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La Plateforme (Netflix) : faim du monde

Nous sommes plongés dans une période de confinement, à durée incertaine. L’occasion rêvée donc de dévaliser les catalogues des services de streaming pour se changer les idées ! Et notre film du jour parle… d’individus enfermés dans une tour mystérieuse. Bon. Sur le papier, ça peut effrayer, surtout vu le contexte. Mais on connaît le cinéma d’horreur espagnol suffisamment malin pour nous surprendre. Et c’est le cas avec La Plateforme, une série B efficace et sanguinolente qui ne vous laissera pas sur votre faim, contrairement aux malheureuses victimes de ce film…

Un homme, nommé Goreng, se réveille dans une cellule. Sans comprendre réellement ce qu’il se passe, il fait connaissance avec son codétenu et constate un phénomène étrange : au milieu se trouve un espace pour laisser arriver une dalle remplie de nourritures. Le concept ? Si tu es en haut de la tour, place à un festin mais si tu es en bas, place aux restes. Oh oh, raconté comme cela, vous aviez eu peur comme moi qu’il arrive ? Ce coup classique de la fable sociétale prétentieuse, trop occupée à esthétiser son propos qu’à le révéler (oui, on parle de toi, High-Rise de Ben Wheatley !) ? N’ayez crainte ! Pour son premier long-métrage, Galder Gaztelu-Urrutia ne perd pas de temps pour cela et préfère aller à l’essentiel de son propos. Ainsi, il est préférable de ne pas manger devant ce film tant l’humanité montrée à l’écran peut vite couper l’appétit.

Abondance crasse de nourritures transformées en déchets, cannibalisme, coups de poignards, déjections et décapitations : le spectacle de l’humanité qu’offre Gaztelu-Urrutia est pas beau à voir.

Pour rester dans les calembours culinaires, on peut dire que c’est une véritable boucherie. Le cinéaste n’hésite pas à se montrer trivial dans son imagerie. Car il faut le dire, guidés par l’instinct de survie, ces personnages ne cessent jamais de se faire du sale entre eux. Abondance crasse de nourritures transformées en déchets, cannibalisme coups de poignards, déjections et décapitations : le spectacle de l’humanité qu’offre Gaztelu-Urrutia est pas beau à voir. En même temps, ce n’est pas une chose si surprenante quand on voit qui a écrit ce récit surréaliste : Pedro Rivero. Ce nom ne vous dit peut-être rien mais si vous êtes des férus d’animation, vous vous souviendrez certainement d’une curiosité espagnole sorti il y a trois ans : Psiconautas, cette fable particulièrement cruelle laissant des enfants animaux à la merci d’un monde impitoyable. La Plateforme retrouve cette même trivialité, délaissant ainsi l’animation, et parvient à faire passer clairement son propos sur le partage. Trivialité veut donc aussi dire absence de subtilité et ce film ne brille pas pour cela, en effet. Mais pourquoi l’être quand les personnages que nous rencontrons sont dépourvus de cela ? Cela est d’ailleurs confirmé par la tentative désespérée du personnage principal à garder du bon sens : la possession d’une édition de Don Quichotte, seul objet intellectuel qui sera d’une grande inutilité au final. La tour où se trouve la Plateforme est mal-aimable, son film l’est tout autant et fait froid dans le dos.

En étant disponible sur Netflix, "La Plateforme" a trouvé le meilleur moyen de faire entendre son propos ravageur. Il y a fort à parier qu'il parviendra à se faire une petite réputation de série B choc, permettant ainsi à son réalisateur de poursuivre une carrière prometteuse.
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