Togo : le territoire des chiens

Pour son inauguration, la plateforme Disney+ s’est sentie d’attaque pour sortir Togo. Un drame enneigé qui détonne dans le paysage animé du Magic Kingdom. Réalisé par celui qui a commis le remake de Point Break en 2016, ce film d’aventure crépusculaire est une excellente surprise. De plus, comment résister à un film ayant Willem Dafoe qui s’occupe de chiens des neiges ?

Une fois de plus un combat. Le seul que je ne connaitrais jamais. Vivre et mourir en ce jour ; vivre et mourir en ce jour. Cette citation n’est pas citée par Willem Dafoe dans Togo mais par John Ottway, interprété par Liam Neeson dans Le Territoire des Loups. Vous savez, cette série B radicale où un homme affrontait ses démons, incarnés symboliquement par des loups sanguinaires. Il n’est pas question ici d’hommes agonisants suite à un crash d’avion, ni d’une meute de loups. On est tout de même sur Disney+. Néanmoins, ce film d’aventure familial qui relate l’amitié entre un pilote d’attelage (qu’on appelle un musher) et le chien qui mène son troupeau, baigne dans le même ton crépusculaire qu’avait proposé Carnahan en 2012. Nous sommes donc confrontés, à notre plus grande et agréable surprise, à cette ambiance périlleuse mais dans un côté plus family friendly, il faut le dire !

Togo est tiré d’une histoire vraie. Il raconte la course périlleuse menée par Leonhard Seppala et son fidèle husky Togo, en 1925, pour sauver la ville de Nome d’une épidémie de diphtérie. Un défi dangereux, étant donné les conditions climatiques. La modestie du réalisateur Ericson Core permet à cette histoire vraie d’être traitée sous une forme classique qui sait aller vers l’essentiel de ce qu’il souhaite raconter. La narration est habilement alternée en deux temps. On suit d’emblée l’enjeu principal, Seppala et Togo en meneurs vieillis par le temps qui doivent accomplir une mission dangereuse pouvant être leur dernière. Dans un deuxième temps, on suit un autre récit découpé sous la forme de flash-back : la naissance de l’amitié entre Seppala et Togo. Une relation houleuse, entrecoupée par de nombreux abandons en raison du scepticisme du maître face aux difficultés physiques et mentales de l’animal. 

C’est clair, ce n’est pas comme le film Chiens des neiges

Ces deux temporalités mises en parallèle permettent de déceler ce qui a lié ces deux êtres : une détermination à poursuivre des combats périlleux à chaque instant. Erricson n’hésite pas à se montrer impitoyable pour montrer la violence de ces défis. En insistant sur les blessures laissés par toutes ces années de travail, le cinéaste fait de Seppala et Togo des super-héros de la vie ordinaire. Des individus qui, en dépit de leurs fragilités, vont sans cesse se relever malgré les coups durs. Amplifié par le genre du film d’aventure, on suit cette bataille contre l’impossible avec une tension redoutable. Malgré des effets spéciaux fauchés qui font d’ailleurs penser à l’autre drame canin sorti récemment, à savoir L’Appel de la forêt, les péripéties tiennent leurs promesses en terme de grand spectacle. L’émotion est aussi au rendez-vous avec des codes, certes faciles, mais qui assurent quand même pour nous faire pleurer. En même temps, c’est un film avec un chien comme héros, comment ne pas se sentir investi émotionnellement ? Aussi, si vous avez pleuré devant Premier Contact à cause de la musique de Max Richter, préparez-vous à refaire de même dans un final larmoyant. Autant vous le dire, Togo n’est pas un voyage de tout repos…

Un film d'aventure émouvant
Comme l’évoque son dénouement, Togo n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait par le peuple américain. Celui-ci qui a préféré se jeter dans les pattes de Balto. Mais à l’instar d’un Ken Miles dans Le Mans 66, l’honneur de ce héros est rétabli à travers une course contre la montre pleine de bravoure racontée pour le 7ème art. Un récit palpitant, célébrant les underdogs (ce qui est littéralement le cas, ici), prometteur pour les Disney Originals de la plate-forme.
3.5

BANDE-ANNONCE

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