Felicità : une affaire de famille

Pour un film qui se déroule principalement sur les routes françaises, c’est un comble qu’il soit passé sous les radars des salles et de la critique française. Nouveau long-métrage de Bruno Merle, connu pour avoir réalisé l’OFNI Héros avec Michaël Youn, Felicitàest une bouffée d’air frais parfaite pour cet été. Mené par le doux-dingue Pio Marmaï, cette chronique familiale attachante lorgne vers les plus ambigus des films solaires de Hirokazu Kore-Eda.

Aller voir ce film est comme aller prendre des vacances : malgré la destination, on ne sait jamais ce qui peut arriver. On s’attend à quoi avec Felicità, alors ? Au vu de la bande-annonce ou de l’affiche, on s’imagine un road-movie familial qui mêle criminalité et road-movie. Un film où les moments de bonheurs s’éclipsent peut-être face à une arrivée fatidique. Pas du tout. Mais on pourrait le croire quand on comprend ce qu’il se passe devant nos yeux au départ.

On suit une famille composée d’un père, d’une mère et d’une fille, la veille de la rentrée. La vie à la maison se déroule tranquillement. Petit déjeuner, préparation du cartable. Soudain, un coup de fil. La panique envahit immédiatement le rythme, plus posé auparavant. Au son des percussions qui s’accélère, on devine ce qui se joue ici. La famille que nous suivons a squatté le domicile d’une famille pendant qu’ils étaient parti en vacances, ils vont tout faire pour s’en sortir. De la vie de famille tranquille, on vire soudainement au thriller limite social. La séquence où la famille Park revient plus tôt de vacances dans Parasite nous revient d’ailleurs en tête. Ce basculement permanent, où chacun des personnages refuse de garder les pieds sur Terre (ce qui sera symbolisé par des apparitions d’un cosmonaute interprété par une figure célèbre du rap français), sera le moteur des problématiques de Felicità

Qu’est-ce qu’une famille parfaite ? Comment savoir si on s’apprête à faire le bon choix ? Comment garder confiance à ses parents suite à un passé trouble ? Qu’est-ce que la normalité ? Des thèmes que l’on a déjà pu étudier dans d’autres films (l’un d’eux est lancé par le visionnage par les héros du Freaks de Tod Browning), le personnage de Pio Marmaï pouvant rappeler celui qu’il a interprété l’an dernier dans Mais vous êtes fous, par exemple. Mais le scénario de Bruno Merle s’adapte habilement à la psychologie des personnages. N’hésitant pas à faire peur à ses personnages, quitte à basculer dans un imaginaire de l’horreur, le film refuse de se scléroser aux attentes de ce genre de films et préfère toujours aller vers l’amusement, vers la tendresse. En cela, Felicità est un véritable tour de force pour faire autant de bien en 1h22. Le film dope le spectateur par un effet feel-good maîtrisé à la perfection. Par cette tendresse, il dézingue les normes de la société en faisant d’un évadé un père attachant et voulant le meilleur pour sa femme et son enfant. En cela, il convoque les drames merveilleux de Hirokazu Kore-eda en déconstruisant habilement les règles de la vie de tous les jours pour interroger sur l’état des structures. Le tout emballé pour un road-movie rythmé qui redonne le sourire, cela frôle le respect.

Un road-movie tendre et dépaysant
Il faut embarquer pour le voyage proposé par Felicità. Appelant au dépaysement, ce chemin emprunté par un formidable trio (on a déjà cité Pio mais on va aussi acclamer les excellents Camille Rutherford et Rita Merle) réchauffe les coeurs. Pied de nez au cynisme et au désespoir, c’est un petit film à la grande générosité qu’il ne faut pas manquer.
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Bande-annonce

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