Insatiable (Netflix, 2018), couverture
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Insatiable (Lauren Gussis, 2018) : critique du pilote sur Netflix

Comment aborder une série frappée par la polémique avant même sa diffusion ? Faut-il être optimiste ou la condamner d’avance ? Netflix et Insatiable ont été confrontés à cette problématique. Taxée de grossophobe, la série originale partait avec un sacré handicap. Ce qu’on ne savait pas, c’est que cette grossophobie n’est que la partie visible de l’iceberg, un iceberg complètement fracassé et à la douce odeur de purin.

Bande-annonce

L’avis d’Alexandre sur le pilote de Insatiable (Netflix)

Une simple présentation du sujet devrait suffire à vous faire dire « mais what ?! » : une jeune fille en surpoids devient svelte après s’être fait casser la mâchoire par un SDF. C’est littéralement la base de Insatiable, qui utilise la nourriture et le problème de l’obésité comme un fardeau. Dans ce monde, les gros sont des perdants, et rien d’autre. La polémique était donc justifiée, la série ne s’empêche jamais de balancer des répliques sorties d’une autre dimension ou de rappeler qu’être gros, c’est mal m’voyez, qu’on ne peut pas réussir en étant en surpoids. Mais ce n’est pas tout. Comme je le disais plus haut, la grossophobie de la série n’est qu’une tumeur parmi tant d’autres.

Dans ce pilote, une intrigue alternative est présentée, à travers le personnage de l’avocat campé par Dallas Roberts, un personnage rapidement accusé de pédophilie (à tort). Dans les mains d’un vrai scénariste, ce genre d’histoire pourrait donner un vrai drame, sur le pouvoir de l’accusation, la présomption d’innocence ou que sais-je. Ce n’est pas la base en elle-même qui est problématique, c’est ce que Insatiable en fait : de la comédie. L’accusation devient un enjeu, un ressort comique, à l’origine de certaines réflexions que l’on s’étonne d’entendre en 2018. Un simple exemple :

« J’étais accusé d’agression et la victime avait tout inventé, ce qui était presque pire que si j’avais abusé d’elle ».

Sans rire, cette ligne de dialogue n’est pas exagérée. Dans une ère de #Metoo et de libération de la parole, Insatiable fait de l’humour avec un personnage qui cherche à tout prix à en accuser un autre d’abus sexuel sur mineurs. Ce qui semble visiblement tout à fait normal aux yeux des créateurs de la série.

Et ce n’est pas tout, puisqu’on n’est plus à ça près. La série ne peut s’empêcher de placer une blague transphobe, des femmes superficielles qui se servent de leurs atouts pour arriver à leurs fins, d’autres blagues grossophobes, et ainsi de suite. J’en viens à me demander jusqu’où la série peut aller dans le manque total de respect pour tout et ça me donnerait presque envie de la regarder en entier. Mais honnêtement, de vraies bonnes choses attendent et rien ne sert de gâcher ne serait-ce qu’une minute de plus à regarder cette horreur.

A moins que les épisodes suivants n’aillent encore plus loin dans le mauvais goût et le nauséabond (et dans un sens, ça nous étonnerait que ce ne soit pas le cas), ce pilote de Insatiable a de grandes chances d’être la plus grosse m*rde télévisuelle que vous verrez cette année. Honteuse de rien, la série présente un enchaînement de situations aberrantes comme on n’en voit qu’une fois par millénaire. La bêtise crasse continue de faire des ravages et avec Insatiable, elle se grime de plusieurs masques repoussants.

Toutes les images appartiennent à ©Netflix.

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