Waves : La limite de A24 ?

Une famille bourgeoise afro-américaine voit son confort se détériorer par les tourments des enfants. D’une durée mastodonte de 2h15, Waves est, comme son titre l’indique, un film qui cherche à faire prendre des vagues de plus en plus grandes en pleine figure. C’est aussi la nouvelle collaboration de Trey Edward Shults avec la société de production A24, après Krisha et It Comes At Night qui traitaient eux aussi de la cellule familiale brisée. Ici, le cinéaste voit les choses en grand mais se rate dès la première vague en se montrant si impersonnel et publicitaire. Et si on était pas au final devant une campagne promo aberrante pour A24 ?

Quand on a parlé des films d’horreurs A24 en juillet dernier, on évoquait une certaine liberté à aller au-delà des caractères reconnaissables de la société. Malgré l’épouvante en slow-motion, on devinait facilement quel auteur était derrière l’histoire tordue qui nous était racontée. De succès en succès, la société s’est montrée de plus en plus productive et familière avec certains auteurs. Claire Denis est à la limite de devenir un nom A24, pour vous donner une idée. Trey Edward Shults en est à son troisième film pour la boîte de production. Il nous avait offert Krisha, inédit en salles en France, et It comes at night, drame horrifique qui, lui, s’était frayé un chemin dans les salles obscures françaises. Deux productions singulières, se rapprochant uniquement par leurs thèmes mais non par leurs traitements. Waves, film dont il est question aujourd’hui, s’impose comme une tournure radicale. Le film raconte l’histoire d’une famille brisée par un sinistre évènement. Le point de départ de tout cela ? L’ascension sportive de Tyler, adolescent promis à une belle carrière athlétique mais qui se sent de plus en plus étouffé par son entourage.Toujours l’idée des problèmes familiaux, donc, mais avec une différence de taille : le mouvement.

Dès son ouverture, alors que la caméra filme l’amusement d’adolescents amoureux dans une voiture en tourbillonnant sur elle-même, le film cherche à provoquer effets sur effets. Effets de surprises (sur ce plan, c’est raté tant on devine tout par avance), visuels ou sonores, l’ambition du film est de nous faire prendre vagues sur vagues. L’idée est simple : créer un Magnolia au temps des millenials branchés sur Spotify. Si cinéma, il y a indéniablement, est-ce que cela en fait un bon long-métrage ? Car, ici, tout donne l’impression de se retrouver devant une commande de A24 pour épater la galerie et rien d’autre. La potentielle force de ce récit dramatique se gâche par une complaisance à malmener ses protagonistes, à les écraser d’effets. Ceci étant symbolisé par de perpétuels changements de ratios, censés exprimer le ressenti des personnages (enfermement, culpabilité, liberté), qui donnent l’impression d’assister à des étudiants en cinéma biberonnés à Xavier Dolan. Encore une fois, que de l’esbrouffe. Car malheureusement, rien n’existe dans ce drame forceur.

Impossible de s’attacher à ces personnages, étant donné qu’ils ne remplissent qu’une seule fonction pour le réalisateur : se prendre des “vagues” (parce que le film s’appelle Waves, clin d’oeil ironique). Chacun des protagonistes que nous rencontrons subit une tournure unidimensionnelle. Le père autoritaire se remettant en question le temps d’un discours, l’adolescent sportif viril à qui les pires malheurs arrivent (avant d’en commettre un), sa soeur vivant difficilement les conséquences de son acte, Lucas Hedges qui fait du Lucas Hedges chez A24 (c’est-à-dire le “white boy” tourmenté). Le tout réunit dans une esthétique aux couleurs aussi criardes que dans une publicité Apple vue à la télévision. D’ailleurs, parlons du petit écran une seconde en raison d’une comparaison flagrante que le film hurle : Euphoria. Et on ne dit pas cela seulement car il y a Alexa Demie (que l’on retrouvera chez Gia Coppola prochainement) dans les deux castings. Produite par A24, on retrouve cette même culture du “sad teen” que Waves amène en permanence. Au service de quoi? Excepté un récit creux sur le pardon et la reconstruction, nous l’ignorons. Moins populaire que la série menée par Zendaya et produite par le chanteur Drake, on peut se dire que Waves n’est qu’une bande-démo pour la série de Sam Levinson, qui n’a pas su obtenir la durée nécessaire (malgré 2h15 de film) pour étendre son propos.

Un mélodrame publicitaire
Coquille vide et orgueilleuse, Waves est aussi poignant que Jean Dujardin voulant surfer à Nice (quitte à rester sur la thématique des vagues…). Un drame over-the-top n’ayant aucunement la force des grands mélodrames, confiez ça à Kenneth Lonnergan et vous obtiendrez un chef d’oeuvre. En attendant, ce film clinquant pose de sévères questions sur la posture de A24. Là où d’autres productions tirent leur épingle du jeu en ne proposant pas une marque mais des purs films d’auteurs, comme Neon ou Annapurna (avec les enjeux financiers qui peuvent pénaliser, comme pour la société de Megan Ellison), A24 continue à jouer sur la carte de la reproduction. Peut-être faudra-t-il faire attention à ne pas tomber dans l’oubli avec de tels méthodes...
1.5

Bande-annonce :

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