Depuis quelques années, la licence Warhammer 40K de Games Workshop, autrefois cantonnée à quelques apparitions ponctuelles ou à l’excellente saga Dawn of War de Relic Games, semble présente sur tous les fronts et servie à toutes les sauces. FPS coopératif, jeux tactiques, combat spatial, il y en a pour tous les goûts, même s’il faut bien souvent se contenter de jeux tout juste moyens. Avec Inquisitor, hack and slash développé par Neocore (Van Helsing et King Arthur), il n’est même plus question de se contenter, mais de plonger la tête la première dans les bas-fonds du genre, aussi sombres que les armures des serviteurs du Chaos et puants que le linge de la veille d’un Inquisiteur.

Ce test a été réalisé à partir d’une version dématérialisée, fournie par l’éditeur, sur Xbox One X.

Tout est chaos

Il est difficile de savoir par où commencer ce test de Warhammer 40K : Inquisitor – Martyr, pour la simple et bonne raison qu’à peu près tout ce qu’il propose relève du mauvais. Sur la forme, Inquisitor a tout d’un action-RPG classique. Une perspective haute, un personnage à équiper, des nuées de monstres à éliminer. On parle ici d’une formule éprouvée, qui a donné naissance à de véritables classiques, Diablo en tête. C’est typiquement le genre qu’il est difficile de rater, tant toutes ses composantes semblent avoir déjà fait leurs preuves. Neocore n’était pas de cet avis en abordant Inquisitor. Le développeur s’est mis en tête de faire différemment.

Plutôt qu’une immense carte qu’il parcourrait joyeusement bolter à la main, le joueur doit composer avec un hub et une carte lui exposant différents secteurs de planètes. Chaque secteur propose plusieurs systèmes, chaque système plusieurs planètes et chaque planète plusieurs missions. Ce qui nous mène à la première énorme tare du titre : il est incompréhensible. On ne sait jamais vraiment où on est, ce qu’on doit faire, pourquoi certains chiffres sont rouges, d’autres verts, qu’est-ce qui est annexe ou ne l’est pas, à quoi sert telle ou telle mission. La seule interface de ce hub dégage une telle complexité que le simple fait de trouver une mission à faire provoque un immense sentiment de fierté.

Chaos Theory

Mais ça, c’est avant d’aborder la notion de progression dans Inquisitor. Accrochez-vous bien. Tous les secteurs sont accompagnés d’un numéro qui, après déduction, correspond au niveau de puissance conseillé pour y accéder. Le niveau de puissance, c’est ce truc bien lourd que tout le monde cherche à copier depuis Destiny. Meilleur est votre équipement, plus grand est votre indicateur de puissance. C’est, en toute honnêteté, la seule variable qui finit par nous intéresser, parce qu’il y en a une flopée d’autres dont on se fout éperdument. Ce qui compte, c’est la puissance, puisque c’est elle qui déterminera la difficulté des missions. Pas assez de puissance ? Mission difficile. Trop de puissance ? Mission facile. Simple, non ?

Warhammer 40K : Inquisitor - Martyr sur Xbox One

Sauf qu’on est dans un A-RPG et que par définition, il y a aussi du leveling et des compétences. Le leveling est permis par des points glanés pendant les missions. En montant, on déverrouille de nouvelles possibilités. Attention, pas de nouvelles compétences, mais des points que l’on assigne aux compétences que l’on débloque avec des défis. Parce qu’en jeu, en tuant des monstres, on accomplit des exploits. Ces exploits permettent d’ajouter des compétences à l’arbre le plus illisible du monde, que l’on viendra ensuite alimenter avec le point de compétence remporté à chaque nouveau rang atteint, lui-même grossi par les points d’expérience gagnés sur chaque mission individuelle qu’on vient de remplir en fonction de son niveau de puissance après l’avoir choisie sur une carte confuse.

Vous en voulez encore ? Les compétences que l’on débloque dans l’arbre ne sont pas des compétences actives. On n’assigne pas cette attaque spéciale à ce bouton comme dans n’importe quel autre A-RPG, c’est beaucoup trop évident. Dans Warhammer 40K : Inquisitor – Martyr, les compétences actives sont toutes disponibles dès le début du jeu et sont simplement attribuées aux différents types d’armes. Il y en a de toutes sortes. Du coup, il est impossible de personnaliser réellement son personnage en dehors de son équipement (que l’on choisira de toute façon en fonction du niveau de puissance et non pas des capacités vagues qu’elles offrent). C’est à ce moment-là que vous vous demandez à quoi peut bien servir l’arbre de compétences du coup ? À rien. C’est juste une histoire de pourcentages, rien de plus. Aucun effet, aucune refonte des capacités du perso. Que dalle. Gratifiant, non ?

Warhammer 40K : Inquisitor - Martyr sur Xbox One

KO technique

Résumons. Inquisitor se traîne une interface ridiculement peu ergonomique, au service d’une progression inintéressante sur des missions instanciées qui se ressemblent toutes, avec un sentiment d’évolution inexistant. Comment est-ce que la situation pourrait être pire ? En se ratant sur la partie gameplay, à tout hasard. Neocore ne fait pas les choses à moitié. Si dans les menus, Inquisitor est un calvaire, c’est infiniment pire une fois dans un niveau. Tout d’abord parce que c’est laid. C’est mal animé, sans vie, parfois trop chargé, parfois trop vide et le comble, c’est que ça rame, même en 1080p sur une PS4 Pro. Les dieux du Chaos ne sont clairement pas ceux de l’optimisation et on se demande comment les développeurs ont accompli cet exploit.

Ensuite parce que Inquisitor est probablement le hack and slash le plus mou auquel j’ai pu jouer depuis plus d’une décennie (vous savez, l’époque de Loki ou Space Siege). Les flingues ont la patate d’un Nerf et les épées tranchent autant que celles du parc Astérix. Il suffit d’entendre les bruitages des armes à plasma pour s’offrir une bonne tranche de rigolade. Sans parler des ennemis qui se coincent dans le décor, l’air hagard, pendant que vous leur tirez des billes dans le dos, de l’absence quasi-totale de loot au sol, de l’impossibilité de changer d’équipement pendant une mission (une hérésie) ou encore du manque global de lisibilité dans le feu de l’action. “Action”, un bien grand mot quand la moindre rixe a plus de chances de vous plonger dans un profond sommeil qu’un somnifère de cheval. Reste une direction artistique que l’on ne relèvera pas, parce qu’elle ne dépend pas de Neocore. Remercions donc Games Workshop d’être à l’origine du seul élément potable de cette escroquerie intégrale.

Il y a quand même de quoi se demander ce qui a mal tourné chez Neocore après Van Helsing pour sortir un ratage pareil, et ce à tous les niveaux. Véritable succession de catastrophes, Warhammer 40K : Inquisitor – Martyr met en scène des combats soporifiques dans des environnements modélisés à la truelle, pour une progression tellement nourrie au grind que ça en devient presque comique. Même le Chaos ne méritait pas ça.

Galerie

Ce test est originellement paru sur le site jeuxvideo24.com.

Warhammer 40K : Inquisitor - Martyr Couverture du livre Warhammer 40K : Inquisitor - Martyr
Hack and Slash
Neocore
Big Ben Interactive
PS4, Xbox One et PC
24 août 2018