Il n’est pas compliqué de faire un mauvais film d’action, et encore moins de faire un mauvais film de science-fiction. Pensez Beyond Skyline, pensez World Invasion : Battle LA (aka « la meilleure bande-annonce pour le pire résultat ever »). Je suis sûr que vous trouverez d’autres vous-même. Extinction aurait du faire partie de cette classe de films hybrides doublement mauvais. A ma plus grande surprise, le destin et Ben Young n’étaient pas de cet avis.

Bande-annonce

La critique de Extinction, par Alexandre

Extinction débute comme n’importe quel autre film d’invastion alien. Les humains, pas franchement préparés pour faire face à ce genre d’attaques, se font facilement cueillir au fusil d’assaut et tout finit mal pour eux. En tout cas, c’est ce qui se passe dans la tête de Peter (Michael Peña), qui prend ses cauchemars pour des visions. Ce qui se vérifie quand la Terre est réellement attaquée et que notre Luis préféré, bien loin de son flow imparable de Ant-Man, est contraint à survivre tant bien que mal en compagnie de sa famille. Autant vous le dire tout de suite : le début d’Extinction est pénible. Ou plutôt trop convenu. Incapable d’offrir la moindre forme d’originalité en dehors des pouvoirs de medium de Peter, le film se contente de mettre en scène une poignée de scènes d’action molles et loin des standards du genre.

D’autant plus qu’Extinction souffre d’un budget réduit assez handicapant. Ben Young tâche de ne pas abuser des effets pour ne pas aveugler le spectateur, mais le moindre tir semble mal foutu. C’est le dur héritage de la maladie du DTV, que peu de réalisateurs parviennent à soigner (Dredd, on t’aime rien que pour ça). Jusqu’à ce que Ben Young prenne enfin les choses au sérieux. Par un habile twist pas si bête qu’il en a l’air au premier abord, le réalisateur permet à Extinction de gagner en intérêt et de s’extirper de la case dans lequel on l’aurait vite rangé. Et on ne parle pas d’un twist artificiel juste là pour pousser le spectateur à dire « Wow« , mais plutôt d’un retournement de situation qui pousse à reconsidérer tout ce qui est passé sous nos yeux auparavant, au moins d’un point de vue scénaristique.

Arrivé au 3/4 du film, le spectateur finit par découvrir à la fois la vraie nature des aliens et surtout celle de Peter et de sa famille. S’il était prévisible que la menace extraterrestre serait humaine (le côté humanoïde, les armes très terre à terre), on ne s’attendait pas à découvrir que les humains du film, ceux attaqués, seraient en fait des robots. En gros, comme partout ailleurs, les robots ont été inventés par les humains pour effectuer les tâches ingrates, jusqu’à ce que ces derniers se rebiffent et entament une guerre à la Terminator. Ce conflit est remporté par les synthétiques, poussant les humains à s’exiler sur Mars pendant un sacré bout de temps.

Afin de mettre de côté l’oppression qu’ils ont subie, les robots choisissent de faire une croix sur leur mémoire et de s’approprier une certaine forme d’humanité, sans pour autant que le film s’attarde sur cette question que TOUS LES FILMS inspirés des travaux de Philip K. Dick se posent. C’est ainsi que Peter se retrouve à vivre une vie de famille tout à fait normale, inconscient qu’il est de sa propre nature.

Ce qui nous amène à ses visions : il ne s’agit pas du futur, mais du passé. Le procédé rappellera un peu le twist de Premier Contact de Denis Villeneuve. Ce que Peter voit dans ses cauchemars sont des résidus de sa mémoire, des choses qui sont déjà arrivées. C’est du passé, des flashs du conflit qui opposa jadis les machines aux humains.

Au tout début, je trouvais ce twist assez idiot, à force de voir des films de robots. Mais au fur et à mesure de la révélation, le film gagne en consistance et surtout ne se la joue pas plus malin qu’il ne l’est. Il ne cherche pas à prendre ses airs pompeux pour nous questionner sur la nature de l’intelligence artificielle ou ce qui fait d’un humain un humain. Il met tout ça de côté pour se focaliser sur l’histoire et la faire avancer de manière drastique, alors qu’elle stagnait salement depuis le début du film. Je ne dis pas que le film devient soudain très bon, la mise en scène reste extrêmement plate et l’ensemble demeure très « cheap ». Mais côté scénario, il relève honorablement la tête pour une dernière demi-heure très agréable.

 

Je ne peux pas dire qu’Extinction fait preuve d’ambition, qu’il révolutionne le genre ou qu’il est aussi prenant que ses pairs plus « haut de gamme », loin de là même. Juste que la manière dont le réalisateur retourne la situation révèle une forme de plaisir que le film n’aurait jamais suscité s’il était resté tel qu’il était dans sa première heure. Au final, Extinction constitue une série B bien troussée, certes fauchée, mais aussi bien loin des films les plus pathétiques du genre.

Toutes les images appartiennent à ©Netflix.

Extinction Couverture du livre Extinction
Ben Young
Michael Peña, Lizzy Caplan, Israel Broussard
Netflix
27 juillet 2018
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Un père hanté par l'idée de perdre sa famille voit son pire cauchemar se réaliser quand une puissance destructrice venue d'une autre planète débarque sur Terre. Alors qu'il lutte pour leur survie, il se découvre une force inconnue pour protéger sa famille du danger.

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