[Tour de table] – Quentin Tarantino

Good Taste Police n’a qu’une hâte : Découvrir Once Upon a Time… in Hollywood, nouvelle super-production de Quentin Tarantino nous emmenant dans la ville des stars et du cinéma en 1969. L’occasion pour l’équipe de revenir sur ce réalisateur aussi célèbre que controversé.

Victor : On a tous quelque chose en nous de Tarantino…

Résultat de recherche d'images pour "kill bill split screen"
Kill Bill Volume 1 – 2003

L’étape Tarantino, personne n’y échappe chez les cinéphiles. Pour ma part, ça a été très certainement la première fois que j’ai pris conscience de l’importance de l’auteur dans la conception d’un film. Ce qui est plutôt un comble lorsque mon premier choc cinématographique fût le premier volume de Kill Bill alias le plus grand Super Cut référentiel du réalisateur. Sa réappropriation des films qu’il a mangé matin, midi, soir pendant sa jeunesse, alternant entre combats de sabres sanguinolents proche de Lady Snowblood à l’animation des studios de Ghost in The Shell pour raconter une origin-story, m’a passionné pour son éclectisme esthétique et surtout cette passion absolue pour le cinéma de tout genre. Après, on grandit et nos opinions sur lui peuvent varier au fil de ses films et à la découverte de sa personnalité, mais il n’empêche que pour tout cinéphile, on a tous quelque chose en nous de Tarantino…

Jade : J’ai échappé à l’étape Tarantino

Permets-moi de te contredire Victor. Peut-être pas complètement non plus, puisque j’ai vu Kill Bill et Inglourious Basterds, mais j’ai échappé à l’étape Tarantino. D’abord dans un manque total de « cinéphilie », c’est-à-dire à l’époque où je faisais à peine attention aux noms des réalisateur.rice.s sur les affiches, et maintenant c’est juste parce que je ne m’intéresse pas à ce qu’il propose. Non pas que je le considère mauvais réalisateur ou que sais-je, je n’ai pas vu assez de ses films pour, mais parce que ça ne m’attire pas le moins du monde. Du peu que j’ai vu de son oeuvre, ce n’est simplement pas pour moi. Même si j’avais beaucoup apprécié Kill Bill, je me souviens avoir vraiment souffert pendant ma séance d’Inglourious Basterds, laquelle j’ai passée cachée derrière mes mains, et surtout je ne ressens pas la moindre envie de voir ses autres films. Finalement, je ne connais certainement pas assez le travail de Quentin Tarantino pour le juger mais si je peux tirer une brève conclusion de mon désintérêt c’est qu’il n’est pas la référence absolue, et aussi que la cinéphilie d’une personne peut être différente de celle d’une autre, sans échelle de valeur. Car même si l’oeuvre Tarantino est clairement immanquable et importante dans l’Histoire du cinéma, l’art reste subjectif et la façon de le ressentir et de l’aimer, ou non, l’est aussi. En bref, Tarantino c’est pas pour moi et c’est pas grave si ça ne l’est pas pour vous non plus.

Alexandre : J’ai tendance à trouver qu’on accorde beaucoup trop de mérite à Tarantino

J’ai tendance à trouver qu’on accorde beaucoup trop de mérite à Tarantino. Quand il y a de bons dialogues dans un film, on dit qu’il a un côté Tarantino. Quand il y a des pics de violence, on dit qu’il a un côté Tarantino. Quentin Tarantino n’est pas Dieu bon sang. Il n’a pas inventé la violence, ni les dialogues ciselés, les films de plus de 2H30 ou les néo-westerns. Il a une patte, c’est évident et fait preuve de connaissances en cinéma assez colossales. Toujours est-il que son aura auprès des cinéphiles a tendance à le rendre assez antipathique, ce qui dessert totalement ses films, aussi bons soient-ils. Comme si le réalisateur révolutionnait le 7ème Art à chaque nouvelle sortie. Enfin, je le remercierai quand même toujours pour ses excellents Reservoir Dogs, Inglourious Basterds, Django Unchained ou encore, son meilleur à mon sens (car moins “c’est rigolo y a du sang”), The Hateful Eight. Je leur préfère des films plus dramatiques (Hostiles pour le western par exemple), mais on est toujours sûrs de passer un bon moment devant un Tarantino !

Mélina : Vers la fin de mon adolescence, j’ai découvert Reservoir Dogs avec lequel je suis tout de suite tombée amoureuse

Résultat de recherche d'images pour "reservoir dogs"
Reservoir Dogs – 1992

Ma relation avec le cinéma de Quentin Tarantino a commencé plus tard que la plupart des gens. Vers la fin de mon adolescence, j’ai découvert Reservoir Dogs avec lequel je suis tout de suite tombée amoureuse. Ces personnages, ces choix musicaux, ces répliques qui donnent l’impression d’être déjà cultes à l’instant où elle sont dites, ce sens du détail. Après m’être complètement immergée dans son monde, en regardant chaque film chronologiquement, j’y ai retrouvé un point commun qui a déterminé ma connexion avec son travail : son amour incommensurable pour le cinéma. Plus précisément, TOUS les cinémas. Le bon, le classique, le mauvais, l’expérimental. Et cette fougue se retrouve dans ses films. Nous pouvons parler d’hommage mais il n’y a pas que cela. Quentin Tarantino est porté par les films qu’il regarde ou continue à regarder. Il digère, fantasme et crée en fonction de cette passion et c’est exactement ça qui me touche profondément dans son cinéma. Il y aurait matière à débattre sur de nombreux aspects de ses films. Je pense notamment à ses personnages féminins, la manière dont il détourne l’histoire pour se la réapproprier ou encore son intérêt pour la pellicule mais c’est exactement ce qui le rend si riche et intéressant. Notamment cette notion de plaisir, l’approche ludique qu’il conserve avant tout et l’importance dont bénéficie chaque détail dans la construction de ses œuvres.

Amaury : Son appréhension du langage visuel m’a semblé de plus en plus pertinente

Résultat de recherche d'images pour "inglourious basterds shoshanna revenge"
Inglourious Basterds – 2009

En grandissant, beaucoup de cinéphiles mettent de côté leurs références adolescentes pour s’épanouir vers un cinéma plus pointu, remettant en question la notoriété de ceci ou cela. Pour ma part, j’ai commencé à me passionner pour Quentin Tarantino dès l’âge de quinze ans, avec des oeuvres aussi audacieusement originales qu’Inglourious Basterds et Pulp Fiction. Mais avec le temps, il n’a cependant jamais quitté le panthéon de mes réalisateurs fétiches. Au contraire, avec du recul et après trois années en fac d’arts, où l’on m’a appris à analyser un film et à aimer Eric Rohmer, son appréhension du langage visuel m’a semblé de plus en plus pertinente, sophistiquée et, en fin de compte, personnelle malgré les innombrables influences qu’il digère. Ainsi, chez Tarantino, le spectateur cinéphile ou philosophe est amené à se questionner sur la nature de l’image ou d’un genre cinématographique, sur son rapport à la violence et à l’Histoire, ou encore sur le pouvoir de la rhétorique et de la mise en scène. Le jeu, au sens théâtral, fait éminemment partie de ses fictions qui ne cessent de se mettre en abîme, tout comme le jeu, au sens récréatif, puisqu’une part de fun incontestable imprègne systématiquement la pellicule. De Reservoir Dogs aux Huit Salopards, j’ai été baladé de surprises en étonnements sans la moindre déception. Inutile de vous dire à quel point j’attends Once Upon A Time… In Hollywood !

Le cinéma de Tarantino ne laisse donc pas indifférent mais confirme qu’il a marqué son empreinte dans l’équipe. Il nous réunira à nouveau pour son escapade à Hollywood ce mercredi !



Hipster passionné
Ancien despote
Esthète voyeur
Plus d'articles
Critique de First Man (Damien Chazelle, 2018)
First Man (2018), la critique : La La Lune