da 5 bloods netflix
David Lee/Netflix

Da 5 Bloods : le retour de Spike Lee sur Netflix

On est sûr d’une chose, la sortie et diffusion d’un nouveau film de Spike Lee sur Netflix tombe à point nommé dans l’actualité brûlante. Après avoir reconquis le public en s’attaquant au Ku Klux Klan dans BlackKklansman en 2018, le cinéaste engagé revient avec un projet autrement ambitieux : une chasse au trésor menée par des afro-américains vétérans de la guerre du Vietnam. Sur le papier, Da 5 Bloods présage un retour du Spike Lee épique et hargneux. Mais avec Netflix à la production, la liberté du cinéaste frise l’indigestion tant Da 5 Bloods est chaotique dans sa charge critique.

Dès l’ouverture de Da 5 Bloods, Spike Lee utilise une de ses formalités favorites : la recontextualisation d’images d’archives. Ce n’est nullement une nouveauté au sein de son oeuvre. On repense au générique de Clockers qui présentait des photos de victimes assassinées par balles dans la rue, à la conclusion de The Very Black Show qui explorait la blackface sur plusieurs décennies de pop-culture, ou plus récemment à BlackKklansman, film plus largement distribué et vu par un plus grand public. Ici,  il pousse les curseurs plus haut pour ouvrir son film. Le morceau Inner City Blues de Marvin Gaye s’impose et son texte fait défiler toute une histoire peu représentée à l’écran. Ce montage laisse place à l’action du présent, située au Vietnam, qui présente quatre amis noirs vétérans en pleine retrouvailles. On comprend alors que ces dernières se font dans le cadre d’une chasse au trésor cachée. Nos héros veulent récupérer la dépouille du leader de leur groupe ainsi que le mégot qu’ils avaient cacher lors du conflit. Pendant deux heures et demie, Spike Lee laisse entrevoir la possibilité de ce qu’il aurait pu faire de ce projet : un film épique sur la revanche de soldats exclus de la mémoire. Mais ce n’est pas exactement ce que l’on voit pour le résultat final.

Da 5 Bloods Spike Lee discothèque
DA 5 BLOODS (L to R) NORM LEWIS as EDDIE, CLARKE PETERS as OTIS, ISIAH WHITLOCK JR. as MELVIN and DELROY LINDO as PAUL in DA 5 BLOODS Cr. DAVID LEE/NETFLIX © 2020

Une nouvelle fois, Spike Lee veut donner la parole à chacun de ses personnages et va les faire exister au sein du groupe qu’il met en scène. Da 5 Bloods va alors prendre le soin d’éclater son récit pour s’attarder sur ses héros et leurs préoccupations. Une idée alléchante sur le papier, Lee étant un formidable cinéaste pour mettre en scène la pensée de ses personnages, surtout lorsque des enjeux politiques et humains sont présents. Cependant, cet ensemble hétérogène souffre d’un traitement assez déséquilibré. Celui qui vole la vedette à tout le monde, c’est Delroy Lindo. Il livre ici une véritable masterclass en ex-soldat individualiste (la raison pour laquelle il a voté Trump) complètement ravagé par la guerre. Malheureusement, à force de s’attarder sur ce personnage, ses compagnons de route peinent à exister, et le film devient très vite inégal dans sa démarche. Le cri de colère de Spike Lee apparaît sous différentes formes, différents personnages, mais sans jamais réellement convaincre car il est impossible de déterminer un propos qui semble cohérent à suivre. L’idée de rage est présente, palpable, mais à force de s’éparpiller partout pour le meilleur et pour le pire (comme le prouve le cabotinage d’un Jean Reno en colonialiste français vêtu d’une casquette Make America Great Again), le propos tourne à vide et peine à nous faire comprendre où est-ce qu’il veut en venir. Dommage pour un film pourtant appréciable sur sa démarche d’offrir une rédemption à la mémoire de ceux trop oubliés.

da 5 bloods netflix
Un récit vengeur trop inégal
À force de remplir à rabord son film de personnages secondaires inexistants, Spike Lee fait d’un possible film épique une oeuvre très inégale. Une force palpable qui souhaite régler une nouvelle fois ses comptes avec les États-Unis, mais qui souffre d’une exécution trop étirée pour convaincre dans son intégralité
3

Bande-annonce :

Hipster passionné
La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart