Tasty Awards ’18

Quand la rédaction récompense le cinéma (à sa façon)...

Quoi de plus évident pour un blog traitant de cinéma que de faire sa petite cérémonie de récompenses ? Point d’Oscars ou de Césars ronflants ici, juste une série de catégories absurdes pour remettre les films, les acteurs et les réalisateurs à leur place. Comme cette année, nous sommes trois rédacteurs de plus, tout le monde s’est pris au jeu et a procédé à de longues phases de brainstormings (entre deux parties de Smash Bros Ultimate) pour ne garder que la crème de la crème des trouvailles de la bande.

Good Taste Police, plus que jamais brigade de répression des daubes ? C’est ce que nous allons voir. Et comme tout rendez-vous annuel se doit d’avoir un nom, c’est avec plaisir que nous vous présentons les Tasty Awards, édition 2018 !


Les catégories d’Alexandre

Catégorie du mec qui a moins sa place derrière un pad que dans un EHPAD

Ready Player One de Steven Spielberg
Ready Player One ©Warner Bros

Steven Spielberg, réalisateur de Ready Player One

Loin de moi l’envie de vous refaire l’intégralité de ma critique de Ready Player One, suffisamment claire sur mon agacement à l’égard du film. J’aimerais cependant formuler une simple demande, un tout petit quelque chose pour notre ami Steven : laisse les jeux vidéo tranquilles. Lâche-les. Fous leur la paix. On est d’accord que Spielberg a façonné une grande partie de la culture populaire tout droit issue des années 80. On lui doit bien ça. Mais est-ce une raison pour proposer une vision aussi archaïque de la sphère vidéoludique ? Ce n’est pas parce que les technologies ont changé que le discours a suivi. Ready Player One, en essayant d’être un hommage tout en surfant sur la vague nostalgique abrutissante que la culture pop subit, n’est ancré que dans le passé. Sa vision ne va jamais plus loin que celle de son protagoniste, incapable de penser autrement qu’avec son pad et sa bite. En résulte un long-métrage totalement déconnecté de la réalité du monde des jeux vidéo telle qu’elle évolue aujourd’hui.

Catégorie du film qui te rappelle que les blagues de bites, c’est quand même nettement mieux que celles sur ta mère

Le paquet
Le Paquet ©Netflix

Le Paquet, sur Netflix

Comme nombre d’entre vous, j’ai un problème, un grave problème même : j’aime les films cons. Les films bêtes, idiots, régressifs. De ceux qui vous retirent 10, 20, 30 ans d’âge mental, si ce n’est plus. A ce petit jeu-là, Le Paquet est sûrement le champion de l’année. Il faut dire que le scénario donne tout de suite la couleur, avec cette bande de jeunes pour qui un simple week-end entre amis se transforme en mission de sauvetage phallique. Un conseil : ne jouez jamais avec un couteau papillon lors de votre pause-pipi.

JAMAIS.

Catégorie de l’actrice qui pourra recycler une vieille boîte à chaussures pour en faire un cercueil

Rosamund Pike, pour son rôle dans Hostiles

Hostiles
Hostiles ©Metropolitan Filmexport

Ceux qui ont vu Hostiles ont peut-être encore sa formidable introduction en travers de la gorge. En quelques minutes, Scott Cooper présentait et décimait toute une famille d’honnêtes cow-boys. Toute ? Non ! Le personnage de Rosamund Pike, chanceuse (vraiment ?), survit et entre dans une douloureuse phase de deuil. Je vous laisse le plaisir de découvrir cet incroyable western moderne, âpre, violent et brillamment interprété par des acteurs au sommet de leur art !


Les catégories d’Amaury

Catégorie du film pour qui l’important n’est pas de participer, mais de gagner

Le grand bain
Le Grand Bain ©Studio Canal

Le Grand Bain, de Gilles Lellouche

Gilles Lellouche et le coach Leila Bekti nous l’ont bien appris : un carré peut rentrer dans un rond, et inversement. Tu veux un César ? Persévère, bordel de dieu ! Sois le meilleur. Donne-toi du mal, sois ambitieux dans ta grammaire cinématographique, ose les travellings à foison et donne leur une signification. Prends le temps de développer tes personnages, quitte à ce qu’il soient au bord du gouffre en début de film, leur émancipation par la suite n’en sera que plus belle. Offre un sens à leur vie ! Et, qui sait, tes comédiens en auront aussi, des Césars.

Catégorie du réalisateur qui aurait mieux fait de prendre un OuiBus

15H17 pour Paris
Le 15H17 pour Paris ©Warner Bros

Clint Eastwood, réalisateur du 15H17 pour Paris

A-t-on assisté au premier déraillement de Clint Eastwood ? Était-ce le premier grand nanar de sa carrière de cinéaste ? Sorti en début d’année, Le 15h17 pour Paris m’a laissé peu de souvenirs, si c’est l’amertume d’une écriture et d’une réalisation catastrophiques, au service d’un ridicule film de vacances en Europe façon Les Ch’tis à Ibiza, mais avec des rednecks. Quant à l’idée d’avoir engagé comme acteurs les véritables militaires qui ont déjoué l’attentat du Thalys, elle suscitait davantage l’embarras que la réflexion sur l’héroïsme, tant leur interprétation était calamiteuse.

Catégorie de l’actrice qui servira uniquement du jus d’orange à sa prochaine soirée

Climax
Climax ©Wild Side

Sofia Boutella, pour son rôle dans Climax

On connaissait Sofia Boutella pour ses seconds rôles savoureux dans les blockbusters américains (Kingsman, Star Trek, Atomic Blonde…), mais Climax a définitivement mis en lumière toute l’étendue de son talent. Dans une performance physique et habitée évoquant Isabelle Adjani dans Possession, l’actrice franco-algérienne danse l’extase jusqu’à en devenir folle et arrive, par son corps, à nous faire ressentir les effets de la drogue que son personnage a ingurgité contre son gré. Mention honorable tout de même au danseur Romain Guillermic et à la comédienne Souheila Yacoub (pré-sélectionnée aux César 2019), qui se sont tout autant donnés pour ce film de Gaspar Noé.


Les catégories de Victor

Catégorie du film qu’on confierait volontiers à Stéphane Plaza pour un remake français

The house that Jack built
The house that Jack built ©Les films du losange

The house that Jack built, réalisé par Lars von Trier

Jack (Matt Dillon) est gaffeur et passionné par les maisons. Cela fait deux points communs avec l’animateur de M6. En plus, celui-ci s’est lancé dans le cinéma cette année avec J’ai perdu Albert, donc gardez cette idée en tête.

Le dernier pensum égocentrique de Lars von Trier a suscité de nombreux débats chez Good Taste Police. Pour ma part, je dois avouer que l’humour noir et grossier du réalisateur m’a plu. Von Trier fait peine à voir en se ridiculisant ainsi dans ce film mais l’interprétation magnifique de Matt Dillon aux airs de son rôle dans Mary à tout prix, ainsi que le grotesque assumé de la mise-en-scène, ne m’ont pas laissés indifférent.

Catégorie du réalisateur persuadé qu’un drame familial sordide est aussi léger qu’une comédie lourdingue avec Christian Clavier

Fleuve Noir
Fleuve Noir ©Mars Films

Eric Zonka, réalisateur de Fleuve Noir

Peu vu à sa sortie, Fleuve Noir risque de faire partie de ces nanars cultes dont on se souviendra pendant des années. Rien ne va dans ce film : clichés de genre poussés à l’extrême, multiples intrigues défilant de manière incohérente, etc. Mais ce qui frappe surtout dans Fleuve Noir, ce sont des comédiens sans qui la saveur de cet incident serait plus fade.

Le duo Vincent Cassel et Romain Duris fait des étincelles à l’écran. C’est assister à une œuvre d’art à ce niveau-là. Cassel qui s’imagine en Harvey Keitel dans Bad Lieutenant, beuglant à tout va “Je vais pisser !” le verre de whisky à la main, ça n’a pas être prix. Bravo aussi à Romain Duris, qui prouve qu’il ne serait pas crédible dans Esprits Criminels.

Il faut le voir pour le croire, Fleuve Noir vous marquera pour son hilarité.

Catégorie de l’acteur-réalisateur qui voulut se maquiller en Klaus Kinski, et voyant que ça prêterait à la controverse, se dit “Oh tant pis, ça sera un chanteur de variété !”

Guy
Guy ©Apollo Films

Alex Lutz, pour son rôle dans Guy

Guy n’est pas forcément le film qui m’aura le plus marqué cette année. En revanche, voir le film si chaleureux d’Alex Lutz à un moment où l’été prenait fin a eu un certain effet sur moi. Jamais cynique, ni guimauve, ce faux-documentaire sur un chanteur de variété à la Michel Sardou touche en plein cœur. On se surprend à chanter les morceaux entendus, à rire ou à désapprouver ce personnage mémorable qui aura électriser le cinéma français cette année.


Les catégories de Lucile

Catégorie du film Croustibat, qui peut l’abattre ?!

Aquaman
Aquaman ©Warner Bros

Aquaman, réalisé par James Wan

Je m’attendais à ne pas aimer mais je ne m’attendais pas à un film d’une nullité de cette ampleur. Qu’il s’agisse du jeu des acteurs, des effets spéciaux et de la trame, rien n’est bon.

Catégorie de l’homme qui tua L’homme qui tua Don Quichotte

Don Quichotte
L’homme qui tua Don Quichotte ©Océan Films

Terry Gilliam, tueur de L’homme qui tua Don Quichotte

Encore une autre déception de l’année. La malédiction aurait dû enterrer ce film pour de bon afin de nous éviter un long métrage aussi ridicule que gênant.

Catégorie du mec qui ne se rend compte qu’à la fin du film qu’un lapin qui porte un gilet, c’est pas normal !

Pierre lapin
Pierre Lapin ©Sony

Domnhall Gleeson, pour son rôle dans Pierre Lapin

En réalité, le film est une agréable surprise. Drôle, sans prétention, simple mais efficace, tout en étant un hommage au conte d’origine.


Pour de nouveaux Tasty Awards, rendez-vous dans un an. Même jour. Même heure. Même site. D’ici là, on a un paquet de trucs à aller voir en salles pour justifier la mise en place d’une nouvelle édition !

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