunions à plus de dix en visioconférences. Mythic Quest: Quarantine ne cherche pas à donner de leçons, et n’a pas non plus la prétention de pouvoir changer les choses ou d’avoir un impact historique. Cet épisode est simplement un câlin plein d’amour et de compréhension bienvenu, et il se veut être juste ça: un instant de douceur et de soutien, à son échelle. Si vous le pouvez, je vous conseille vraiment de regardez ces vingt petites minutes.

Au-delà d’être réellement ingénieux et d’exécuter l’idée de tourner un épisode de série à distance parfaitement, ce special promet de vous faire rire et sourire, chose assez rare mais nécessaire pour beaucoup d’entre nous ces temps-ci (toujours, mais particulièrement ces temps-ci) !

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart