The Politician, la critique de la saison 1

Ryan Murphy a signé un grand coup : Pour la première fois, il débarque dans le monde des productions Netflix. Habituellement rattaché à la FOX, son style acide atterrit sur la plateforme avec The Politician. A partir d’une élection lycéenne où tous les coups sont permis (surtout les pires), le créateur ausculte une politique sans pitié et une Amérique fascinée par les masques qu’elle se crée.

Quand il représente le chaos à l’écran, spécifiquement dans sa série anthologique American Horror Story, Ryan Murphy ne prend jamais de gants. Son monde bariolé de perruques, de gore et autres punchlines acerbes a su interroger le rapport des américains avec les phénomènes de sociétés. Dans le monde de la célébrité par exemple, comme le procès sous tension d’O.J Simpson dans la première saison d’American Crime Story mais aussi ce qui va intéresser la série du jour : La politique américaine qui brûle sans cesse d’actualité ces derniers temps. On suit comme personnage principal Peyton, figure de la jeunesse californienne que pourrait décrire Bret Easton Ellis : Un white male vivant dans un monde oisif et n’ayant comme seule ambition de devenir président des Etats-Unis. Mais avant d’entrer à la Maison Blanche, il doit encore faire ses preuves en réussissant à intégrer Harvard mais surtout en remportant l’élection présidentielle organisée dans son lycée.

La série va donc raconter cette campagne électorale, parsemée de scandales et de trahisons, comme un violent combat de boxe. Impitoyable, Murphy va révéler une campagne nourrie d’hypocrisie où chacun des candidats utilisent les individus issus de minorité uniquement dans le but de se lancer des fleurs auprès des électeurs. Il est d’ailleurs amusant de voir une telle critique atterrir sur une plate-forme comme Netflix, connue pour ce genre de manœuvre opportuniste. Mais Murphy étant sans concession, vous verrez qu’une simple élection lycéenne et ces stratégies peuvent rapidement prendre une tournure incontrôlable quitte à parfois perdre le spectateur.

Accompagnant tous les points de vues possible de façon trop didactique ; il y a notre héros candidat donc mais aussi son adversaire (joué par Lucy Boynton, vue dans Bohemian Rhapsody) ou bien un simple lycéen indécis dans son choix de vote tout le temps d’un hilarant épisode ; la série perd souvent de vue l’objectif politique de sa série. Si sa fin de saison implique que la suite va aller un cran au-dessus sur cette thématique, The Politician échoue à trouver une harmonie dans sa charge partant dans tous les sens. En revanche, ce feuilleton de durée assez courte (Seulement huit épisodes) tire son épingle du jeu. Comme tous les personnages de la série, la série baisse son masque. De la satire politique qu’il avait promis, elle se mue en un récit mélancolique sur les faux-semblants de la jeunesse américaine.

Rahne Jones et Lucy Boynton

Commençant d’emblée par un suicide, toute la saison va présenter ses protagonistes comme vivants chacun derrière un masque représenté sous une forme ou une autre. Illustré par un générique d’ouverture grinçant sous les airs du chanteur Sufjan Stevens, tout n’est que vernis pour dissimuler un bloc rempli de noirceur. On peut soupirer parfois devant tout ce cynisme étalé mais cette méchanceté politiquement incorrect se mélange équitablement avec la tendresse nécessaire pour suivre cette bande d’adolescents huppées et futurs bureaucrates. Murphy adopte le même regard compatissant envers ces jeunes qu’a le personnage de Georgina, sorte de Margot Tenenbaum encore plus déprimée et toujours interprété par Gwyneth Paltrow. Le créateur donne même des moments de grâce à son héros, dans des scènes de chants sublimes reprenant Joni Mitchell et Billy Joel. Le choix de Ben Platt, jeune comédien issu de Broadway, s’est avéré parfait à ce propos tant il sait manier le chant et le maniérisme exagéré. Sous une forme hyperbolique, Ryan Murphy semble encore avoir de l’espoir pour la jeunesse et maintient une ambiguïté permanente chez ses personnages pour éviter de tomber dans la naïveté ou dans le cynisme absolu.

Couvert d'une réalisation pop et ancrée dans son époque, la rendant ainsi dynamique à suivre pour le public majoritairement jeune, The Politician hacke les habitudes des consommateurs Netflix afin de signer une série acide et tendre sur la génération Millenial plutôt qu'une charge absolue sur la politique américaine. Courte, elle est parfaite pour occuper un après-midi pluvieux en temps d'automne et vous réchauffera par son spleen californien ensoleillé.
3.5
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