The King of Staten Island : 24 ans, toujours chez soi

Cela fait cinq ans que le cinéma n’avait pas pris de nouvelles de Judd Apatow. Outre son militantisme anti-Trump et son retour au stand-up, son style s’est évaporé avec le temps, où l’humour pop et militant a remplacé les névroses scatos de la bourgeoisie. Cette dernière phrase n’est pas une pique envers l’oeuvre brillante de l’auteur, loin de là. Car si sa présence se fait de plus en plus rare entre chaque film, elle réussit magnifiquement à capter l’ère du temps et à avoir de nouvelles choses à raconter avec l’évolution de la comédie. Ici, le parcours difficile d’un jeune adulte borderline inspiré par la vie de son acteur principal, la révélation Pete Davidson.

The King of Staten Island est une nouvelle preuve que le cinéma de Judd Apatow est en parfaite voie de renouvellement. On l’avait quitté en 2015, présentant au public le talent de la comédienne Amy Schumer dans Trainwreck. Cette romcom à la Apatow présentait déjà une nouvelle manière de repenser son humour. Peut-être fallait-il laisser de côté les problèmes de couples bourgeois pour laisser place à d’autres paroles. L’ensemble tenait la route mais laissait un amer goût de bling bling tout du long avec son défilé de caméos et une opulence qui pouvait agacer. Cinq ans plus tard, Apatow laisse tomber sa classe sociale pour s’aventurer dans la classe moyenne de New-York. Au revoir Manhattan, bonjour Staten Island !

Retour à des personnages plus modestes mais pas moins névrosés qu’auparavant ! On suit la vie de Scott (Pete Davidson, donc) qui mène sa vie tranquillement sans savoir où aller. Détruit par la mort de son père, pompier, un rêve naïf le poursuit : ouvrir un salon de tatouage faisant aussi office de restaurant. En attendant, son quotidien rime à faire les 400 coups avec sa bande de laissés-pour-compte. Petit à petit, à force que des évènements viennent perturber son quotidien, c’est un chemin de croix vers un plan de carrière qui s’impose. Serait-ce encore un moyen pour Apatow d’implanter l’une de ses morales conservatrices ? Pas vraiment.

Gravitant autour de son héros imprévisible, (souvent) désagréable mais bien attachant, l’intelligence d’Apatow est de proposer tout du long à notre héros des pistes vers lesquelles il pourrait se tourner sans offrir une réponse définitive. Là où son futur beau-père (impeccable Bill Burr) le réprimande en balançant que des sportifs avaient déjà accompli des choses impossibles à 24 ans contrairement à lui, le film répond qu’à cet âge-là, on peut encore prendre son temps pour découvrir le monde et ceux qui le compose. À ce titre, le film devient même profondément émouvant lorsqu’il rend hommage dans son dernier acte au métier de pompier. Ces découvertes professionnelles (restauration, pompier, tatoueur), inspirées par Davidson au scénario, ouvrent à la caméra d’Apatow un champ plus élargi sur une Amérique peu visible dans un genre qui s’est embourgeoisé. Si on vante le talent de Davidson, n’oublions pas de saluer les rayonnants Marisa Tomei, Bill Burr ou bien Steve Buscemi qui sidèrent par leur simplicité auquel tout le monde peut s’identifier facilement. L’universalité du film permet au réalisateur de signer un véritable miracle de comédie.

Un retour en grâce pour Judd Apatow
Ce retour à la simplicité est une bénédiction pour Apatow. D’une humanité désarmante, il offre un nouveau regard sur une Amérique perdue avec en prime un formidable portrait générationnel. Si la poursuite du bonheur ne s’arrête jamais pour son personnage principal, on espère qu’il offrira à Apatow et Davidson une nouvelle reconsidération du public.
4.5

Bande-annonce

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