Memories of Murder (Bong Joon-ho, 2018) : critique et aperçu de l’édition collector

Comment réussir à captiver le spectateur lorsque la fin est déjà connue ? Cette question, tous les réalisateurs de films inspirés de faits réels ont déjà eu à y répondre. En revanche, comment réussir à captiver le spectateur lorsqu’il n’y a pas vraiment de fin, c’est une autre paire de manches. C’est le défi que relevait Bong Joon-ho en 2003 avec Memories of Murder, sorti pour la première fois en France au cinéma en 2017. Je n’ai pas eu l’occasion de le voir au cinéma mais j’ai pu me rattraper grâce à la superbe édition collector proposée par la Rabbia, sur laquelle je reviendrai brièvement en fin d’article. Avant ça, il est nécessaire d’évoquer le film en lui-même, et ce qui en fait un chef d’oeuvre incontestable.

Bande-annonce en VOST

La critique de Memories of Murder, par Alexandre

Memories of Murder est inspiré d’une sordide histoire de meurtres dans les années 80, au beau milieu de la campagne Sud-Coréenne. Une histoire qui ne connut aucune conclusion heureuse, puisque le criminel ne fut jamais attrapé, malgré la mobilisation de la police et tous les efforts consentis pour clore le dossier. En s’attaquant à cette histoire, Bong Joon-ho fait un pari double : celui de l’histoire dont on connaît déjà le dénouement…qui n’a rien de satisfaisant. Un récit sans fin, similaire à ce qu’adaptera quelques années plus tard David Fincher avec Zodiac.

Pourtant, de cette originalité Memories of Murder tire sa plus grande force : en adoptant cette histoire, Bong Joon-ho ne se focalise pas sur l’avancement de l’enquête mais sur les personnages qu’elle implique et l’effet qu’elle a sur eux. Le réalisateur Sud-Coréen livre des indices ici et là, autant de fausses pistes pour deux enquêteurs diamétralement opposés, que cette chasse à l’homme va réunir autour d’un épuisement, d’une lassitude commune. La fatigue et la frustration de faire du sur-place, de ne jamais progresser, Song Kang-ho et Kim Sang-kyeong les retranscrivent à merveille. Contrairement à tous les films qui trouvent une résolution miracle à cause d’une bourde du criminel ou par on-ne-sait-quel deus ex machina foireux, Memories of Murder traite de l’échec et de son impact, aussi bien sur le mental des détectives que sur la population.

Déjà en 2003, Bong Joon-ho faisait preuve d’une maîtrise hallucinante, et ce à tous les niveaux. La direction d’acteurs, parfaite, allait de paire avec une mise en scène léchée et millimétrée et une bande-son aux petits oignons. Difficile de ne pas évoquer ce final grandiose, à l’ombre d’un tunnel, sous une pluie battante. Visuellement époustouflante, elle représente la conclusion parfaite d’une histoire qui n’est pas censée en avoir, une fin pleine d’amertume qui se prolonge dans un retour à la case départ bouleversant. Ces dernières minutes firent définitivement basculer Bong Joon-ho dans la cour des très grands, un statut qu’il ne fera que confirmer quelques années plus tard avec The Host, puis Mother.

Un mot sur le collector de La Rabbia ?

Pour un si grand polar, il fallait une édition à la hauteur. C’est pourquoi, au lieu de se précipiter et sortir une édition au rabais 4 mois après sa sortie au cinéma, La Rabbia a accordé à Memories of Murder un traitement spécial. Pas de boîtier amaray dégueulasse ici, mais un digibook fignolé, accompagné du storyboard complet du film, le tout dans un fourreau que j’ai bien envie de qualifier de canon (qualitatif si vous préférez). Jugez par vous-même.

A film d’exception, édition d’exception ? S’il aura fallu patienter15 ans pour découvrir proprement Memories of Murder en France, le résultat me fait dire que l’attente en valait la chandelle. Vêtu d’un superbe coffret, le classique de Bong Joon-ho n’attend plus que vos yeux pour être regardé ! Merci la Rabbia !

Toutes les images appartiennent à ©La Rabbia.

Memories of Murder Couverture du livre Memories of Murder
Song Kang-ho, Kim Sang-kyung, Kim Loi-ha
La Rabbia
5 juillet 2017 (première sortie ciné en France)
2,8 millions $

En 1986, dans la province de Gyunggi, le corps d'une jeune femme violée puis assassinée est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, d'autres crimes similaires ont lieu. Dans un pays qui n'a jamais connu de telles atrocités, la rumeur d'actes commis par un serial killer grandit de jour en jour.Une unité spéciale de la police est ainsi créée dans la région afin de trouver rapidement le coupable. Elle est placée sous les ordres d'un policier local et d'un détective spécialement envoyé de Séoul à sa demande. Devant l'absence de preuves concrètes, les deux hommes sombrent peu à peu dans le doute...

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