La Revue des Séries #4

1er Mai, fête du travail mais aussi jour de sortie de la nouvelle Revue des Séries ! Une revue consacrée aujourd’hui à la lutte avec trois séries, convoquant des questions de représentations et de politiques, proposée par Jade !

LA CASA DE LAS FLORES

Après une première saison exceptionnelle, une seconde un peu plus inconsistante, La Casa de Las Flores est revenue en grande pompe la semaine dernière pour sa troisième et dernière saison mêlant son habituel côté mélodramatique kitsch avec des flashbacks de 1979 bien fournis en drogue, mais aussi une sous-intrigue sur la chanson Bailando de Paradisio avec tragédie. Oui, ça fait beaucoup.

Mais le pitch de base en fait déjà beaucoup : la parfaite petite famille De La Mora, riches fleuristes très réputés à Mexico, est sur le point de fêter l’anniversaire du patriarche quand un suicide accompagné d’une lettre s’apprêtent à révéler tous leurs secrets. C’est dans un cadre magnifiquement bien décoré de fleurs en tout genre que cet effet boule de neige effreiné va briser tous les faux-semblants et mettre à mal l’image irréprochable de la famille. Le thème des fleurs n’est pas là que pour faire joli.

Au-delà du fait que les personnages principaux-ales sont fleuristes ou issu-e-s de cette famille, et que chaque épisode porte le nom d’une fleur et de sa symbolique, leur connaissance, signification et leurs implications vont avoir une importance considérable au sein de l’intrigue. De la naissance à la mort, en passant par la floraison, La Casa de Las Flores nous fait passer par toutes les étapes d’une vie. Créée par Manolo Caro, la série est servie par un casting excellent. On y retrouve, entres autres, les grandes Verónica Castro et Cecilia Suárez (qui est d’ailleurs dans presque tous les projets de Caro) au sommet de leur art.

Également présent : Paco León, dont la présence a fait énormément débat malgré ses qualités d’acteur puisqu’il joue María José , une femme transgenre. Il est impossible de parler de La Casa de Las Flores sans parler de son côté queer, et donc des erreurs et maladresses que la série a pu faire. C’est un choix très facheux et discutable de caster un homme cisgenre pour jouer une femme transgenre, parce que ça n’a pas vraiment de sens de choisir un homme pour jouer une femme. Il est impossible de savoir quel a été le cheminement jusqu’à ce choix. Paco León lui-même, bien qu’il ai accepté le rôle, a dit ne pas savoir pourquoi la production n’avait pas casté une actrice transgenre. Il a été assez communicatif sur le fait de comprendre les critiques et de s’informer sur le sujet, voulant tout faire pour honorer ce personnage et tout ce qu’elle implique, sans être caricatural ni offensant. Il a aussi reçu le soutien de Daniela Vega, actrice principale du génial Une Femme Fantastique. Ceci étant dit, un aspect important de cette série est son inattendu côté queer. Le postulat de base est tout ce qu’il y a de plus ordinaire, et n’est d’ailleurs pas sans rappeler une classique série états-unienne des années 2000, mais ce sont ses twists légèrement over the top et ses personnages si humains qui donnent à la série ce côté très moderne et rafraîchissant. A aucun moment forcé-e, les personnages de La Casa de Las Flores existent juste comme ils et elles sont. Et c’est en ça qu’ils et elles allient parfaitement le traditionalisme d’une vieille telenovela à notre contemporanéité et offrent la liberté croissante des personnes marginalisées à être visibles. Tout cela en prenant compte des dures réalités qui sont encore malheureusement beaucoup trop présentes, notamment à Mexico (certaines scènes peuvent choquer, en l’occurrence dans la dernière saison qui aborde beaucoup plus les conséquences de l’homophobie et de la transphobie). Malgré des réserves sur la constance de cette dernière saison, quelques idées étonnamment intéressantes (comme les flashbacks) renouvellent le tout et font de ces derniers épisodes une conclusion aussi farfelue que cohérente, aussi jolie que bouleversante. Alors que la famille De La Mora passe ses derniers instants sur nos écrans, on ressent les même sensations que lorsqu’on les avait vu pour la première fois.

Les trois saisons sont disponibles sur Netflix.

Bande-annonce :


LITTLE FIRES EVERYWHERE

Après avoir incarnée Madeline dans Big Little Lies, Reese Witherspoon revient en tant qu’Elena dans une autre de ses productions : Little Fires Everywhere. C’est avec l’incroyable Kerry Washington qui campe Mia, qu’elle forme un duo enflammé qui va traverser et explorer tous les secrets de famille les plus inavouables, ainsi que les dures réalités d’une société ordinairement et intrinsèquement raciste dans un quartier riche et blanc des Etats-Unis.

Le trailer ne m’avait pas fait tant d’effet que ça et j’avais fait l’erreur idiote d’y voir un énième ersatz de Big Little Lies sans en savoir grand chose. Mais contre toute attente Little Fires m’a immédiatement saisi. N’ayant pas connaissance de l’intrigue du livre original de Celeste Ng, et la bande annonce en dévoilant peu, je ne m’attendais à rien d’autre que l’histoire d’un conflit entre deux familles, l’une riche et l’autre pauvre. Jamais je n’aurais pu m’imaginer être autant prise aux tripes. Filiation, adoption, racisme, sexisme, lutte des classes, tout ça y est exploré avec tant de nuances, si humainement, que ça ne peut que vous toucher au plus profond de vous tant par les émotions que par les réflexions induites.

Au-delà des deux personnages principales, on y retrouve tout un éventail de points de vue, surtout grâce aux enfants d’Elena et Mia. Toutes et tous brillament interprété-e-s (par Jade Pettyjohn, Lexi Underwood, Megan Stott, Gavin Lewis et Jordan Elsass), elles et ils vivent leur propres épreuves en même temps qu’elles et ils sont tout autant des causes que victimes des conséquences des actions d’Elena et Mia. Facilement comparable à Big Little Lies par sa superbe réalisation et son atmosphère, Little Fires Everywhere l’est aussi par l’envie de Witherspoon de produire et de raconter des histoires de femmes avec toutes leurs erreurs et « imperfections » sans leur porter de jugement. Oui, parce qu’on parle beaucoup du fait qu’elle joue dans ces séries, mais peu du fait que c’est grâce à elle qu’elles existent.

Les 8 épisodes de Littles Fires Everywhere sont disponibles sur Hulu, et accrochez-vous, le dernier m’a mis un coup.

Bande-annonce :


MOTHERLAND : FORT SALEM

Un monde où l’armée américaine a des sorcières comme soldats ? Vous ne rêvez pas, c’est Motherland : Fort Salem. Il y a bien longtemps, la cheffe d’une assemblée de sorcières a conclu un marché avec le gouvernement américain afin de protéger les siennes du bûcher : aider les forces militaires à défendre le pays grâce à leurs pouvoirs.

Dans ce contexte, on retrouve trois adolescentes; Raelle, Abigail et Tally, alors qu’elles s’engagent dans l’armée, chacune pour une raison différente, et commencent leur entraînement. Seulement tout n’est pas si simple puisqu’il s’avère qu’une menace plane sur le monde: les Spree, un groupe terroriste utilisant lui aussi la magie et étant contre l’union des sorcières et de l’Etat. Ok, alors, ça fait beaucoup.

Personnellement, dès que j’entends le mot « sorcière » j’accoure en partant déjà conquise. Là, en entendant le pitch, j’étais déjà en train de sprinter. Mais en arrivant, j’ai vu que la série était diffusée sur Freeform, c’est-à-dire une chaîne du cable plutôt familiale (c’est pas HBO quoi) qui, en plus de ça, appartient à Disney. Du coup, même si j’adore tout ce que touche à la sorcellerie, j’ai un peu revu mes attentes à la baisse. Et en effet, la série est un peu clichée. On y voit quelques grosses ficelles scénaristiques parfois, et on y retrouve très souvent une atmosphère cucul la praline adolescente. Mais c’est aussi étonnamment très mature. Même si tout semble téléphoné, la série est assez intelligemment écrite pour que même les intrigues qu’on a l’impression d’avoir déjà vu des centaines de fois, nous tiennent en haleine. Et ces personnages principales sont si attachantes qu’on les adore sans avoir le temps d’y réfléchir à deux fois, et qu’on ressent complètement tous leurs conflits internes. Parce que le concept de sorcières dans l’armée, qui plus est des adolescentes, n’est pas là juste pour faire joli.

Motherland: Fort Salem utilise pleinement ce prisme pour explorer les notions de misogynie et de sexisme d’État, c’est-à-dire au sein de notre société par les gouvernements et leur politique, de guerre, et surtout de la découverte de soi, de son pouvoir, et du passage à l’âge adulte en tant que femmes toutes les unes les plus différentes des autres. Bien que la série ait été créée et principalement écrite par un homme; Eliot Laurence (chose importante à prendre en compte, surtout lorsqu’il s’agit d’explorer la féminité et les questions de sorcellerie d’autant plus), on peut retrouver au fur et à mesure des épisodes des scénaristes femmes et réalisatrices au sein de l’équipe. Si vous aimez une touche de série teen avec votre Charmed, ou si vous préférez Suspiria (peu importe la version), voire même si vous adorez les deux, Motherland : Fort Salem a des très grandes chances de vous plaire.

La première saison a commencée en mars dernier et est toujours en cours sur Freeform aux Etats-Unis. La série reste inédite en France.

Bande-annonce :

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart