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shazam avis
Zachary Levi ©Warner Bros

Shazam!, le sauveur de DC ?

Un bref état des lieux des "Worlds of DC".

Il y a quelques années encore, on se demandait comment Warner Bros et DC Comics pourrait rattraper le train lancé à pleine vitesse par Disney et Marvel. Le retard était déjà colossal à l’époque. L’année passée, il semblait infini, si bien que Warner finit par abdiquer. Signifiait-ce l’arrêt total des films estampillés DC Comics ? Pas vraiment, en tout cas pas sous une nouvelle forme. Si la connexion entre les différentes séries existent toujours, rien n’empêchant les super-héros de co-exister dans un seul et même univers, elle se doit d’être la plus limitée possible. C’est en tout cas l’objectif des « Worlds of DC », l’entité officielle cinématographique mise en place par Warner Bros. pour accueillir le catalogue super-héroïque de l’éditeur historique. De quoi remonter le niveau après la déconfiture Justice League ?

Ambassadeur marin

Alors que Man of Steel passait plutôt bien auprès des journalistes, Batman v Superman fit l’effet d’une bombe pour Warner Bros. En culminant à moins de 30% d’avis favorables sur Rotten Tomatoes (un indicateur certes discutable mais très prisé aujourd’hui), BvS avait un arrière-goût de Batman Forever pour la major, un fantôme du passé que l’on aimerait tous oublier. Point de Jim Carrey ici, mais une même tendance à attirer les critiques assassines et surtout un bien mauvais départ pour un univers ciné lancé sur des bases « grim and gritty » (comprenez par là « sombres pour ne pas faire comme Marvel »). Suite à cet échec critique, Warner décida d’oublier ce crédo pour aller vers quelque chose de plus lumineux (pour ne pas dire grand guignol). Justice League ne bénéficia pas totalement de cette orientation et à la place devint un corniaud tout juste bon à énerver les quelques défenseurs de Batman v Superman. Aquaman, en revanche…

La gravité de Batman v Superman n’était pas la seule chose qui lui était reprochée, loin de là. Pourtant, c’est tout ce que Warner Bros a retenu. Aquaman, bien qu’il soit plus « cadré » et surtout infiniment moins sombre, est un véritable fourre-tout d’idées et d’influences. La voix de Pitbull côtoie les mélodies symphoniques de Rupert Gregson-Williams, là où l’esthétique passe par les blancs cramés du désert, les couleurs flashy d’un océan « avataresque » ou encore l’obscurité horrifique d’une tempête en pleine mer. C’est un bordel sans nom. Les blagues ne manquent pas, tout comme l’envie de proposer quelque chose de fun et généreux. Mais Aquaman manque de mains aguerris pour unifier tous ces « bouts » de film et en faire quelque chose d’acceptable et digeste. Il semble avoir été réalisé par cinq ou six réalisateurs différents, comme une série anthologique dont seul le fil rouge parvient à rendre l’ensemble compréhensible. Enfin, quand l’écriture n’est pas tout simplement abyssalement nulle.

Tout ce chaos a tout de même servi à quelque chose : on sait maintenant que Warner n’a rien compris aux reproches qui étaient faits à l’époque. Sauf que visiblement, Aquaman fonctionne. Pas pour nous. Mais pour les critiques et les spectateurs, c’est le cas. En se plongeant corps et âme dans le fun à outrance, Warner Bros a tout simplement fait table rase de l’identité de son univers ciné pour en faire quelque chose de difforme, d’inconsistant et, plus que toute autre chose, d’acceptable. Après tout, avec le réalisateur de Fast and Furious 7 à la barre, fallait-il attendre autre chose qu’un aller-simple furieux vers les profondeurs de l’océan ?

Une famille formidable

Shazam! est le deuxième véritable essai dans ces Worlds of DC. Moins ambitieux, plus intimiste, le film de David F. Sandberg ne souhaite pas parler de dieux, de rois et de mondes perdus, simplement d’un gosse qui se retrouve d’un seul coup avec les pouvoirs de ceux qu’il idole. On est ici dans de la comédie pure, à la manière de ce que pourrait faire un Deadpool, le cynisme en moins et la bienveillance en plus. Parce que même si son ampleur est incomparable à celle de Batman v Superman, Wonder Woman ou Aquaman, Shazam! n’oublie pas pour autant de donner du cœur à son propos. Il est moins question de traiter de l’acquisition du pouvoir que de parler des bienfaits d’une famille, adoptive dans le cas présent.

Shazam critique
Jack Dylan Grazer et Zachary Levi ©Warner Bros

C’est cette histoire de famille qui sera au centre du récit. Jamais la réalisation ne s’égare « pour se faire plaisir », Sandberg n’a rien d’un chien fou. Il s’applique à créer des interactions simples et des scènes amusantes entre frères et sœurs, au point d’en rendre chaque personnage attachant. Tous ont leur personnalité et jamais l’un prend le pas sur l’autre. Billy a beau avoir le pouvoir de faire ce qu’il veut, il n’est rien sans les personnes qui l’entourent et bien que cette phrase soit un refrain déjà maintes fois entendu dans le genre, elle prend tout son sens ici. Les connaisseurs de la BD apprécieront la justesse du traitement de cette famille improvisée !

Pour le reste, Shazam! fait preuve d’une certaine paresse, notamment dans la mise en scène. On est dans la comédie fonctionnelle pure et dure, avec tout ce que ça implique de plus banal. Tout est convenu, sans pour autant empêcher l’humour de fonctionner. Zachary Levi a beau forcer comme un diable, on ne peut s’empêcher de sourire devant la plupart des situations, notamment quand elles font référence au plus célèbre boxeur de Philadelphie. On n’en dit pas plus !

S'il n'a pas le mérite de parler frontalement de problématiques sociétales importantes, Shazam! reste un produit de divertissement parfaitement calibré, qui séduira aussi bien les vieux lecteurs de comics et les enfants qui se rêvent en super-héros. Surtout, c'est un film complet et uniforme que livre Warner Bros, le premier pour ces Worlds of DC. Inutile de préciser qu'on leur souhaite vivement de poursuivre dans cette voix tout en prenant peut-être un peu plus de risques la prochaine fois !
On l'aime pour...
Sa bonne humeur communicative
Son discours sur la famille
Son amour pour Rocky
Pas pour...
Sa mise en scène ultra plate
Son manque global d'ambition
3.5

Détails

shazam poster
Date de sortie
3 avril 2019
Réalisateur
David F. Sandberg
Casting
Zachary Levi, Asher Angel, Mark Strong
Distributeur
Warner Bros.
Budget
90 millions $
Résumé
On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller.

Bande-annonce

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