Entre récits de guerre et fantaisies dystopiques, le cœur de Andrew Niccol balance. Le bonhomme nous laissait nous dépêtrer il y a trois ans avec l’anecdotique Good Kill. Anecdotique, c’est le mot. Depuis Gattaca et Lord of War, Niccol peine à retrouver cette flamme qui animait ses deux longs métrages et enchaîne les projets lisses et insipides, de Time Out, au concept aussi sympathique que sa fin laissait à désirer, aux Âmes Vagabondes, en passant par le fameux Good Kill. Trois ans de silence pour un réalisateur qu’on désespère de revoir au plus haut avec une thématique sociétale forte. Anon, son nouveau projet mijoté en compagnie de Netflix, serait-il la première étape de son retour en grâce ?

Bande-annonce

Notre avis sur Anon

Il y a une chose qui frappe avant tout lorsqu’on regarde Anon : c’est beau. Très beau. Andrew Niccol mélange ici deux techniques, à savoir une mise en scène traditionnelle et des phases en vue à la première personne. Les scènes classiques ont pour mérite d’être très travaillées visuellement. On se croirait presque devant une publicité pour des montres. Les séquences en vue à la première personne, tournées en 16/9 (contrairement au reste) permettent d’immerger le spectateur dans cet univers sans qu’il ait à faire le moindre effort. Niccol fait l’impasse sur l’exposition et présente son univers de manière organique, en adoptant des codes proches du jeux vidéo.

Difficile de ne pas voir des similitudes avec quelques titres récents, comme Watch Dogs, Deus Ex ou même le futur Detroit développé par Quantic Dreams. Un simple coup d’oeil sur un fichier rappelle la consultation des journaux et autres logs que contiennent quasiment tous les jeux modernes. Et ne vous y trompez pas, Andrew Niccol n’aborde pas la vue subjective comme le faisait Ilya Naishuller avec Hardcore Henry. Pas de shaky cam, pas d’action débridée, juste une enquête des plus basiques sous la forme d’un thriller extrêmement classe. Niccol revient à la froideur de ses débuts, pour le bien de tous.

En revanche, difficile d’être aussi enthousiaste sur le reste. Oui, le pitch de base est excellent. Oui, les personnages sont intéressants à suivre. Et oui une dernière fois, le film se tient sur quasiment toute sa durée. C’est juste que, au moment où l’intrigue décolle et laisse entrevoir quelques possibilités excitantes, le réalisateur retombe dans ses travers habituels, à savoir un propos intéressant désarmé par d’énormes facilités scénaristiques. Plus que des facilités, on devrait même parler de paresse. Anon, dans son dernier quart d’heure, prend un sacré coup dans l’aile en empruntant une sortie bien trop balisée, laissant le spectateur dans une immense frustration, lui qui venait de découvrir une partie du potentiel d’un tel concept. La perception, la manipulation, l’infobésité, autant de thématiques abordées en surface avant d’être jetées en pâture pour une fin honteusement consensuelle. Reste le magnétisme de Clive Owen et surtout Amanda Seyfried, imparable lorsqu’il s’agit de torturer les hommes.

Anon a tout du Time Out bis, les idées visuelles en plus. A une époque où la VR se fait omniprésente sans que le cinéma ne se penche dessus de manière satisfaisante (coucou Ready Player One), Andrew Niccol avait littéralement un boulevard devant lui. Dommage qu’il n’en fasse pas grand chose. Le sujet et le traitement graphique ambitieux laissent finalement leur place à une intrigue convenue, pour un film qu’on oubliera très rapidement après la fin du visionnage.

Détails

Anon Couverture du livre Anon
Andrew Niccol
Clive Owen, Amanda Seyfried, Colm Feore
Netflix
4 mai 2018
20 millions $

Dans un avenir où l'intimité est abolie, un enquêteur se penche sur le profil d'un tueur en série qui a été effacé de tous les enregistrements visuels.

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