The Irishman, la critique

Voilà un film colossal dans toute sa splendeur. On pourrait commencer par cette phrase afin d’évoquer The Irishman, le nouveau film de Martin Scorsese. Production Netflix provoquant des affronts à raison pour offrir le film dans les salles obscures, d’une durée de 3h30 (chose rarement vu de nos jours dans le cinéma américain) avec un trio d’acteurs légendaires rajeunis numériquement pour traverser l’Histoire des Etats-Unis. Et pourtant, derrière la splendeur étincelante de ce projet, se cache un grand film froid et crépusculaire sur la fatalité. C’est un véritable Requiem pour les mafieux que nous signe ici le réalisateur des Affranchis.

Cette fois-ci, ce n’est plus le regard fasciné d’un Ray Liotta dans son jeune âge qui nous accompagne dans ce nouveau voyage dans le milieu mafieux. Plus de vingt ans sont passés et maintenant, c’est un Robert de Niro vieillard bouffé par les regrets qui nous conte une épopée donnant le cafard. La fin de ce rêve commençait déjà dans Les Affranchis. La trahison cocaïnée de Henry Hill allait de paire avec la sauvagerie des exécutions dont il était spectateur tout le long, provoquant ainsi le désenchantement d’un jeune garçon voulant faire comme dans les films de gangsters. Ce n’est pas une nouvelle désillusion que va construire Scorsese ici, il reprend la même trame que ses précédentes épopées destructrices traversant l’évolution des Etats-Unis. On parle beaucoup des Kennedy et de Fidel Castro mais on suit surtout la figure de Jimmy Hoffa. Il va propulser ce que l’on appelle le rise and fall, à savoir la grandeur et décadence d’un personnage, à un impressionnant stade funéraire. 

Le dernier acte du film, conclusion vertigineuse à tout un pan de son cinéma, s’avère bouleversante à un niveau rarement égalé dans sa filmographie.

Le temps passe vite et se trouve capable de nous abattre en un claquement de doigts : voilà en grandes lignes ce que nous raconte Marty ici. Le dernier acte du film, conclusion vertigineuse à tout un pan de son cinéma, s’avère bouleversante à un niveau rarement égalé dans sa filmographie. L’entrain pourtant taquin de son trio permet d’hilarants moments de comédie, notamment dans les piques de colères d’un Jimmy Hoffa joué avec malice par Al Pacino, qui ne font que renforcer l’amertume de voir tous ces personnages se trahir, s’entretuer, s’éteindre à l’écran.

Constat funèbre sur une époque révolue, Scorsese filme dans The Irishman des retrouvailles amenées à subir une fin désenchantée. Une épopée qui laisse sans voix à la toute fin. Si son ton rigide et bavard peut nous perdre par moments, c'est tout de même un sacré morceau de cinéma que nous livre encore une fois son auteur.
4
Bouleversant
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