John David Washington et Robert Pattinson dans "Tenet"

Tenet : Synchronisez vos montres !

Énigmatique dès sa première bande-annonce, la réputation élégiaque de Tenet n’a jamais cessé de s’accroître. Espéré comme la grosse machine qui va savoir relancer la fréquentation dans les salles obscures, la complexité de sa narration et des obsessions cinématographiques du réalisateur risque pourtant de laisser un grand nombre de spectateurs sur le carreau. Néanmoins, le nouveau film de Christopher Nolan offre bel et bien un grand spectacle riche, ambitieux et divertissant.

(N’ayez aucune crainte ! On ne dévoilera pas les éléments les plus importants du film dans cet article, on vous le promet !)

Depuis les premières projections en avant-première du film, la majeure réaction venant à l’esprit du public est la suivante : J’ai rien compris. Autant éviter de se mentir, on a pas fait Master 2 Temporalité et Nucléaire et donc certaines pirouettes scénaristiques de Tenet nous sont passées sous le nez lors de ce premier visionnage. Néanmoins, une pensée revient sans cesse dans le film comme pour assumer pleinement la démarche de Nolan : il ne faut pas chercher à comprendre, mais à ressentir. On pourrait vite crier à l’excuse de la facilité devant une telle remarque mais ce ne serait pas judicieux à l’égard du film de Nolan. Dès les premières secondes, explosives par le son de coups de feu et la composition originale de Ludwig Göransson, le film se déroule étonnamment de façon très limpide. On oscille même au départ entre l’espionnage casse-cou à la Mission Impossible et le thriller hitchcockien aux motifs plus que fétichistes (on parle de McGuffin (la recherche d’un objet convoité), de voyage autour du monde et d’un personnage féminin qui trouble le personnage principal). Le film est donc un régal pour ceux qui attendent, tout d’abord, un divertissement colossal qui séduit par son soin et son élégance (quitte à ce que certains le trouvent froid, on préfère prévenir).

Tenet gagne en richesse dans ce qu’il tire des obsessions scientifiques et morales de son cinéaste.

Une élégance appuyée par un casting royal. John David Washington a son heure de gloire, après être passé devant la caméra de Spike Lee et David Lowery. Implacable dans son chic et sa détermination, il crève l’écran à chaque seconde. À côté, il y a le futur Bruce Wayne qui avait déjà percé dans le cinéma indépendant : Robert Pattinson. Sidekick charismatique (on repense à Joseph Gordon-Levitt dans Inception), il forme avec Washington un duo malicieux. Elisabeth Debicki, révélation du dernier film de Steve McQueen (Les Veuves), triomphe dans ce rôle qui mettra fin au trope du Dead Wife’s man de Nolan. En revanche, il faudra se demander comment a été fait le choix de Kenneth Brannagh au casting, personnage terrifiant mais mal exécuté par un sur-jeu permanent. Et on sera ravi de retrouver Himesh Patel, héros sympathique de Yesterday, au casting. Une galerie de stars appuyant la majesté de ce blockbuster. Puis, dans un deuxième temps (ça tombe bien, ça parle de temps ici), Tenet gagne en richesse dans ce qu’il tire des obsessions scientifiques et morales de son cinéaste.

Elisabeth Debicki

On le sait quand on a vu un film de Christopher Nolan : ce qui obsède le personnage principal n’est pas tant la mission qu’il se doit d’effectuer mais bien de déceler une faute et de la réparer. De Guy Pearce dans Memento au flic involontairement tueur de Insomnia, en passant par les traumatismes de Bruce Wayne dans la trilogie du Dark Knight, il n’est pas forcément bon d’entreprendre quelque chose chez Nolan. C’est là qu’intervient le poids scientifique de Tenet : sans en dévoiler d’avantage (on dira tout simplement qu’il suffit de voir comment peut-on appeler le titre du film?), le temps sera l’élément qui remettra en doute la foi aveugle du Protagoniste principal à effectuer sa mission et lui permettra de réparer des fautes. Dit comme ça, votre cerveau explose déjà. Ce n’est rien comparé à la manière dont le film présente ces théories à l’écran. Le film propose une nouvelle manière, inédite, de voir une course-poursuite, un champ de bataille ou de la simple baston à l’écran. On retrouve une âme de gosse à se demander comment tout cela a été fait, avec des yeux émerveillés. C’est simple : on est face à quelque chose qu’on a jamais vu à l’écran.

John David Washington et Robert Pattinson dans "Tenet"
Du grand spectacle intelligent et spectaculaire !
Sans être le meilleur de sa filmographie (ce qui n'est pas grave, il ne faut pas attendre d'un cinéaste qu'il aille encore plus loin dans sa réussite à chaque film), Tenet confirme une nouvelle fois que Nolan sait bel et bien manier les codes du blockbuster pour y apporter sa touche cérébrale. Et voir ça dans une époque touchée par des spectacles génériques comme ceux de Marvel, ça fait du bien. Nolan reconnaît l'intelligence du spectateur et le récompense donc par une oeuvre exigeante qui marquera l'année.
4.5

Bande-annonce

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