Wendy : Peter Pan réinventé au Sud des États-Unis

Depuis Les Bêtes du sud sauvage en 2012, on attendait de pied ferme le retour de Benh Zeitlin, qui s’était illustré à l’époque comme l’un des indépendants les plus prometteurs du cinéma américain. Librement inspiré du mythe de Peter Pan, Wendy, son second long-métrage, confirme tous ses talents de cinéaste de l’enfance, oscillant entre la fantaisie et un naturalisme brut de décoffrage.

À peine deux films réalisés et une œuvre déjà bien solide se constitue devant nous. Celle d’un auteur d’une certaine génération qui, à l’instar d’un Sean Baker avec The Florida Projet, et à grand renfort d’ultra-gros plans sur des visages, confronte l’imaginaire enfantin à la réalité de la misère sociale (la pauvreté des habitants d’un bayou notamment). Un auteur qui, tout bêtement, s’inspire de la beauté de paysages hostiles et peu connus, dans lesquels il a plaisir à s’aventurer. La présence en voix-off des pensées des personnages n’est d’ailleurs pas sans évoquer Terrence Malick, que Benh Zeitlin semble rejoindre dans sa philosophie transcendantaliste, étant donné le rapport extrêmement fort qu’entretient son cinéma avec la nature (celle de la Louisiane en l’occurrence, où le jeune réalisateur, natif de New-York, s’est installé après être tombé sous le charme de ses terres englouties).

Avec Wendy, le cinéaste s’approprie un récit qui semblait autant avoir été écrit pour lui que pour Steven Spielberg à l’époque où il réalisait Hook : l’histoire de Peter Pan et des enfants perdus qui, réfugiés dans une contrée appelée Neverland, cessent magiquement de vieillir. Dans cette version américanisée du conte britannique, Peter est un orphelin noir devenu un baroudeur charismatique, et Wendy une gamine davantage destinée à récupérer le miteux restaurant de sa mère qu’à exaucer ses désirs d’aventures. Accompagnée de ses deux frères, elle va pourtant suivre Peter, non pas en volant, mais en embarquant clandestinement dans un train, vers une île déserte où l’on ne se soucie de rien et où se manifestent d’incessantes éruptions volcaniques.

Tout ce qui pourrait évoquer les précédentes adaptations par Disney est évacué ici. La vision proposée se veut beaucoup plus et terre à terre, mais aussi cruelle, puisqu’un des mômes va perdre un bon litre de sang pendant son voyage. Outre l’absence de manichéisme qui, entre autres, se ressent dans le traitement assez surprenant du Capitaine Crochet, Wendy impressionne dans sa manière de situer les éléments du merveilleux dans un environnement très réel et incarné. Tournées dans de vrais paysages, avec une économie quasiment réduite à trois bouts de ficelle, chaque scène met en avant une nature presque dangereuse, mais belle, perçue de manière innocente par les personnages, comme pour évoquer la magnificence d’un monde qui n’est plus vu comme tel par les adultes.

Un seul bémol peut être reproché au film : l’ancrage social et l’aspect politique y sont évidemment moins forts que dans Les Bêtes du sud sauvage. Psychanalyse de l’enfance mise à part, moins de choses originales y sont racontées, mais c’était inévitable à partir du moment où l’on souhaitait s’attaquer à un conte aussi populaire et rabattu. Rien n’empêche que cela en valait sacrément la peine. Ne serait-ce que pour l’audace avec laquelle tout cela a été réinventé, mais aussi pour ce plaisir fou de tenir la caméra, détectable à chaque plan. Cadrées à l’épaule, plus ou moins à la volée, mais surtout à hauteur d’enfants, les images gambadent, tressautent et jaillissent à tout va. La musique très reconnaissable de Dan Romer permet quant à elle des moments d’emphase irrésistibles, comme un duel amical au sommet d’une falaise, rendu épique par cette mise en scène euphorisante.

Une réinvention novatrice
Porté par des jeunes comédiens (on allait presque oublier de le préciser) admirablement dirigés, Wendy est donc la confirmation d’un auteur remarquable qui, au bout de deux longs-métrages seulement, aura su proposer, dans le paysage du cinéma U.S. indépendant, une vision tout à fait originale et déniaisée des refuges imaginaires de l’enfance.
4

Bande-Annonce

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart