Alban Lenoir Balle Perdue
Netflix

Balle perdue : Slow and Harmless

Sur le papier, Balle Perdue laissait espérer une production française qui casse des briques. Un casting de belles gueules du cinéma français, Netflix à la production et une volonté pure et dure de proposer de la castagne frenchie avec classe et honnêteté. D’une certaine manière, on retrouve tout cela. Mais la Balle Perdue semble avoir été retrouvée au sein de son scénario, faisant du film une regrettable coquille vide.

À chaque fois, c’est la même rengaine chez les spectateurs et spectatrices français-es. Une production un brin plus musclée qu’une autre sort, les “cinéphiles” sur les réseaux sociaux s’emballent, ne jurant que par une virilité exacerbée, et la réputation promise de “sauveur du cinéma de genre français” s’effectue. On connaît la chanson. Souvenez-vous de Antigang ou des navets de Pascal Laugier par exemple. C’est la déception que l’on reçoit toujours au final. Malheureusement, Balle Perdue ne fera pas exception.

Pourtant, l’ensemble semblait prometteur. Une sorte de buddy-movie à mi-chemin entre Point Break et Fast and Furious à la française, géré par le duo Alban Lenoir et Ramzy Bédia, pourquoi pas ? L’ouverture du film expose avec clarté la dualité entre les deux personnages. L’un est un cambrioleur casse-cou accro à la mécanique et l’autre, un flic déterminé qui nourrit cette même passion pour l’automobile. Mais soudain, le drame arrive. Un rapide retournement de situation et voilà que l’on retrouve Alban Lenoir seul contre tous pour sauver sa peau. Voilà qu’on embarque dans une course-poursuite musclée et poisseuse… Encore ?

Rien n’est nouveau. Le survival grisâtre “coup de poing”, on l’a déjà vu. Surtout, on l’a déjà eu de meilleure qualité chez Julien Leclercq avec Le Terre et le Sang ou Lukas. Tout simplement car les enjeux du scénarios et les tourments des personnages étaient davantage approfondis. Ici, tout ce qu’on retrouve c’est un cambrioleur fou du volant piégé (Alban Lenoir), un petit frère à protéger (Rod Paradot), une cheffe de la police qui apparaît uniquement pour hurler sur ses subordonnés (Pascale Arbillot), une flic perdue qui ne comprend pas ce qui se passe dans son organisation (Stéfie Celma) et des policiers ripoux qui montrent qu’ils sont bien violents avec des regards de tueurs pas subtils pour un sou et un constant marmonnage (Nicolas Duvauchelle et Sébastien Lalanne). Tout ce beau monde pour un scénario empli de multiples scènes de bagarres et d’explosions en tout genre, mais vide de sens.

Et il n’est pas question de descendre l’ambition de son réalisateur, Guillaume Pierret. Pour un premier long-métrage, il y a une volonté de faire plaisir au spectateur en lui apportant un spectacle vivifiant avec maîtrise. Une maîtrise prouvée par exemple lors d’une scène nerveuse d’évasion d’un poste de police. Ceci dit, il faudrait faire attention à prendre davantage soin de son écriture afin de pouvoir combiner la générosité de la mise-en-scène et la force de personnages plus profonds. Parce qu’ici, malheureusement, c’est la panne sèche.

Alban Lenoir Balle Perdue
Cible raté
Balle Perdue n’est pas encore le renouveau tant attendu du cinéma d’action français. C’est d’autant plus décevant de la part de contenu Netflix, promettant toujours des productions alliant la qualité au décomplexé. Au lieu de ça, toujours la même fausse noirceur qui traîne lourdement à l’écran, qui n’est pas sans rappeler l’école Olivier Marchal qui a popularisé, il y a un temps, ce cinéma-là. De toute manière, le cinéma français n’a pas besoin d’action pour être “sauvé”. Il n’a même pas besoin d’être sauvé au final, tant il peut s’avérer excellent si l’on cherche plus loin que le bout de son nez. Drame romanesque, comédie, films-dossiers, romance ; peut-être que l’action n’est pas notre point fort, qu’il faut l’accepter et qu’il serait temps de passer à autre chose !
1.5

Bande-annonce

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