Roubaix une lumière, la critique

Rien de surprenant à ce que le plus roubaisien de tous les réalisateurs, à savoir Arnaud Desplechin, y tourne un nouveau film en plein coeur de la ville. Roubaix, une lumière est donc sorti sur nos écrans ce mercredi après un accueil tiède à Cannes et le moins qu’on puisse dire est qu’il y avait de quoi être perplexe au départ. Seulement voilà, une lumière nommée Roschdy Zem est là.

Avec ce film, on peut voir un Desplechin qui s’éloigne radicalement des tourments sentimentaux de Paul Dédalus. Inspiré du documentaire Roubaix, commissariat central, cet essai au film-noir s’approprie des faits divers survenus dans la ville natale du réalisateur. La première partie tranche radicalement avec le romanesque d’un Conte de Noël, se déroulant aussi le jour du 25 décembre. Des bribes d’enquêtes, des interrogatoires, suite à des braquages, des arnaques à l’assurances ou des viols sur mineures, apparaissent successivement avec comme décors : Un commissariat, les usines et les cheminées de la ville. De quoi donner une carte postale peu flatteuse à la ville, le pire étant souligné par un monologue d’Antoine Reinartz aussi violent qu’un reportage d’Enquête exclusive. Heureusement, il serait fou de se laisser abattre par cette première partie sensationnaliste. A partir d’un moment, une lumière éclate à l’écran.

D’un flegme inégalable, son rôle du chef de police Daoud est la raison pour laquelle il faut voir le film.

Roschdy Zem. A lui seul, il annule la possibilité que Roubaix soit nommée ironiquement une lumière, compte tenu du désespoir montré au départ. D’un flegme inégalable, son rôle du chef de police Daoud est la raison pour laquelle il faut voir le film. Observateur et à l’écoute, il est la force humaniste du film. Il est celui qui s’oppose aux hurlements de ses collègues pour interroger les suspects, qui connaît tout sur la ville et ses habitants et qui cherche à tout prix le bien chez n’importe quel individu.

A ce propos, la confrontation entre le commissaire et deux femmes suspectées d’avoir tué une vielle dame, jouées magnifiquement par Léa Seydoux et Sara Forestier, est saisissante. A partir du pire, ce commissaire laisse ressortir une humanité chez ces deux criminelles qui est bouleversante. Car au final, c’est de ça dont il est question dans Roubaix, une lumière : D’une immersion éprouvante entre le bien, le mal et ses zones grises.

Il ne faut pas avoir peur de l'approche "sensationnaliste" empruntée au début.Petit à petit, "Roubaix, une lumière" délaisse cela et transforme la ville en un véritable décor de film-noir. Porté par la classe de son acteur principal, qui est doté d'une humanité déchirante, cette incursion dans le genre du polar par Desplechin se montre prometteuse.
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Poignant
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