Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, critique

Hollywood aime les tueurs-en-séries et multiplie les façons de les dépeindre. Qu’elles soient crasseuses, monstrueuses, pleine de tocs ou démoniaques, ces figures ont embelli l’industrie de l’épouvante en faisant frémir les spectateurs. Eux-mêmes qui seront plongés dans une dualité mêlant attraction et répulsion envers ces personnages considérés comme des anti-héros. Après tout, l’un des films les plus glamours du prochain Festival de Cannes est centré sur Charles Manson… Le réalisateur Joe Berlinger a pourtant voulu calmer le jeu de cette fascination morbide envers ces individus. Il va raconter dans Extremely Wiked, Shockingly Evil and Vile le procès de Ted Bundy, l’un des plus célèbres meurtriers que les Etats-Unis ont connu. Avec Zac Efron dans le rôle du tueur, ce film rate pourtant sa cible et peine à nous poignarder dans le dos comme il le souhaitait.

Ce n’est pas tant le choix de Zac Efron qui pose un problème mais plutôt ce dont en fait Berlinger. Efron est un acteur qui a su se montrer versatile dans ses performances, aussi bon en maître sauveteur idiot qu’en joueur de basket star des Wildcats. Aimant effleurer le statut de play-boy qu’on lui a attribué dans la franche rigolade, il reprend cette démarche dans un cadre plus sinistre. Trompant tout le monde par un statut d’accusé blagueur et charmeur clamant son innocence avec humour, le choix d’Efron semblait parfait. D’autant plus qu’en nous faisant partager le point de vue de Liz Kendall, compagne du tueur au moment de son procès joué par Lily Collins, Berlinger aurait pu créer un malaise palpitant. Il aurait pu prendre comme point de départ la naissance de ce couple et amener une tension psychologique palpable en nous faisant redouter la culpabilité de Bundy. Mais en privilégiant comme il a fait l’astuce du flashforward, ce thriller espéré est annihilé en cinq secondes en montrant l’héroïne assurée plus que jamais que son ancien amant ait commis ces crimes devant le parloir de prison.

Zac Efron, une fausse bonne idée

Du thriller sur le doute lancé puis détruit dès les premières secondes, on vire à un thriller judiciaire peu passionnant puisque tous ceux s’étant renseigné sur l’affaire connaissent son issue. Pire, ce film qui a pourtant souhaité dénoncer la médiatisation de tels individus en fait littéralement le jeu. D’abord, par son défilé de stars où Zac Efron côtoie Kaya Scodelario, Sheldon Cooper et John Malkovich. Ensuite, il va glisser des scènes icônisant Bundy comme un bad-boy. Une séquence montrant le personnage s’évadant du tribunal de manière rusé avec The Letter des Box Tops tend à affirmer que nous sommes plus devant une pub de parfum qu’un film sur un tueur en série. C’est ce qu’on appelle l’effet Oliver Stone, qui avait commis la même chose dans Tueurs Nés en 1994, en romantisant par erreur deux individus pourtant ignobles tout en souhaitant le dénoncer.

Si la performance de Zac Efron est bluffante, elle se révèle au final n'être qu'une fausse bonne idée. Berlinger ne sait jamais sur quel pied danser et plutôt que de provoquer le doute, c'est l'agacement qui s'est ramené. Extremely Wicked Shockingly Evil and Vile n'est que le brouillon d'un film qui aurait pu être passionnant sur notre rapport aux tueurs en séries.
2.5
Date de sortie
3 mai 2019
Réalisateur
Joe Berlinger
Casting
Zac Efron, Lily Collins, Kaya Scodelario
Distributeur
Netflix
Budget
-
Notre score
2.5
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