Couverture de Un 22 juillet (Paul Greengrass, 2018)
©Netflix

Un 22 juillet (2018), la critique

Le mois dernier, nous vous relations le choc provoqué par la projection de Utoya, 22 juillet lors de L’étrange Festival 2018. Le film prouvait qu’il était possible de faire un film coup de point sur un événement tragique récent sans bafouer la mémoire des victimes qui y ont succombé. Cette semaine, le nouveau film de Paul Greengrass (réalisateur entre autres de Green Zone, de Bloody Sunday et Jason Bourne) débarque sur Netflix, avec pour sujet ces mêmes attentats survenus en 2011 en Norvège. Première oeuvre de la plate-forme sélectionnée à la Mostra de Venise, Un 22 juillet est pourtant l’agaçante antithèse de la proposition d’Erik Poppe.

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Bande-annonce

Un 22 juillet, le pendant sensationnaliste de Uotya, 22 juillet ?

Les deux long-métrages adoptent chacun une position différente pour évoquer la tuerie causée par Anders Breivik il y a maintenant 7 ans. Poppe plonge au cœur de l’île d’Utoya lors de cette attaque pendant toute sa durée (soit 1H30 environ), là où Greengrass ne l’expose que pendant pendant la première demi-heure pour s’intéresser ensuite aux conséquences à l’intérieur du pays. Deux approches opposées : la première est à échelle humaine, l’autre plus globale.

Mais impossible cependant d’être séduit par les artifices du film de Greengrass. Production américaine à plus gros budget oblige, il n’évite pas le sensationnalisme pour dépeindre les faits. A grands renforts de musique et d’une action sur-découpée au montage, le réalisateur présente les deux interventions du terroriste Norvégien comme issues d’une production hollywoodienne et le malaise se fait rapidement ressentir, même si, fidèle à lui-même, il applique formellement son style en présentant différents points de vues pour les réunir ensuite. Les premières minutes alternent entre le point de vue des étudiants, celui de Anders Breivik et du premier Ministre. Ce n’est pas sans rappeler l’ouverture de Captain Phillips qui partait de ce principe-là en filmant la vie des pirates et celle dudit capitaine. Néanmoins, difficile de cautionner une reconstitution aussi grossière et sans distance. Lors de cette première partie, nous n’étions pas loin de ressortir le célèbre article De l’abjection¹ de Jacques Rivette pour Les Cahiers du Cinéma

Après cette première demi-heure, le film s’attarde ensuite sur les conséquences de l’attaque. La Norvège est d’abord montrée comme brisée par les attaques. En deuil puis en quête de justice, les citoyens vont chercher à se reconstruire après la tragédie. Les personnages se succèdent devant la caméra pour élargir la réflexion quant à ces sujets : comment aller de l’avant après avoir vécu un tel traumatisme ? Peut-on parler d’éthique en tant qu’avocat lorsqu’il s’agit de défendre un monstre ? Quelles actions un gouvernement doit-il prendre pour empêcher la reproduction de tels actes ? Toutes ces questions interpellent Greengrass, qui les injecte aussi chez le personnage de Viljar. Alors que la nation se reconstruit petit-à-petit en se recueillant auprès des victimes et en préparant le procès ; ce survivant blessé de l’attaque va devoir mener sa rééducation avec doutes et persévérance. Encore une fois, le réalisateur n’hésite pas à montrer ça avec un sentimentalisme problématique, explicitant même ce symbolisme par des montages parallèles douteux pour forcer l’émotion.

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En essayant de présenter le déroulé des attentats à une échelle plus grande, une intention initialement louable, Paul Greengrass se plie malheureusement aux conventions cinématographiques hollywoodiennes. Il aurait pu servir de complément pertinent au film d’Erik Poppe, sans les effets dramatiques agaçants et attendus, comme ces flashbacks mis en scène comme des jumpscares pour insister sur le traumatisme. Un 22 juillet aurait pu être un grand film nuancé sur la reconstruction nationale. Au lieu de ça, il faudra se contenter d’une reconstitution artificielle et (très) maladroite.

¹ De l’Abjection est un article écrit par le réalisateur Jacques Rivette pour Les Cahiers du Cinéma en 1961, réfléchissant sur la moralité au cinéma lorsqu’on reconstitue les tragédies. Il s’attaque au film Kapo de Gillo Pontecorvo, reproduisant avec formalisme l’horreur des camps de concentration.

Toutes les images appartiennent à ©Netflix.

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