jeu gris artwork
©Nomada Studio / Devolver Digital

GRIS, la peinture du deuil

Rêve ta vie en couleur, c’est le secret du bonheur”. Cette citation tirée du Peter Pan de Walt Disney pourrait parfaitement bien illustrer GRIS, le premier titre des Barcelonais de Nomada Studio.

GRIS est un petit jeu enchanteur et mélancolique de quelques heures à peine, absolument sublime autant sur la forme que sur le fond. Construit sous forme de plate-formes et de puzzles à résoudre, ce n’est pas vraiment avec son gameplay que la magie opère. Certains seront même probablement déçus par la facilité et la répétition des séquences. Néanmoins, ce serait dommage de vouloir réduire GRIS à cela, ce n’est pas son but et ses points forts résident ailleurs.

Le jeu s’ouvre sur une scène déchirante où une jeune femme heureuse et chantant dans un univers magique et coloré s’effondre de douleur et perd tout espoir. Le monde se décolore, elle perd sa voix, sa raison de vivre et traîne le poids de sa désolation.

C’est en jouant à GRIS que l’on se rend compte que les jeux vidéos peuvent à juste titre être considérés comme des oeuvres d’art. Chaque scène, chaque plan est un véritable tableau. C’est simple, c’est du bonbon pour les yeux. Les traits minimalistes se mêlent avec grâce à des couleurs absolument merveilleuses dans un monde enchanteur et onirique, teinté de notes de musique douce. D’une beauté à couper le souffle, GRIS possède une réelle identité graphique.

Mais GRIS, ce n’est pas qu’un simple jeu magnifique dans la forme, il est aussi touchant par ses thématiques. Métaphore du deuil, il en reprend les cinq étapes qu’il découpe en chapitres que la jeune femme devra surmonter. En se réappropriant chacune des couleurs du monde, elle doit mener ce combat intérieur pour survivre à la terrible douleur de perdre un être cher. Chaque couleur réapparue symbolise alors une étape surmontée. Choc / rouge, colère / bleu, négociation / vert, dépression / jaune et enfin acceptation / voix. La recherche de la voix est aussi un élément central, le dernier pour ainsi dire. Gris n’a pas les mots pour exprimer sa douleur à son entourage et se referme sur elle-même. C’est ce chemin intérieur vers l’acceptation qu’elle doit mener. La tristesse et la solitude face à la peine sont ici parfaitement illustrées par l’absence de couleurs et de mots. Et sa quête vers le bonheur se traduit par cette ouverture vers l’extérieur, vers la chaleur et l’éclat de la vie. Lorsque Gris a compris cela, rien ne sera plus jamais pareil, ses souvenirs deviennent mélancolie, mais la vie est ainsi faite, elle est nuancée comme la palette d’un artiste.

Jeu contemplatif et atmosphérique, GRIS évoque la douleur et toute une palette d’émotions complexes à travers les couleurs. Si le fait que l’histoire du personnage ne nous est pas dévoilée pourrait en décevoir plus d’un, c’est au contraire un conte suffisamment universel pour pouvoir toucher tout un chacun. Car tout ceci n’est en réalité pas un monde fantaisiste mais le combat interne et métaphorique d’un être en deuil.

Pour aller plus loin

L’éditeur du titre, Devolver Digital, a réalisé une petite vidéo « Behind the schemes » pour en savoir plus sur la conception de GRIS, en laissant la parole à ses géniteurs.

gris jeu artwork
Date de sortie
13 décembre 2018
Développeur
Nomada Studio
Éditeur
Devolver Digital
Supports
PC et Switch (notre version)
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