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Tyler Rake : Pétoires de nos Pères

Maintenant libéré de ses contraintes thanoto-cosmiques, Chris Hemsworth peut souffler quelques années et s’approprier de nouveaux rôles de composition. Le verra-t-on en dépressif chez Paul Thomas Anderson, en manipulateur du temps chez Christopher Nolan ou en éleveur de bidets chez Spielberg ? Nul ne sait. Pour l’instant, il est surtout occupé à péter des gueules pour le compte de ses « bros » de toujours, les frères Russo, devant la caméra d’un cascadeur fraîchement promu réalisateur. Sa nouvelle identité ? Tyler Rake. Sa mission ? Sauver le fils d’un baron de la drogue et rappeler à tous ces orientaux primitifs et corrompus qu’il ne faut pas faire chier l’occident !

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Il est occupé à sauter de falaise en falaise, à méditer sous l’eau avant de siffler sa bière tout juste entamée. Lui, c’est Tyler Rake, cet agent des forces spéciales tatoué, scarifié et surtout trop beau pour être vrai. Il est le mec qu’on appelle pour les missions que tout le monde refuse. Imaginez-le, à traîner sa carcasse de vétéran aux quatre coins du monde pour noyer son deuil dans l’alcool et l’ultraviolence. Enfin, Tyler Rake est surtout un super prétexte pour inscrire un nouveau challenger dans la catégorie « one man army », dont le plus fier représentant du genre, John Wick, commence à peser quelques millions de dollars et a déjà deux longueurs d’avance. Forcément, un tel succès ne peut que faire quelques envieux. Avec Tyler Rake, Netflix espère réitérer le succès du babayaga, en adoptant une configuration similaire : un réalisateur qui n’en est pas vraiment un, un scénario simple et un goût marqué pour les chorégraphies qui font mal. À ce petit jeu, la nouvelle licence produite par Anthony et Joe Russo a quelques atouts à faire valoir.

L’agent use et abuse de ses super-pouvoirs (ses biscoteaux) pour foutre le Bangladesh à feu et à sang, dans un ballet de balles et de tôle froissée.

Tout ce qui touche de près ou de loin à « Je tue mon prochain » est, disons-le, une belle réussite. Sans être aussi folles et maîtrisées que celles de la saga John Wick, les scènes d’action de Tyler Rake font preuve d’une réelle variété, entre les combats à mains nues, à l’arme blanche, avec des flingues, dans des bagnoles, contre des hélicos, etc. L’agent use et abuse de ses super-pouvoirs (ses biscoteaux) pour foutre le Bangladesh à feu et à sang, dans un ballet de balles et de tôle froissée. Peu farouche, le réalisateur Sam Hargrave se permet même un long (faux) plan-séquence à mi-parcours, intense moment de gloire en X temps qui renvoie tout droit à la seule bonne scène de Atomic Blonde. Quand on finit par apprendre que le bon Sam a joué un rôle dans le film de David Leitch, on se dit que le monde de l’action est décidément bien petit.

Le problème, c’est qu’en deux scènes d’action, il y a des moments à caler. C’est là que la comparaison avec John Wick s’arrête. Difficile de passionner les foules avec une banale histoire de rédemption et de courage et les jérémiades fournies avec. Tyler Rake se prend beaucoup trop au sérieux et finit par ennuyer quand les armes sont rangées. Dès lors, on n’espère plus qu’une chose, que ce bon vieux Tyler mette de côté ses petits traumatismes de pacotille et retourne fracasser des locaux dans la joie et la bonne humeur, quitte à se farcir quelques explosions malheureuses. On ne peut pas tout avoir !

Daddy issues
Tyler Rake n'aurait pu être qu'une énième production Netflix à peine regardable. C'était son destin. Mais la réalité est toute autre. S'il reste très loin d'un Six Underground infiniment plus bandant, le cocktail d'action blanc et testostéroné proposé par Sam Hargrave s'en tire avec les honneurs et offre quelques très beaux morceaux de boucherie. On sera au rendez-vous pour la suite !
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