La Revue des Séries #5

Nouvelle revue des séries ! Pour cette cinquième édition, Jade nous propose une sélection de séries « teens » très différentes. L’une parle des tourments de la jeunesse et l’autre fait la même chose, mais avec du fantastique derrière. C’est alors que Victor va apporter une touche de noirceur avec la nouvelle série dramatique de Derek Cianfrance.

SKAM France (saison 6)

Toute l’équipe de Good Taste Police le sait, tellement elle en a marre de m’entendre le clamer partout : j’ai un amour fou pour SKAM. Que ce soit la série originale norvégienne ou la version française (ou l’italienne, l’espagnole, l’allemande, la belge,…), SKAM est un phénomène dans le paysage sériel qui a touché mon coeur d’adolescente. Ce n’est pas une série « pour ados » comme les autres. Au-delà du fait qu’elle aborde une grande variété de sujets aussi personnels qu’universels comme le passage à l’âge adulte, l’amitié, le handicap, les relations toxiques, l’homo et la bisexualité ou bien la foi, ceci à travers le prisme contemporain d’un-e personnage par saison, SKAM est bien le portrait d’une génération puisqu’elle a la particularité d’être diffusée en temps réel et sur plusieurs plateformes.

Concrètement, pour que l’immersion soit complète et que l’on puisse ressentir les mêmes choses que le ou la personnage principal-e, chaque scène d’un épisode est diffusée à l’heure à laquelle elle se passe dans la diégèse, et chaque personnage qui a un compte Instagram dans la série, l’a aussi dans notre réalité à nous. Cette formule inédite que la série originale a instaurée a été évidemment reprise dans chacun de ses remakes en s’accordant aux usages propres du pays dans lequel l’action se passe (on a pas les mêmes hashtags ou memes en France qu’à Rome, par exemple). La version française a vraiment décollée grâce à son excellente troisième saison sur le personnage de Lucas, sur l’acceptation de son homosexualité et son histoire d’amour avec Elliot. Cette dernière pouvait enfin prendre des libertés par rapport à la série originale, et a réussi avec brio à ramener cette touche française qui n’a rendu la série que plus réaliste. Ça n’en a été que bénéfique puisque s’en sont suivies une quatrième et une cinquième sur respectivement : Imane et sa foi musulmane, et Arthur et sa surdité naissante. Alors que la cinquième saison était complètement inédite (puisque pas adaptée stricto sensu de la version norvégienne, cette dernière ayant été annulée après sa quatrième saison), la sixième est centrée sur une toute nouvelle personnage. Par ce fait, elle se libère respectueusement du matériau de base. Seulement quatre épisodes de la saison 6 sont sortis à ce jour mais je peux déjà affirmer que c’est l’une des meilleures saison de SKAM France, et de SKAM en général. Tout est excellent. Les thèmes abordés y sont peut-être plus lourds cette fois-ci ; le deuil, la solitude, l’addiction, et bien entendu: l’amour et l’amitié. Mais ces sujets sont abordés avec tant d’intelligence et d’humanité, qu’on ne peut qu’apprécier toute l’attention et l’amour portés à cette histoire et à ce personnage. Parce que baser toute une saison sur un personnage inédit était un pari risqué aurès des fans de la série. Les autres, on les connaissait déjà, et si on s’avérait être fans de la série originale, on les portait dans nos coeurs. Lola, elle nous était inconnue. D’ailleurs, certain-e-s disent avoir du mal à s’y attacher pour cette raison. Cela dit, personnellement, je l’adore. Elle est si imparfaite, si humaine. C’est un superbe personnage qu’il est beaucoup trop rare de voir dans n’importe quelle oeuvre à destination d’un public jeune. Elle est formidablement bien écrite et son interprète, Flavie Delangle, l’incarne si magistralement que chaque haussement de sourcil ou pinçage de lèvres réussit à nous transmettre tout son spectre d’émotions. Que vous connaissiez SKAM ou non, que vous ayez des à priori sur les séries « pour ados » ou non, cette sixième saison de SKAM France est une réelle pépite à découvrir au plus vite!

Chaque scène (ou clip) est disponible en temps réel sur le Youtube de France Télévisions Slash, et les épisodes complets sont diffusés chaque vendredi à 18h sur le site de la chaîne.

Jade Domingos

Bande-Annonce


I Know This Much Is True

Là, on va radicalement changer d’ambiance après le ton Teen de Skam. En un seul épisode, la nouvelle mini-série de HBO nous achève avec un grand coup de massue. En même temps peu étonnant quand on apprend que c’est Derek Cianfrance, le pro des coups de poignards émotionnels à qui l’on doit Blue Valentine, qui est derrière tout cela. Ancré dans les États-Unis des 90’s, la série raconte le destin de deux frères jumeaux (joués par Mark Ruffalo) et de leurs chemins respectifs après le décès de leur mère. L’un s’avère être atteint de schizophrénie et l’autre vit péniblement son divorce. On y ajoute à cela la mort et une mutilation et on obtient un bon moment de dépression. Suivre cette série risque de ne pas être facile émotionnellement, mais porté par la mélodie fantastique de Harold Budd et un argentique sublime, on risque d’être devant du drame puissant à la Steinbeck.

La série est à voir actuellement sur OCS

Bande-annonce :

Victor Van De Kadsye


The Society

The Society

Puisqu’elle vient tout juste de fêter son premier anniversaire le 10 mai 2020, et avec l’arrivée imminente de sa deuxième saison (Quand exactement? On ne sait pas encore… On attend toujours des nouvelles de Netflix), il me paraissait évident de revenir sur cette excellente série que j’aime tant : The Society.

Relecture contemporaine de Sa Majesté des mouches (Lord of The Flies) de William Golding, The Society est une série d’une saison –pour l’instant– de Christopher Keyser, produite par Marc Webb et diffusée sur Netflix depuis 2019. On y suit les adolescent-e-s d’une petite ville alors qu’elles et ils se retrouvent mystèrieusement bloqué-e-s dans une version isolée et sans adultes de cette dernière, après qu’une étrange odeur ait emplie l’air. Très honnêtement, je me rappelle comme si c’était hier avoir lancé le premier épisode sans grandes attentes ni convictions. En n’ayant ni vu de bande-annonce, en ne sachant pas qu’elle avait un quelconque rapport avec Lord of The Flies, et en ayant simplement lu le pitch, je ne savais pas à quoi m’imaginer vraiment. Le pilote s’ouvre sur la représentation d’une pièce de théâtre du lycée de West Ham, une ville rurale assez bourgeoise du Connecticut, alors qu’à l’extérieur s’installe une étrange odeur nauséabonde dont personne ne connaît la source. Immédiatement l’ambiance est posée. C’est rural et c’est des belles maisons avec de belles clôtures. C’est gris et un peu glauque mais c’est aussi fleurit et on retrouve des (faux?) sourires sur chaque visage.

Le lendemain, on apprend à mieux connaître tous les protagonistes, les adolescent-e-s et leurs parents, quand tout le lycée part en voyage scolaire. C’est là que tout va vraiment commencer. Les élèves prennent place dans le bus, nous permettant de distinguer les clans et les affinités de chacun-e, et, impatient-e-s de s’éloigner de leurs parents, toutes et tous pour des raisons différentes, s’endorment peu à peu, pour se réveiller dans le bus à l’arrêt, de nouveau à la case départ. Seulement ce West Ham est différent: tous les parents ont disparu et il n’y a aucun moyen de sortir de la ville. Le premier épisode pose formidablement bien l’atmosphère qui planera sur toute la série et sur tous ses protagonistes, ce qui est assez inédit à mon sens, et surtout bien gérée. On s’y croirait. On aurait presque envie d’y être (enfin peut-être pas trop non plus…). La mise en scène reste simple et cela sert superbement cette pesanteur constante et le propos, avec un rythme très peu ennuyeux malgré le fait que la série soit principalement faite de tunnels de dialogues sous un angle assez terre à terre. Ceci dit, préparez-vous à quelques scènes de voitures, et à surtout beaucoup de séquences si pleine d’émotions que nos coeurs en débordent.

The Society est avant tout une exploration des relations interpersonnelles dans une situation sans précèdent de (re)construction à des niveaux sociaux et intimes. Parce que, tout comme dans le roman dont la série s’inspire, le fait que les personnages soient des adolescent-e-s n’est pas anodin. C’est une histoire de passage à l’âge adulte, et, tout compte fait, la séparation physique des parents, la solitude, la notion de créer sa propre société, son propre cercle de relations, n’est que le reflet de la découverte du « monde des adultes » par des enfants. Et quand cela est fait à travers un éventail de personnages si éclectiques, aussi attachants que détestables, que celles et ceux dans cette série, c’est la cerise sur le gâteau.

Toutes et tous interprété-e-s par des personnes si talentueuses que, entre autres, Kathryn Newton, Gideon Adlon, Sean Berdy, Natasha Liu Bordizzo, Jose Julian, Olivia DeJonge, Kristine Froseth, et Jack Mulhern (qui joue un des meilleurs personnages que le monde de la série ait connu à mes yeux). Alors que je ne savais pas du tout quoi espérer de cette série, je ne cesse d’y penser depuis un an. Tout ce qu’elle dit sur la nature humaine, et la façon dont elle le fait, m’a touché si profondément et d’une manière si inattendue que je ne peux qu’avoir les plus grandes des attentes pour sa saison 2 (annoncée pour cette année).

The Society est disponible sur Netflix.

Jade Domingos

Bande-annonce

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart