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Contro Natura, notre avis : coquins comme cochons !

Il existe de nombreuses manières de faire le portrait d’une société par la fiction. George Orwell en avait d’ailleurs fait sa spécialité. Qu’il s’agisse de donner une voix à un futur potentiel ou aux animaux d’une ferme, l’auteur savait comment s’y prendre. C’est d’ailleurs cette deuxième option que l’autrice et dessinatrice Mirka Andolfo a choisie pour parler de « normes », de leur respect ou de leur transgression, dans Contro Natura, un récit animalier qui a de la suite dans les idées !

Croisement improbable entre le récit érotique de gare et un Zootopie sans filtre, Contro Natura part assez mal. Non pas que l’univers dépeint soit désagréable à découvrir (bien qu’on soit à des kilomètres de l’inventivité du dessin animé de Disney), disons simplement que la narration manque clairement de finesse. On fait la connaissance de Leslie « Les' », cochonne toute en formes, son entourage ainsi que le totalitarisme dans lequel la société a fini par sombrer. Chaque animal ne peut s’accoupler qu’avec un animal de la même espèce et du sexe opposé. Dans le fond, c’est beau. Dans la forme, c’est on ne peut plus caricatural, pour ne pas dire ridicule. Chaque trait est forcé au point d’en réduire la crédibilité. Saupoudrez le tout d’une certaine niaiserie dans le traitement du personnage principal et vous obtenez quelques premiers chapitres bien peu engageants.

Heureusement, Mirka Andolfo a le bon goût de ne pas faire traîner son histoire et le rythme de Contro Natura finit par s’emballer. Le récit quitte la fanfic’ dystopique et romantique pour s’aventurer en terre mystique, avec rites, héritage et possession à la clé. Sans appel, l’ensemble se densifie et gagne fortement en intérêt. Les personnages évoluent, le cadre aussi. Tout semble bien plus soigné et convaincant, ce qui n’est pas un luxe quand on offre des planches aussi belles. Parce que Contro Natura, même dans ses instants de faiblesse narrative, est une petite tuerie artistique. Mirka Andolfo sexualise ses personnages à outrance, sans pour autant tomber dans la virer au vulgaire, avec une patte cartoonesque des plus agréables. Tout en rondeurs, les personnages sont reconnaissables au premier coup d’oeil et les cases sont toutes parfaitement lisibles. Sexy et joli en somme. On regrettera simplement un découpage un peu paresseux, trop classique. Rien de dramatique.

En dépit de débuts poussifs et pas franchement passionnants, Contro Natura est une belle surprise. Visuellement très soignée, la création de Mirka Andolfo révèle des atours inattendus dans sa deuxième partie, qui, malgré quelques rebondissements prévisibles, la font définitivement entrer dans le cercle des belles découvertes de Glénat Comics.

Date de sortie
28 novembre 2018
Autrice / dessinatrice
Mirka Andolfo
Éditeur
Glénat Comics
Notre score
3.5
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