Critique de Chasseuse de Géants (I Kill Giants), 2018

CRITIQUE // Chasseuse de Géants, de Anders Walter

Parfois, le hasard fait bien les choses. Souvent, il se contente de foutre le bordel partout où il passe. C’est le cas quand on parle de la situation de Chasseuse de Géants, adaptation cinématographique du comics I Kill Giants paru en 2008 chez Image Comics. En sortant un peu plus d’un an après Quelques Minutes après Minuit, chef d’oeuvre de Juan Antonio Bayona, le premier long-métrage de Anders Walter se tire d’emblée une belle balle dans le pied. Un handicap instantané que tous les efforts du réalisateur ne peuvent intégralement compenser…

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Ce qu’on a pensé de Chasseuse de Géants

Restons simple : pour faire la critique de Chasseuse de Géants, il suffirait de reprendre notre avis sur Quelques Minutes après Minuit et retirer point par point tout ce qui marchait à l’époque et ne fonctionne pas ici. Ce n’est pas exagéré d’affirmer que les deux longs-métrages partagent exactement le même sujet. Représenter la souffrance par l’imaginaire, jouer sur la démesure, mettre en scène un personnages « à part », marginal, Chasseuse de Géants n’offre rien de neuf. Par contre, il fait quasiment tout en moins bien. Sa photographie à la fois douce et lumineuse séduit, mais ne parvient jamais à retranscrire ni la poésie d’un Max et les Maximonstres, ni la brutalité tragique du film de Bayona, la faute à un manque de moyens flagrant et une écriture qui n’offre rien de bien transcendant.

Produit pour 1/3 du budget de Quelques Minutes après Minuit, Chasseuse de Géants ménage ses effets pendant la grande majorité du film pour sombrer dans le grotesque dès lors qu’il s’agit de faire parler la poudre (ou plutôt le marteau). Esthétiquement, c’est propre. Techniquement, c’est complètement à la ramasse. On comprend dès lors pourquoi le film a fait l’impasse sur une sortie en salles. C’est d’autant plus dommage que le film tentait tout de même d’offrir un tournant plus aventureux à cette histoire que l’on a déjà entendue. Un ton tout juste survolé, vite rattrapé par les impératifs émotionnels de toute oeuvre du genre.

Et là, c’est la déconfiture totale. Chasseuse de Géants a du mal à émouvoir, malgré l’implication de sa jeune interprète principale Madison Wolfe. Tous ceux qui ont en tête le dernier tiers de Quelques Minutes après Minuit seront d’accord avec nous, la fin amenait une violence physique particulièrement éprouvante. Le son, la puissance des images, c’était grandiose et déchirant. Ici non. C’est la même chose, en version soft. C’est à ce moment-là qu’on a commencé à se poser une question : et si Chasseuse de Géants était bien plus adapté aux jeunes que le film de Bayona ? Il est effectivement plus simple à appréhender, peut-être plus divertissant aussi. Plus en phase avec les attentes d’un jeune public quoi ! On ne pense pas que Quelques Minutes après Minuit soit réservé aux adultes, loin de là. Mais il est moins orienté jeunesse, plus mature. Partant de ce constat, la plupart des reproches que l’on a pu faire précédemment laissent place à une certaine forme de tolérance, pour un film qui ne prend clairement pas son public pour des idiots. Et surtout, il offre son pendant quasiment 100% féminin à une histoire dans laquelle les petites filles auraient pu avoir un peu plus de mal à se projeter et rien que pour ça, le film de Anders Walter mérite d’être salué.

6/10

Il devrait être envisageable de distinguer deux appréciations pour Chasseuse de Géants. Trop enfantin pour contenter les adultes chamboulés par Quelques Minutes après Minuit, il devrait toutefois parler sans peine aux jeunes spectateurs (et spectatrices) à l’imaginaire développé, aidé par une photographie au charme fou et une héroïne à la langue bien pendue. Peut-être qu’on en attendait trop. Peut-être n’étions-nous tout simplement pas la cible.

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