Netflix

Au Royaume des Fauves : on a vu le nouveau documentaire phénomène de Netflix

S’il y a bien une chose que Netflix et ses clients adorent, ce sont les true-crimes dramas. Ces faits divers atroces, soudainement transformés en divertissements spectaculaires. Après avoir ressorti l’affaire Grégory il y a quelques temps, qu’est-ce que la plate-forme nous a préparé ? Des tigres, des explosions et un mariage à trois. C’est le cocktail déjanté de Au Royaume des Fauves, plus connu sur Internet par son nom original Tiger King. Néanmoins, l’expérience folle (et haletante) de cette série-documentaire nous donne envie de sortir les griffes…

Ils sont forts chez Netflix, très forts. Persuadés d’avoir pointé du doigt l’égocentrisme démesuré d’un anti-héros dégénéré, ils ont pourtant fait l’extrême inverse en faisant de lui une nouvelle figure populaire sur Internet. Ce type se nomme Joe Exotic, de son vrai nom Joseph Maldonado-Passage. Son C.V est aussi flamboyant que son pseudonyme. Il est avant tout propriétaire d’un zoo possédant plus de 200 tigres (rien que ça…) mais se révèle aussi chanteur country, star de télé-réalité et même candidat politique. Cette célébrité va s’effondrer dès lors qu’il se retrouvera accusé de tentative de meurtre d’une rivale, Carole Baskin. L’histoire de cette chute est ce qui va intéresser Eric Goode. Non pas pour rendre justice à telle personnalité (chacune étant aussi irrécupérable que les autres) mais de monter un storytelling hors-du-commun.

tiger king avis
Ça a changé Le Roi Lion

Impossible de décrocher de Tiger King. Tout est calibré pour que vous ne décrochez pas une seule seconde. Netflix oblige, l’épisode suivant qui  se lance automatiquement après cinq secondes de générique joue beaucoup. Mais il accroche surtout grâce à la fabrication d’une histoire ahurissante par sa stupidité. On ne serait pas chez les frères Coen, mais plus dans le white-trash pur et dur qu’on retrouverait chez  des rednecks violents de Moi, Tonya (autre histoire scandaleuse qui a fait les frais d’un objet filmique, soi-dit en passant). Par grands renforts de rebondissements aussi abjects les uns que les autres, Tiger King est une déchéance violente à suivre et qui vous fera hurler « Mais non ? » toutes les cinq minutes. Imaginez-vous enfermé dans une cage avec un tigre sans que vous tentiez quoique ce soit pour vous enfuir, c’est cela l’effet Tiger King. Quelque chose d’infiniment idiot, limite dangereux, mais qui ne vous quitte pas une seule seconde.

C’est un freak show d’une Amérique ravagée par la cupidité et la célébrité que nous présente Éric Goode. Ces individus perdus qui se déglinguent entre eux font le beurre et l’argent du beurre du réalisateur. Et une fois les sept épisodes digérés, on est en droit de s’interroger sur l’éthique d’un tel projet qui révélera entre autres suicide et amputation à l’écran. Qu’avons-nous à tirer de cette chute rocambolesque ? Au final, rien n’a été particulièrement dénoncé ou pointé du doigt. Malgré qu’il soit derrière les barreaux pour ses crimes, Joe Exotic a gagné en devenant la nouvelle star-éphémère du monde entier sur le web.

Un documentaire aussi haletant que problématique
C'est un drôle de tour que nous a préparé Netflix. La force du récit, sur-écrit par un montage racoleur mais qui réussit à divertir, écrase la pertinence de son sujet. À cause d'une célébrité accrue par Internet, suite à sa série, Joe Exotic est devenu ce qu'il voulait être : un Tiger King, enfermé dans sa cellule.
3

BANDE-ANNONCE

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart