Jean Pascal Zadi Caroline Anglade
Copyright 2020 GAUMONT – C8 FILMS

Tout Simplement Noir : miracle dans la comédie française

On ne l’attendait plus : enfin une comédie française populaire qui OSE confronter intelligemment le spectateur à des questions politiques, sociales et culturelles. Cette force ravageuse, habituellement laissée à un cinéma destiné aux salles d’art-et-essai, s’accapare tous les multiplexes avec Tout Simplement Noir, une satire hilarante sur le militantisme et l’identité réalisée par Jean-Pascal Zadi et John Waxx.

Si le militantisme comique provient habituellement des États-Unis, il n’a jamais réellement été considéré sérieusement dans la comédie française populaire. Celle-ci, pour généraliser un peu, a plutôt pour habitude d’utiliser les questions de minorités et de marges dans le cadre de productions grasses avec Christian Clavier en tête d’affiche. Et c’est pour cela que Tout Simplement Noir apparaît comme un miracle.

Que ce soit par rapport à notre manière d’appréhender le militantisme ou les représentations dans la culture populaire, les regards de Jean-Pascal Zidi à la caméra interpellent le public sans cesse sans oublier de nous faire rire.

Le film suit Jean-Pascal Zadi jouant son propre rôle dans un mockumentary (l’introduction rappelle d’ailleurs celles des films de Sacha Baron Cohen, par le biais de happening faisant le buzz sur les réseaux sociaux), alors qu’il entreprend une marche pour défendre la cause des noirs en France. Pour réussir à créer de l’engouement, il souhaite contacter les figures noires les plus influentes de France afin qu’elles communiquent sur l’évènement. Le pari aurait pu être casse-gueule. Le défilé de stars dans leurs propres rôles aurait pu se livrer à de l’auto-congratulation sous le prétexte de l’auto-dérision mais il n’en est rien. Imaginez la pléiade de caméos hollywoodiens dans The Player, admirable satire sur les Majors signée Robert Altman, mais dans le milieu des célébrités parisiennes. On retrouve alors Joey Starr, Vikash Dhorasoo, Karen Guiock, Soprano et bien d’autres, en pleine forme. Aucune apparition ne paraît de trop. Car le brio de cet exercice périlleux d’auto-dérision est que chacune des séquences permet de lancer une nouvelle piste de réflexion. Que ce soit par rapport à notre manière d’appréhender le militantisme ou les représentations dans la culture populaire, les regards de Jean-Pascal Zadi à la caméra interpellent le public sans cesse sans oublier de nous faire rire. On se souviendra longtemps de ce clash sur la comédie française entre Lucien Jean-Baptiste et Fabrice Éboué.

En baladant son héros mi-candide, mi-arrogant dans les différentes sections de la lutte antiraciste, des thématiques sont proposées et parfois sujettes à des plaisanteries insolentes. On y évoque l’afro-féminisme, les clichés au sein du cinéma français et la récupération de causes importantes par certain-e-s artistes. Contrairement à ce que certains médias ont souhaité injustement sous-entendre, le film réussit avec son impertinence bien à lui à considérer pertinemment les divergences d’opinions dans un même combat sans remettre en question la force militante. Il éduque et offre au public les clés pour réfléchir à toutes les questions soulevées. De plus, l’humour du film sait se taire face à l’horreur de l’intolérance, notamment dans un dernier quart d’heure plus grave mais nécessaire. Rire et apprendre, c’est le pari tenu avec brio par cette petite perle de la comédie française.

Un humour militant et hilarant
Que ce soit par rapport à notre manière d’appréhender le militantisme ou les représentations dans la culture populaire, les regards de Jean-Pascal Zadi à la caméra interpellent le public sans cesse sans oublier de nous faire rire.
4

Bande-annonce :

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart