GTP, critique de The Villainess (2018)

The Villainess (Jeong Byeong-gil, 2017) : la critique

Par défaut, nous attendons un peu tout ce qui vient de Corée du Sud de pied ferme quand il s’agit de cinéma. Old Boy, I saw the Devil, The Strangers, le pays commencent à accumuler un paquet de chefs d’oeuvre qu’il serait dommage de louper. S’il n’a pas l’ambition de détrôner les plus grands films coréens, The Villainess avait tout le cinéma d’action en ligne de mire. La popularité du film sur les festivals et un trailer bien monté n’ont pas tardé à nous hyper. Hélas, la promesse était aussi alléchante que l’exécution décevante…

Bande-annonce

Ce qu’on a pensé de The Villainess

Dès l’introduction, on sent les influences du réalisateur Jeong Byeong-gil. La perspective à la première personne rappelle forcément l’exercice de style relevé avec brio il y a deux ans par Ilya Naishuller avec Hardcore Henry. Pourtant, un élément semble déjà distinguer les deux films. En effet, là où Hardcore Henry parvenait à rester lisible tout en multipliant les mouvements improbables, The Villainess se révèle particulièrement confus. Pire, si le défaut aurait pu être imputable à l’angle de caméra choisi, on se rend compte que le problème revient à chaque scène d’action. Quoi de plus pénalisant pour un film du genre d’être illisible ?

Le film fait preuve d’audace et offre même quelques bonnes idées de plans lors de ces passages, mais l’ensemble est trop indigeste pour être appréciable, la faute à un montage bien trop « cut ». Le réalisateur confond dynamisme et hystérie et ce qui aurait pu ressembler à un Matthew Vaughn période Kingsman encore plus furieux se transforme rapidement en un Tony Scott fauché, sans la maîtrise du montage épileptique du bonhomme. Déjà chaotique durant la première scène, The Villainess atteint des sommets d’informité dans un final éclairé à la bougie et trop furax pour son propre bien.

Quand il ne bouge pas de manière frénétique, The Villainess tente de calmer le jeu en adoptant tous les clichés des films sud-coréens modernes. Par définition, il s’agit d’un film de vengeance, avec des coups fourrés, une petite fille et tout ce qui va avec. A la rigueur, on fait avec ailleurs, pourquoi ne pourrait-on pas tolérer ça ici ? Parce que l’écriture n’est pas très bonne, tout simplement. Jeong Byeong-gil a « l’excellente » idée d’intégrer une romance mielleuse à un récit violent, qui lui ne cesse d’alterner entre narration actuelle et flashbacks. Bonjour l’implication. Le scénario, pourtant simple à la base, n’en devient que plus brumeux, sachant que les retournements de situation foireux ne manquent pas.

Jeong Byeong-gil n’était pas prêt. S’il a de l’audace, il lui manque la maîtrise nécessaire pour gérer ce genre de projets. The Villainess est en quelque sorte l’ambition d’un grand film d’action, trop brut dans ses scènes d’action et trop écrit dans ses périodes creuses. Le tout manque de cohérence et ennuie une fois sur deux. On surveillera tout de même le réalisateur pour quelques très chouettes idées de mise en scène. A voir s’il saura développer ce talent à l’avenir !

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