The Beach Bum : L’autoportrait hédoniste d’Harmony Korine

En 2013, on avait quitté un Harmony Korine en très grande forme, qui livrait avec Spring Breakers son œuvre la plus aboutie depuis Gummo. Toujours sous le soleil de la Floride, l’enfant terrible de la scène underground U.S. nous pond désormais The Beach Bum, parenthèse épicurienne et introspective, où l’on croque la vie à pleines dents par l’intermédiaire d’un Matthew McConaughey en roue libre. Il n’en fallait pas plus pour combler la rédaction !

Poète à succès, Moondog (Matthew McConaughey donc) mène une vie de riche hippie grâce à la fortune amassée par ses romans. Soudainement dégagé de sa somptueuse villa pour des raisons qu’on ne spoilera pas, il est contraint de sortir un nouveau livre sous peine de voir tous ses biens disparaître. L’écrivain accepte sa situation avec philosophie et erre donc sans but dans les quartiers de Miami, de rencontres cocasses en défonces, qui lui permettront de retrouver son inspiration d’antan.

Pas de doute, on peut voir en Moondog une projection d’Harmony Korine, artiste péquenot à la filmographie de plus en plus trash, qui a vu sa célébrité décupler après le triomphe critique de Spring Breakers. Nouveaux riches en quête d’histoires inédites à raconter, les deux auteurs vivent d’amour et d’eau fraîche, ne se soucient de rien et ont en commun une certaine aisance à rendre la vulgarité poétique, mais également hilarante, et parfois même mélancolique. Pour cela, Korine peut compter sur l’apport du chef opérateur Benoît Debie qui, pour sa deuxième collaboration avec le cinéaste, éclaire chaque plan comme un paquet de bonbons multicolores affolerait nos sens. Que l’image soit diurne ou nocturne, scrupuleusement mise en scène ou la lisière du documentaire, les paysages miaméens et ses habitants ont rarement été aussi magnifiés au cinéma.

Si Spring Breakers avait des allures de Malick ou Godard sous acide, The Beach Bum évoque davantage une version carburée à la weed du cinéma d’Éric Rohmer, dans le sens où le récit a quasiment zéro importance dramaturgique. Tandis qu’il procédait par décélération du rythme et de la violence dans Spring Breakers, Korine va encore plus loin ici en trollant la narration. Tout d’abord, par sa manière nonchalante de tout dédramatiser. Certaines situations pourraient faire l’objet de suspense ou de chagrin, mais le ton choisi est celui de l’humour et de la légèreté.

Il radicalise ensuite un gimick qu’il avait déjà expérimenté auparavant : filmer un même dialogue dans différents décors et monter le tout en alterné, ce qui nous donne l’impression que les personnages ont bavardé d’un seul sujet sur toute une journée. C’est ainsi que nous voyons défiler une multitude de seconds rôles tous plus savoureux les uns que les autres : Snoop Dog et Isla Ficher en amants libertins, Zac Efron en compagnon de désintox’ ou encore Martin Lawrence, dans la peau d’un improbable marin qui voue une passion obsessionnelle aux dauphins (cette partie nous a d’ailleurs valu notre plus gros fou rire de l’année).

En plus d’être le film le plus personnel de son auteur, The Beach Bum apparaît donc comme une célébration philosophique des plaisirs simples, en hommage aux bons vivants, à l’excentricité des artistes underground. Une bulle dans laquelle on aimerait vivre, où on rigolerait autant que Matthew McConaughey dans son interprétation impeccable de Moondog. Plus qu’un shoot de drogue, une dose énorme de bonheur !
5
Euphorique
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