Black Mirror, épisode Bandersnatch
©Netflix

Bandersnatch, part 1 : cinéma ludique

Black Mirror, berceau du cinéma interactif ?

Black Mirror est devenu au fil des années une série culte qui, à bien des niveaux, pousse à la réflexion, dans le sens où elle ose confronter l’être humain à ses technologies et montrer ses limites. Netflix, également devenue une plateforme de renom, ne cesse de gonfler, tout en proposant des contenus particulièrement aboutis. Elle finit dès lors par obtenir les droits de Black mirror à partir de la saison 3, la propulsant littéralement sur le devant de la scène. Avec son nouvel épisode de Noël Bandersnatch qui fait beaucoup parler de lui, Netflix a-t-elle (ou a-t-il) révolutionné notre rapport au 7e art ?

Depuis la création du cinéma, il n’a eu de cesse d’évoluer. D’abord en noir et blanc et sans dialogues, le cinéma parvient en quelques années à intégrer le son diégétique, le son extra diégétique existant déjà, puis à adopter la couleur. La télévision se répand, propose différents programmes. Toutefois, c’est un art qui, à la différence du spectacle vivant, laisse le spectateur passif. Les pièces de théâtre, opéras, ballets et autres spectacles en salle permettent au spectateur de vivre ce qu’il voit, à travers les vibrations, les sons et mouvements en direct. On se sent comme happés. Par ailleurs, d’autres formes de spectacles vivants comme le cirque et les arts de rue peuvent même intégrer dans le show ceux qui le regardent.

Cela semble mois possible au cinéma. Pour autant, assez rapidement, celui-ci tente de rendre l’expérience plus sensorielle. La 3D a vu le jour dans les salles obscures dès les années 1915. Mais cela n’a guère révolutionné le genre. Si les techniques évoluent, s’améliorent, le spectateur restera encore passif quelques années. Puis la 3D finit par refaire réellement surface. L’écran se projette vers les spectateurs dans le but de leur proposer une expérience différente. C’est ensuite la 4D qui fait son apparition. Les fauteuils bougent en rythme, fumée, odeurs et même jets d’eau complètent le show. De cette façon, le spectateur semble davantage vivre le film. Mais au final, la séance fatigue, coûte chère et le spectateur n’a aucune emprise sur le cours de l’histoire, ce que permet l’improvisation lors de certains spectacles vivants selon les réactions du public.

Bandersnatch, l’épisode intéractif tant attendu de Black mirror, a-t-il changé la donne ? Le principe est simple : armé de notre télécommande / souris / manette, le spectateur peut guider les choix du personnage, Stefan Butler, qui au fur et à mesure se rend compte que ces derniers ne sont plus sous son contrôle. Cette mise en abyme à priori subtile, puisqu’elle dénonce en quelque sorte ce que nous, êtres humains bien réels, serions capable de faire, n’est en réalité pas très permissive. Si l’épisode est dans l’ensemble fun (choisir ses céréales, la musique que l’on va écouter, etc), les « mauvais choix », ceux qui ne permettent pas au réalisateur David Slade d’aller dans son sens, aboutissent quant à eux à un game over, contraignant le spectateur à revenir un peu en arrière. Et si effectivement plusieurs fins existent, l’écriture de l’ensemble se révèle forcément moins aboutie, cohérente et travaillée que les autres excellents épisodes de la série.

Black Mirror, épisode Bandersnatch
Un exemple de choix à effectuer ©Netflix

Il est clair que l’on se prend au jeu et qu’il est divertissant de pouvoir choisir, mais le cinéma interactif en reste hélas encore à un stade purement embryonnaire.

D’ailleurs, n’est-ce pas là finalement un procédé moins réussi que ce que sont capables de faire les jeux vidéos cinématographiques ? Ces jeux vidéos au gameplay relativement minimaliste dans lequel le joueur doit faire des choix alors que se déroule la cinématique sont pléthores et certains se révèlent bien plus poussés tels que Detroit ou Heavy Rain. Si on ne doute pas de la capacité du cinéma à nous surprendre, il pourrait être intéressant de le voir s’inspirer de ce qui se fait du côté du 10ème Art, quand le spectateur tient un pad entre ses mains.

A suivre…

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