Le Marvel Cinematic Universe : comment ça marche ?

Les annonces de Marvel Studios lors du Comic-Con ont donné l’idée à Jade de revenir sur l’historique de cet univers cinématographique afin d’essayer de comprendre le pourquoi du comment de son ampleur.

Le Marvel Cinematic Universe, dit le MCU, compte désormais pas moins de 23 films live sur différents héros et héroïnes, que ce soit en solo ou en équipe. Depuis onze ans, cet univers partagé s’est vu accueillir de nouveaux héros, de nouveaux fans et par conséquent s’est vu considérablement grandir jusqu’à être le monstre de popularité qu’il est aujourd’hui. Après Avengers : Endgame, marquant officieusement la fin d’un cycle scénaristique, Spider-Man : Far From Home arrive et se positionne comme la fin officielle de la troisième phase du MCU et comme la porte d’entrée à la quatrième. Cette prochaine phase qui a d’ailleurs été annoncée et teasée au Comic-Con de San Diego il y a peu, et sur laquelle beaucoup d’encre a coulée depuis. Mais avant même de sortir les grands mots tels que cycle, phase ou même univers partagé, les films Marvel Studios n’étaient pendant un temps que de bons petits films bien divertissants. Alors qu’est-ce qu’il s’est passé en onze ans ? Au-delà de se poser la question de la fidélité au matériau de base (je vous invite à lire la définition du mot « adaptation » dans n’importe quel dictionnaire), pourquoi-a-t-on décider de faire ces films de super-héros Marvel ? Et comment sont-ils parvenus à créer la franchise la plus rentable et la plus populaire de tous les temps ?

Iron Man – Jon Favreau

La naissance d’un héros (du divertissement)

L’idée même du super-héros est une source inépuisable d’action et de grand spectacle. Même si certains films plus vieux peuvent remettre en question cette facette sensationnelle du super-héros (Howard The Duck en 1986 ou encore le Captain America de 1990), les Marvel Studios ont fait du film de comic-book le divertissement par excellence que l’on connaît aujourd’hui. Techniquement fondé en 1993, dirigé par Avi Arad et ayant en son sein Kevin Feige en producteur depuis 2000; le studio a démarré le MCU en 2008 avec Iron Man de Jon Favreau. Enfin, en réalité, tout a commencé bien avant. Le studio avait déjà des projets tels X-Men mais cherchait LE film qui allait être le point de départ d’un tout nouvel univers de divertissement super-héroïque. Il s’avère qu’un film sur le personnage d’Iron Man voyageait dans les tuyaux d’Universal, de la Fox, puis de New Line Cinema depuis 1990. Pendant seize années, de nombreux noms se sont vus attachés au projet : Nicolas Cage, Tom Cruise, et même Quentin Tarantino à l’écriture et à la réalisation. Mais après des réécritures, des rachats, et autres péripéties de pré-production, c’est chez Marvel Studios qu’Iron Man atterrit et c’est en avril 2006, lorsque Jon Favreau est engagé comme réalisateur; que la machine se lance enfin. Alors que la production de Hulk, réalisé par Louis Leterrier, avait lieu à peu près en même temps, les studios voulaient absolument qu’Iron Man soit le personnage principal de leur première production (étant le seul super-héros majeur n’ayant pas encore eu droit à son adaptation live). Ils le voulaient à tel point qu’ils ont été jusqu’à animer des focus groups afin d’éliminer des esprits l’idée qu’Iron Man n’était qu’un robot et faire connaître et aimer le personnage au plus grand nombre. Les studios voulaient ce film autant par amour du personnage que par amour des recettes.

Héritage du riche héritier

A l’image des finances du personnage titre, Iron Man est un succès. Pour un budget de 186 millions de dollars, le film engrange 585 millions au box-office international. Pour Marvel Studios, c’est un pari réussi. Parce qu’il faut être honnête, Hollywood est une industrie. On ne peut enlever l’élément pécuniaire de cette grande machine même s’il serait malheureux que ce dernier enlève toute sincérité à l’oeuvre et n’en fasse qu’un produit marketing. A savoir qu’à mon sens, qu’un film soit un divertissement pur n’est pas mutuellement exclusif à ce qu’il soit une oeuvre de coeur. D’ailleurs c’est un point qui peut faire débat. Même dans la rédaction de Good Taste Police, nous ne sommes pas tous d’accord sur quel film du MCU semble être fait avec passion et honnêteté. Victor tend à dire que le plus sincère est Iron Man alors qu’Alex reste sur les Gardiens de la Galaxie. Personnellement, je suis plus team Spider-Man : Homecoming ou Black Panther. Bien que j’aime Captain Marvel de tout mon être, je suis plus dubitative sur la démarche (même si je sens que c’est un personnage aimé par les créateurs et créatrices du film). Evidemment, tout cela est subjectif puisque nous ne pouvons pas savoir exactement comment ça se passe au niveau du développement et de la production d’un projet Marvel Studios. Mais ça ne nous empêche pas de ressentir, ou non, l’amour pour les personnages. En tout cas Iron Man le film hérite bien d’Iron Man le personnage. A la fois très sombre et grand public, il est populaire et confirme à Marvel Studios que la valeur sûre imminente du divertissement au cinéma est le film de super-héros.

Spider-Man : Homecoming Jon Watts

Toujours plus: toujours plus haut, toujours plus grand

Même si pas clairement planifiée dès le début, l’idée de faire un univers étendu de super-héros Marvel au cinéma était déjà dans les esprits des créateurs et producteurs. Ce n’est que logique que, dans une démarche d’adaptation, l’essence même du matériau adapté (ici, l’univers partagé des comic-books Marvel) le soit également. En plus de ça, faire un univers étendu permet de faire plus de films. Et faire plus veut dire faire potentiellement plus d’argent. Alors si un film sur un super-héros moins connu marche si bien, imaginez en faire plusieurs et sur des héros plus populaires? C’est la machine à sous assurée. Au fil de années, après les deux premiers Iron Man, Hulk, Thor et Captain America, tout se met officiellement en place. L’acclamée bande-dessinée Fury’s Big Week (qui prend place dans l’univers du MCU) confirme la corrélation entre ces quatre films et, début 2012, annonce Avengers qui sortira en salles peu après. Scénaristiquement parlant et du point de vue de la production et du développement, tout est alors programmé. Les studios font des choix de casting extrêmement justes pour les héros, ce qui joue en leur faveur, et des choix de scénaristes et de réalisateur.rices tout aussi intéressants. Les films défilent, leurs histoire commune intelligemment planifiée, et à chacun d’entre eux le nombre d’entrées au box-office international confirment l’intérêt du public pour ces super-héros. Le premier Avengers en 2012 engrange pas moins d’1,5 milliards de dollars pour 225 millions de budget. Cinq années après, Black Panther fait 1,3 milliards de dollars d’entrées pour un budget de 200 millions. Puis cette année, Avengers : Endgame est officiellement devenu le numéro uno du box-office mondial (détrônant Avatar) en franchissant le cap des 2 milliards 790 millions de dollars de recettes, pour un budget d’environ 400 millions. Le rapport budget/recettes est constant, voire s’améliore, au fur et à mesure que l’univers avance. Tout ça conforte Marvel Studios. Cet univers marche auprès du grand public. Tout le monde aime, ou tout du moins aime voir, les super-héros du MCU, et par conséquent permet aux studios de continuer sur leur lancée et de créer ce nouvel univers étendu alternatif à ceux des bandes dessinées.

Une grande famille

Mais alors, comment ont-ils réussi à faire marcher et à faire sens de cette franchise si imposante? Parce que vouloir créer une nouvelle franchise et en faire un univers partagé n’est possible que si le public suit. C’est un dialogue, un échange. Et le dialogue n’est possible que si les deux parties veulent bien s’écouter l’une l’autre. Alors pour introduire plus facilement le sujet qui fâche (ou qui, au contraire, va ravir), les studios Marvel décident de commencer par des films stand-alone, principalement des origin stories d’un héros seul, avant d’arriver à l’évènement Avengers. Grâce aux quatre films précédant Avengers, le public est attaché aux personnages et est par conséquent évidemment partant pour les voir tous ensemble dans un seul et même film. A mon sens, c’est la qu’à réellement commencé le Marvel Cinematic Universe. Du moins, c’est à ce moment précis qu’on s’est rendu compte de l’importance de ce petit univers. Petit univers qui ne cessera de grandir quand on voit l’impact (à la fois financier et culturel) qu’il a aujourd’hui. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’univers partagé s’étend même à la télévision avec des séries telles que Runaways ou Jessica Jones. De la même façon DC Comics, les « concurrents » de Marvel, se sont inspirés du succès du MCU et se sont eux aussi mis à créer un univers partagé au cinéma et à la télé. Comme pour DC Comics, c’est grâce aux créateurs des comics originaux Marvel que les histoires et personnages existent. C’est grâce aux studios, producteur.rice.s, réalisateur.rice.s, etc… que les films ont pu voir le jour. Enfin, c’est grâce à nous, au public, aux fans, que le MCU peut continuer d’exister. L’échange est incessant. Les films existent alors on va les voir, on les décortique, on en parle, on crée grâce à eux… Notre intérêt pour ces divertissements, qu’on les envisage comme tels, moins bien ou mieux, est une part du dialogue. En réponse les studios, évidemment capitalisent dessus, et peuvent surtout continuer de faire exister à la fois le MCU et toutes les personnes qui travaillent dessus. Telle une grande famille dysfonctionnelle pas toujours d’accord, créateur.rice.s et fans échangent constamment, et c’est ça le plus important.

Au final, à mon sens, le MCU part de bonnes intentions : l’amour des comic-books, du personnage d’Iron Man, et l’envie de créer. Je ne sais pas ce qu’il y a dans les têtes pensantes responsables du MCU, mais ce dont je suis certaine est qu’il ne faut pas voir tout blanc ou tout noir. L’argent et la passion ne sont pas mutuellement exclusifs. Ce n’est pas parce que des films (et une franchise) fonctionnent et font des milliards d’entrées au box-office international que c’est forcément mauvais ou malintentionné. Peut-être faut-il voir ça comme un succès. C’est gagnant-gagnant pour tout le monde. Des personnes travaillent sur des projets qui nous divertissent voire que nous aimons, et en retour notre intérêt pour ces projets leur permet de continuer. A tel point qu’aujourd’hui le MCU en est à sa quatrième « phase », emplie de films et séries à venir dont la chronologie vient tout juste d’être annoncée au Comic-Con de San Diego, qui vend du rêve à des millions. Alors que l’on aime ou pas les films Marvel Studios, on ne peut nier l’importance et l’impact culturel qu’a créé un milliardaire traumatisé en armure il y a à peine onze ans.

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