L’Adieu (The Farewell), la critique

Avertissement : avant de découvrir en salles le film L’Adieu (The Farewell), soyez sûrs et certains d’être équipés de mouchoirs pour sécher vos larmes. Car autant être direct, le film de Lulu Wong va vous briser le coeur. À la fois très personnel et universel, ce drame familial séduit par son choix de toucher le public avec une pudeur sidérante. Vous êtes prévenus, on s’attaque à un gros morceau du cinéma indépendant américain mené par la géniale Awkwafina, ici dans son premier rôle dramatique.

Habituellement, dans ce genre de drame, une famille se réunit auprès d’un futur défunt pour effacer les querelles et les regrets. C’est un peu 95 % des drames français si on était de mauvaise foi. Sauf que dans L’Adieu, Lulu Wong retourne cette situation : et si on se réunissait sans que le défunt apprenne son sort ? C’est le point de départ du film, annoncé en carton d’introduction comme basé sur un vrai mensonge.

Par cette idée pouvant apparaître comme étrange au départ, Lulu Wong enclenche la mécanique impressionnante de sa dramédie. Derrière une légèreté pimpante, appuyée par la fougue insouciante d’une grand-mère franche dans son caractère, il y a un drame terrible qui se prépare et auquel chaque membre d’une famille doit faire face. Par une simplicité évidente, le film convoque la vie de chaque spectateur : que ferions-nous si on devait avoir affaire à un dilemme moral de ce genre ? Est-ce qu’on serait prêt à jouer le jeu ou alors à deux doigts d’exploser la vérité ? Ce conflit interne a la bonne idée d’être racontée du point de vue de Billi, jeune femme paumée jouée par la géniale rappeuse Awkwafina récompensée par ailleurs aux Golden Globes pour son rôle. Sino-américaine revenant en Chine au chevet de sa grand-mère, elle fera face à un choc des cultures remettant en cause son point de vue d’occidental.

Là où des histoires de ce genre ont souvent été racontées en suivant un personnage aisé et blanc, on peut penser par exemple au toutefois merveilleux Lost in Translation, Lulu Wang montre à quel point il est nécessaire de revisiter ce genre de récit sous un autre oeil.

Les discussions s’enchaînent dans ce film, avec légèreté, sur des sujets qui peuvent couler de sources mais paraissent différents sous un autre angle. Qu’est-ce qu’une place dans une famille implique en tant qu’individu ? Comment éduquer son enfant ? Est-il nécessaire d’annoncer une terrible nouvelle à un proche ? S’inscrivant comme un film indénablement personnel, il est à ce propos rafraîchissant de suivre ce genre d’histoires d’un oeil plus inclusif. Là où des histoires de ce genre ont souvent été racontées en suivant un personnage aisé et blanc, on peut penser par exemple au toutefois merveilleux Lost in Translation, Lulu Wang montre à quel point il est nécessaire de revisiter ce genre de récit sous un autre oeil.

Un oeil culturel mais aussi doux-amer. La simplicité apparente des situations est couverte d’un ton tragi-comique virtuose. La force comique du film, traduite par un semblant d’insouciance, se maintient dans le nœud dramatique du film qui repose avant tout sur un mensonge. Awkwafina, rappeuse new-yorkaise habituée des comédies (on l’a vu dans Crazy Rich Asians et Nos Pires Voisins 2), porte cette mélancolie souriante pendant tout ce périple. Elle forme avec Zhao Shuzhen, formidable grand-mère comme on en a tous connu, un duo impeccable qui rend cet adieu plus difficile.

"L'Adieu (The Farewell)" laisse sans voix. Loin des clichés traditionnels du film Sundacien, il impose tranquillement sa puissance et cela encore bien après la séance. Il fait parti de ces films singuliers qui te propose un autre regard sur des questions existentielles que chacun peut traverser, le tout avec une bonne dose de drame et d'humour. Il est donc très difficile de faire ces adieux avec ce si charmant film.
4.5
Bouleversant
Hipster passionné
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