Couverture de Section 99 (S. Craig Zahler, 2018)
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Section 99 (2018), la critique : poings américains et bras cassés

La France semble ne pas être prête pour le cinéma de S. Craig Zahler. Tout comme l’excellent Bone Tomahawk du même réalisateur, Section 99 se voit contraint de zapper la case cinéma pour se retrouver directement dans les rayons des supermarchés, là où le public US a eu droit à une sortie ciné ET une édition Blu-ray 4K en sus. Un moindre mal quand on pense aux (très) nombreux films qui n’auront jamais la chance de survoler l’Atlantique pour arriver chez nous. D’autant plus que les raisons de ce sacrifice semblent évidentes, à l’heure où la production cinématographique tend à se standardiser un peu trop, là où Zahler réalise avant tout les films qui lui plaisent, et non pas les films que le public attend…

Bande-annonce

Section 99, ou les bienfaits de savoir prendre son temps…

Présente aussi bien dans les titres français et anglais, la « section 99 » (ou « cell block 99 ») ne pointe le bout de son nez qu’après plus d’une heure de film. Ce quartier hautement sécurisé, semblable à un donjon médiéval (à tous les niveaux) et supposé cœur de l’intrigue, n’est en réalité que l’étape finale de la descente aux enfers de Bradley, le personnage interprété par Vince Vaughn. Vous espériez voir des bastons dans une prison ? Ça se mérite et il faudra passer par une très, très longue introduction pour y parvenir.

Zahler a une vision très particulière du cinéma. Son Section 99 ressemble autant à un autre « film de prison » que Bone Tomahawk ressemblait à un Sergio Leone. Soucieux d’offrir des protagonistes travaillés, le réalisateur nous sert une nouvelle fois sa science de l’exposition et du dialogue inutile donc forcément indispensable (qui doivent représenter 80% du film), appuyée par une mise en scène clinique, froide, baignant dans les teintes bleutées. Bien plus proche du héros qu’elle ne l’était de la bande dans Bone Tomahawk, la caméra explore et met parfaitement en valeur toute la palette d’émotions de Vince Vaughn, pour qui il y aura un avant et un après Section 99.

Parce qu’on est clairement dans un rôle qui redéfinit l’acteur qui le joue. Bradley passe par 1001 épreuves pour faire ce qu’il a à faire et c’est impuissant que l’on assiste à sa longue et lente déchéance, alors que l’on connaît sa nature bienveillante. Jusqu’à ce final, qui comme Bone Tomahawk, a le culot de montrer ce qu’on ne montre nulle part ailleurs. C’est violent, gore et surtout 100% fait main (littéralement). Impossible de ne pas y déceler une critique acerbe du système judiciaire américain, bien que cet aspect ne soit pas le principal attrait du long-métrage, loin de là.

Tout comme Bone Tomahawk se réappropriait le genre du western pour y insuffler une véritable personnalité, Section 99 met la prison au second plan pour se focaliser sur un seul et unique remarquable personnage. Zahler parvient à adapter merveilleusement bien sa formule magique au genre et dynamite les codes pour y apposer sa propre marque de fabrique, faite de longues parlottes et de vertèbres brisées. Un régal !

Toutes les images appartiennent à ©Universal.

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