Doctor Sleep, la critique

Dès le départ, le projet paraissait osé. Près de quarante ans après l’adaptation culte signée Stanley Kubrick, le Shining fait un retour inattendu sous la direction de Mike Flannagan. Protégé de Stephen King et connu des utilisateurs de Netflix, ce metteur-en-scène remarqué reprend le flambeau de deux grands auteurs pour adapter Doctor Sleep. Difficile à appréhender au départ, cette proposition radicale sait offrir spectacle et intimité avec brio.

Comment passer après la force évocatrice des images angoissantes de Stanley Kubrick ? Pour Flannagan, la réponse semble être catégorique : étudier le potentiel traumatique de ces images. Le documentariste Rodney Ascher s’était déjà intéressé à cette idée en interrogeant des fans obsessionnels du film dans Chambre 237. Sauf qu’ici, Doctor Sleep s’intéresse à l’après-Shining pour le personnage de Danny Torrence. Ce petit gars, qui a rencontré des sœurs jumelles démoniaques clairement pas nées sous le signe des jumeaux et a affronté un père alcoolique devenu fou, est devenu une épave trente ans après sous les traits d’Ewan McGregor. Certains y verront ce traitement comme un cliché mais ce nivellement vers le bas est essentiel pour la démarche de Flannagan.

Si vous avez vu la série The Haunting of Hill House, vous n’êtes pas sans savoir que le réalisateur aime observer comment un drame familial peut anéantir tout un cercle des décennies après. Doctor Sleep va donc prendre son temps pour construire un chemin pour Danny. Mené par un Ewan McGregor qui sait adapter un jeu dramatique dans un univers plus enclin au fantastique, le film sera un chemin de croix particulièrement verbeux. Narré sous plusieurs décennies, on suit une véritable psychanalyse ancrée dans une intrigue fantastique explicitant les images de Kubrick. Celles-ci, retournées ingénieusement pour souligner les souvenirs pénibles ayant du mal à disparaître de la psyché du héros.

Stephen King's Doctor Sleep : Photo Kyliegh Curran, Rebecca Ferguson
Kyliegh Curan et Rebecca Ferguson

Pourtant, malgré son écriture verbeuse étalée sur 2h30, Flannagan n’oublie pas de divertir le spectateur. Loin de l’ésotérisme Kubrickien (on aura pas de plan choc comme celui celui de l’ours), le cinéaste prolonge plus explicitement les phénomènes malveillants provoqués par ces esprits. Rebecca Ferguson, meneuse maléfique de ses fantômes, permet des scènes s’inscrivant plus fondamentalement dans l’horreur pur. Jacob Tremblay pourra le confirmer, il participe à la mise-à-mort la plus anxiogène du film. Doctor Sleep livre au public une ordonnance de terreur qui saura effrayer même les plus téméraires au flou laissé par Kubrick. Car sans jamais manquer de respect aux origines de Shining, Flannagan prolonge ses obsessions de cinéaste tout en continuant de manier avec force son train-fantôme.

C’était donc le genre de projet qui paraissait casse-gueule, surtout après avoir été assommé par la seconde partie de Ça approuvé par King, mais Doctor Sleep relève du miracle. Radical et spectaculaire, cette suite inattendue transformée en psychothérapie prolonge d’une autre manière les troubles causées par le film de Kubrick. Et c’est en cela que l’on reconnaît les grandes suites.

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