[DUEL] Que vaut la troisième saison de Stranger Things ?

Avec son record d’audience, à plus de 40 millions d’abonnés, on peut dire que le retour de Stranger Things n’est pas passé inaperçu dans l’actualité pop-culture. Pourtant, ce retour nostalgique dans les 80’s suscite des réactions partagées et au sein de l’équipe, on a dû sortir les gants de boxe pour en discuter. Pour cet article, Jade Domingos et Victor Van De Kadsye se sont affrontés sur le ring pour parler de la série.

Pour : « Une bonne petite dose de fraîcheur » – Jade Domingos

Vous voulez partir en vacances cet été mais vous ne pouvez pas? Vous aimeriez pouvoir voyager ? Dans l’espace ? Dans le temps ? Grâce à la dernière saison de Stranger Things, disponible depuis le 4 Juillet sur Netflix, vous avez un ticket assuré pour un voyage de 8 heures vers l’Amérique fantastique de l’année 1985.

Cette troisième saison est une bonne petite dose de fraîcheur comparée à la précédente. Toujours dans l’exploration des mêmes thèmes assez lourds de la mort, du monstrueux et des conspirations, la série va cette fois-ci beaucoup plus loin sur le sujet de l’identité et de la fin de l’enfance et de l’innocence. Rien n’est révolutionnaire par rapport aux deux saisons précédentes, parce que fondamentalement le schéma narratif reste le même, mais le nouvel environnement présenté et les détails ajoutés éclaircissant l’histoire et élargissant l’univers, donnent l’impression d’avancer avec les personnages. Le spectateur ne reste pas coincé dans le même contexte et chaque touche de nouveauté est très appréciable. Et même si la nouvelle trame semble assez clichée et introduite au tractopelle (les méchants russes contre les américains capitalistes gentils dans les années 80, comme c’est original…), si on a assez de recul et qu’on se dit que c’est juste à fond dans le délire de l’époque où se situe l’histoire, il est facile de se laisser emporter. D’ailleurs, concernant les « références » aux années 80 : je ne les vois pas comme ça. A mon sens, une référence à un moment donné est considérée comme telle seulement si elle est hors du temps qu’elle désigne. Ici ce sont juste des outils servant un contexte spatio-temporel, certes peut-être pas très subtils mais utiles et logiques pour les personnages parmi lesquels il y a de nouveaux arrivants. Certains sont plus attachants que d’autres mais tous rendent ce nouvel environnement encore plus censé et substantiel. Les personnages déjà connus évoluent bien. Les moins appréciables au début le deviennent de plus en plus au fur et à mesure (je pense à vous, Mike et Lucas, mais aussi à toi Max que j’aime de tout mon coeur maintenant). Steve est toujours un fan favorite mais l’arrivée de Robin, collègue et amie de Steve, peut potentiellement le déclasser de quelques places puisqu’elle promet de devenir votre nouveau personnage préféré de l’univers (d’ailleurs Steve et Robin, Steve a une batte, Batte-man et Robin. Ok. Je vous laisse y réfléchir).

C’est grâce à toutes ces nouvelles petites choses que cette saison fonctionne. On a conscience que c’est stéréotypé mais notre attachement aux personnages et à l’univers qu’on voit évoluer, ajouté à la formule pré-existante du scénario fantastico-science-fictionnel qu’on aime déjà et qui titille la plupart d’entre nous ayant besoin d’évasion, font que cette saison est très agréable à regarder.

Je sais que Victor va lister tous les points négatifs de cette saison (et série) avec beaucoup d’ardeur (et je t’aime pour ta passion tu le sais), certains avec lesquels je suis sûrement d’accord, mais cela ne m’empêche pas d’avoir beaucoup pris mon pied devant cette saison. L’attente de deux ans a peut être jouée, ainsi que le fait que j’avais plutôt vu la deuxième saison comme une transition que comme une saison à part entière, mais j’ai ressenti énormément de plaisir à retourner dans ce petit univers.

La saison 3 de Stranger Things tient sa promesse et nous fait voyager dans une Amérique estivale passée pendant quelques petites heures. Et ces quelques petites heures qui nous font peur, mais aussi rire et pleurer, donnent envie d’en voir plus, de voir plus de Robin, plus de Will et surtout de savoir où tout cela peut aller.


Contre : « Stranger Things est devenu une page publicitaire à grand budget » – Victor Van De Kadsye

Désolé Jade mais comme tu l’as deviné (enfin pas deviné, mais déduis suite à mon forçage intensif lors de nos nombreuses conversations), la troisième saison de Stranger Things a été un mauvais moment pour ma part. Si déjà celle qui la précédait témoignait des limites des auteurs pour nous surprendre, cette nouvelle cuvée de références touche le fond. Je vais essayer d’être rapide et clair pour expliquer pourquoi, selon mon ressenti.

Toujours dans la volonté de rassurer son spectateur, les frères Duffer ressortent les pires clichés possibles à renforts de C’était mieux avant. Ainsi en pleine fête nationale, les personnages vont s’adonner à cœur joie à une débauche de surconsommation et inciter ceux qui visionnent leurs aventures de faire de même. Entre les placements de produits outranciers pour du soda et du fast-foods et les références doudous à la pop-culture 80’s, on se demande si le véritable danger pour la ville de Hawkins n’est pas plutôt de vivre dans une bulle les empêchant d’évoluer. Plutôt que d’être une série, Stranger Things est devenu une page publicitaire à grand budget.

Une photo du prochain volet de « ça » ? Ah non, c’est toujours Stranger Things

Car si la série en est à sa troisième saison et que les acteurs ont grandi depuis 2016, tout le monde semble avoir régressé. Les nerds deviennent de plus en plus antipathiques, le shérif paraît de plus en plus bougon et abruti, Eleven n’existe seulement pour créer des plans spectaculaires (moches, en plus). Les seuls qui rendent la série plus agréable à regarder sont les personnages joués par Joe Keery et Maya Hawke, Steve et Robin. Une amitié touchante et qui semble pour le coup réaliste par son évolution. Pendant ce temps, de méchantes bébêtes envahissent encore une fois la ville, montrée par un seul lieu d’action. Ici, en l’occurrence, un centre commercial qui cache en réalité une base secrète russe. Inutile de vous dire « Oh tiens, ça rappelle l’Aube Rouge tout ça« , un personnage s’efforcera de vous le rappeler.

Il serait peut-être temps de lâcher l’affaire. On a bien plaisanté, voire trouvé ça mignon, cet hommage Amblin rendu à la première saison mais rien ne semble donner envie aux frères Duffer de quitter leur zone de confort. Et ce n’est pas cette scène post-générique, qui risque probablement d’annuler l’un des temps forts dramatiques de cette saison, qui va nous faire dire le contraire…

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