El Camino : un film Breaking Bad, la critique

En 2013, les adieux à Walter White ont posé une question ayant rendu fous les fans de Breaking Bad. Qu’est-il arrivé à Jesse Pinkman ? L’acolyte tête brûlée d’Heisenberg avait laissé les spectateurs dans une incertitude. Six années sont passées, Vince Gilligan en a toujours pas fini avec la violence d’Albuquerque. Il y a eu les frasques de Saul Goodman dans une série spin-off mais maintenant, c’est l’opportunité d’un au revoir en bonne et due forme qu’on offre au personnage joué par Aaron Paul. Un long épilogue dédié à ce personnage plaisant à suivre pour les retrouvailles.

On peut facilement craindre un enjeu opportuniste de la part de Gilligan et de Netflix, celui bien entendu de rameuter les nombreux fans de la série-culte sur la plate-forme. Mais dès les premières minutes, l’enjeu de El Camino s’engage plus vers une rectification : offrir une fin à Jesse Pinkman. Un flash-back dévoilant une conversation entre Mike et Jesse évoque la possibilité à celui-ci de refaire sa vie en Alaska. D’une coupe violente, on passe aussitôt là où la série s’était arrêtée. On découvre un Aaron Paul en cavale, traumatisé et hurlant sa douleur au volant, mais déterminé à changer le cap pour une nouvelle vie. Et comme nous sommes dans une oeuvre de Vince Gilligan, ce chemin de croix ne se fera pas de tout repos.

La mélancolie pointe le bout de son nez dans l’univers déglingué d’Albuquerque. Avant de faire ses adieux, Jesse va retrouver et abandonner aussitôt ses proches qu’on a appris à connaître à ses côtés. On retrouve par exemple ses comparses maladroits Badger et Skinny Pete qui n’hésiteront pas à aider leur ami, désigné par l’un d’eux comme un héros. Cet appellation, d’ailleurs, amène aussitôt à déceler la réussite de ce film. Il offre à Jesse le rôle qu’il s’est fait volé par l’ogre Walter White. Maintenant que le prof de chimie dealer n’est plus, il est temps de redonner à ce personnage sans cesse tourmenté le statut qu’il mérite. Et si des contraintes se présentent bien entendu à son rêve, celui qui était toujours en une posture de victime, qui a vu ses amours et ses rêves anéantis pendant cinq saisons,prend définitivement les choses en main. En ce sens, c’est un épilogue très satisfaisant qu’offre Gilligan à son personnage.

El Camino signe de sincères retrouvailles entre les fans et Breaking Bad. Sans être dénué de défauts, comme le montre ces interminables flash-backs avec Jesse Plemons, il y a une honnêteté et un amour pour son personnage principal qui ne peut que nous émouvoir. Vous n’êtes pas prêts de dire au revoir à Jesse Pinkman.
3
Satisfaisant
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