Quand on pense Nouvel Hollywood, des noms de légende comme Martin Scorsese, George Lucas ou Steven Spielberg surgissent immédiatement dans l’inconscient collectif. Pourtant, derrière ces stars du cinéma se cache le mouton noir de cette génération 70’s : Paul Schrader. Enchaînant les rapports houleux avec les studios et les projets descendus par la presse, il revient pourtant en force avec l’un des films les plus fous de cette année : Sur le chemin de la rédemption (First Reformed en version originale), sorte de ré-actualisation christique de Taxi Driver.

Bande-annonce

Sur le chemin de la rédemption vu par Victor

Dans la bande-annonce américaine du film, une citation du critique Ignatiy Vishnevetsky pour le AV Club présente le film comme « une mise-à-jour flagrante de Taxi Driver dans un monde de vidéos Liveleak et de réchauffement climatique ». 40 ans après avoir écrit une des œuvres les plus légendaires du cinéma américain, Schrader ausculte un monde où chaque personne serait Travis Bickle. Après la visite soudaine d’une jeune femme au sein de son église, un révérend remet en question ses croyances et le monde dans lequel il vit. Retranscrivant ses pensées sur un journal, il voit sa vie dériver de plus en plus vers un parcours radical afin d’y trouver un sens. Formellement, impossible de ne pas repenser au film que Schrader a écrit, la voix-off de Hawke rappelle celle de De Niro en chauffeur de taxi. Mais ce First Reformed témoigne d’un héritage désespéré laissé par le film de Scorsese. Il présente une société où les individus se réfugient dans les extrêmes afin de trouver un sens à leur vie. Toller cherche à aider un jeune homme terrifié à l’idée d’avoir un enfant dans un monde courant à sa perte, allant même jusqu’à se procurer une veste explosive. On apprendra ensuite lors d’un dialogue que la vie de Toller est aussi morose, en raison d’un enfant perdu pendant la guerre en Irak. Schrader exprime à nouveau sa colère contre une politique américaine industrielle, détruisant peu à peu son environnement et son peuple.

40 ans après avoir écrit une des œuvres les plus légendaires du cinéma américain, Schrader ausculte un monde où chaque personne serait Travis Bickle.

Suite à un retournement de situation, Toller va lui aussi partir en quête d’une raison d’être. Il va tenter d’abord de la trouver dans sa religion. Mais son parcours s’avérera de plus en plus sombre. La santé du révérend déclinant de plus en plus, il est confiné dans son église cadré dans un format 4/3 pour renforcer un sentiment d’étouffement. Un silence pèse de plus en plus chez cet anti-héros, qu’il va tenter de rompre auprès de Marie, femme inquiète pour l’état mental de son mari et jouée par Amanda Seyfried. Le film bascule soudainement vers l’ésotérisme, en particulier lors d’une séquence où le « sens » (dont on taira l’issue dans cette critique) est trouvé au détour d’un rêve. Une séquence étrange, coupant nette avec la forme du film. Car comme dit dans notre article sur The Canyons, Schrader présente le monde contemporain dans une matérialité austère. Rappelant Bresson et Ozu, maîtres absolus du réalisateur, le film capte le réel dans sa simplicité. La sobriété de l’image s’installe en même temps que la noirceur du récit.

La patte artistique de Schrader est donc présente. Son austérité et sa colère (malgré un soupçon d’espoir lors d’un final ambigu) sont toujours là. Mais celui qui porte le film sur ses épaules est Ethan Hawke. Il envahit cette histoire comme nulle autre, par sa voix-off omniprésente et une prestance qui crève l’écran. Monolithique face aux actes désespérés qu’il voit, l’acteur nous stupéfie par son regard stoïque mais pourtant gorgé de tristesse. Cette collaboration entre les deux est donc colossale et l’une des plus impressionnantes vues récemment au cinéma.

Dommage que Sur le chemin de la rédemption n’ait pas su trouver celui des salles obscures. D’un formalisme impeccable, Schrader signe l’un des films américains les plus remuants de 2018. Et il prouve qu’avec une forme plus austère que ses camarades du Nouvel Hollywood, il arrive à être aussi énergique dans ce qu’il provoque qu’un Martin Scorsese et son Loup de Wall Street. On espère revoir Ethan Hawke devant la caméra du réalisateur très prochainement.

Toutes les images appartiennent à ©Universal.

Sur le chemin de la rédemption (VO : First Reformed) Couverture du livre Sur le chemin de la rédemption (VO : First Reformed)
Paul Schrader
Ethan Hawke, Amanda Seyfried, Michael Gaston
Universal
25 septembre 2018
3,5 millions $

Un ancien aumônier militaire est ravagé par la douleur après la mort de son fils.

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