Qu’est-ce que le film d’horreur A24 ?

Midsommar s’apprête à débouler sur nos écrans et vous risquez d’y voir en ouverture un logo facilement reconnaissable si vous êtes friands de cinéma américain : A24. Boîte indépendante, cette firme a contribué à la Nouvelle Nouvelle Vague du cinéma d’horreur aux Etats-Unis. Parfois soumise à des critiques, il est impossible de nier l’importance de la société dans le courant actuel. Car c’est indéniable, le genre de l’épouvante a ressuscité dans le cinéma américain. Trois cas d’écoles sont identifiables. Il y a tout d’abord Jason Blum qui a proposé des créations originales et commerciales avec un budget pourtant modeste pour des auteurs reconnus. Ensuite, le cas Netflix est entré dans la course. Cliente des slashers du samedi soir, révélant entre autres des réalisateurs comme Mike Flanagan, la plateforme de streaming a ouvert le genre à un plus large public. Et entre ces deux tendances se situe donc cette boîte, A24. Ce dossier va tenter alors de déceler ce qu’est un film d’horreur fait par la société new-yorkaise.

Crée en 2012 par Daniel Katz et David Fenkel, cette boîte s’est montrée plus polyvalente qu’une société comme Blumhouse dans ses productions. Proposant aussi bien des drames intimistes que de la science-fiction, elle a opérée aussi bien dans la production que la distribution de films sur le sol américain pour rendre plus populaire le cinéma indépendant.

Une affaire de famille

Non, qu’on se comprenne tout de suite, les films d’épouvantes de A24 ne sont pas à mettre entre toutes les mains et ne sont clairement pas destinés à être visionnés en famille un dimanche après-midi.

The Witch de Robert Eggers

En fait, par films de famille, il faut plutôt entendre philosophie de Dominic Toretto. Comme le leader de Fast and Furious, rien ne semble plus important que la famille pour faire un film A24. Prenez deux des films-phares de la boîte : The Witch de Robert Eggers et Hérédité d’Ari Aster. Ils vont tous les deux partir d’un même schéma narratif assez simple : La chute traumatisante d’une cellule familiale pourtant ordonnée au départ. Ces longs-métrages sont différents à de nombreux égards : Le premier reconstitue en format 1:33 la Nouvelle-Angleterre du 17ème siècle pour parler sorcellerie et religion. Tout le contraire du film suivant, tourné en Cinemascope, qui se déroule à notre époque. Si Eggers va partir de ce postulat pour parler émancipation, Aster va quant à lui se montrer plus cruel avec ce début de scénario en le transformant en conte sadique sur la culpabilité et les tares transmises par nos ancêtres.

Hérédité – Ari Aster

Ce qui aurait pu être une simple et amusante coïncidence entre ces deux films se confirme pourtant au fur-et-à-mesure que l’on consulte le catalogue A24. On y trouve de nombreux contes horrifiques ayant la famille pour thème. Les deux premiers films internationaux de Yorgos Lanthimos vont dans ce sens, Mise à mort du cerf sacré racontant tout de même comment Colin Farell va devoir sacrifier un membre de sa famille pour espérer la sauver. Ceux de Trey Edward Shults vont aussi fort dans le règlement de compte familial comme le prouve Krisha et sa réunion de Thanksgiving cauchemardesque. Fort heureusement si l’horreur A24 montre son affection pour détruire la famille, la société produit aussi des drames et comédies sur ce thème comme le récent succès de The Farewell aux Etats-Unis avec l’actrice/rappeuse Akwafina. C’est tout alors ? Il ne serait uniquement question d’héritage familial pour définir un film d’horreur A24 ? Non, il y est aussi question d’atmosphère.

Slow Motion

Peut-être que vous avez un souci avec les films A24. Dans la rédaction de Good Taste Police, la plupart de leurs oeuvres divise en tout cas. Le principal reproche ? Un soin trop important à rendre le temps lent. Contrairement à une production Blumhouse où tout s’enchaîne rapidement pour ne pas perdre du temps de divertissement, les films labellisés A24 vont bien prendre leur temps. On pourrait définir ces films comme des slow burns, c’est à dire comme des montées allant crescendo vers une pure explosion d’horreur. L’exemple tant décrié par les spectateurs est It Comes At Night. Autre film réalisé par Trey Edward Shults, le film raconte la survie d’une famille vivant isolée dans les bois suite à une épidémie mortelle.

It Comes At Night – Trey Edward Shults

Peu à peu, l’histoire du film va dériver vers la paranoïa et provoquer un déferlement de violence auprès des personnages jusqu’à une tragique issue fatale. C’est aussi le même schéma que l’on pourrait retrouver dans Hérédité et The Witch. Ces films se ressemblent dans leurs manière à privilégier l’atmosphère des films, leurs singularités, en étirant l’histoire sur une longue durée. La caméra aussi préfère prendre son temps, faisant place à des plans contemplatifs aussi fascinants qu’inconfortables. Les plans d’Hérédité filmant la vie de famille comme une maison de poupée hantée nous traumatisent encore…

En produisant ou distribuant leurs films, A24 a donc apporté une marque singulière au cinéma d’épouvante. Quand on achète un ticket pour leurs films, on sait dorénavant à quoi s’attendre. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a plus rien à découvrir, au contraire ! La liberté laissée aux auteurs permet aux films d’aller au-delà de ces traits de marques toujours présents et offrir des productions horrifiques singulières et mémorables.

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