Quand je m’emmerde le soir, je ne me dirige pas automatiquement vers Youtube pour plonger mon regard dans les recoins les plus obscurs de l’âme humaine en matant des vidéos de Squeezie. Non non. Je suis plutôt du genre à lancer Netflix et à me choisir un film encore non-vu au hasard. Et comme le trailer de 10 Cloverfield Lane m’a plutôt emballé (et que je veux absolument le voir), je me suis dirigé vers Cloverfield premier du nom, film catastrophe en found footage sorti en 2008 et produit par J. J. « Lost » Abrams (à l’époque, maintenant on penserait plutôt à Star Trek).

Résumons rapidement la chose : des jeunes qui aiment faire la fête se retrouvent face à un monstre qui lui aussi veut faire la fête. On est devant un film de monstre pur jus, sans la plupart des clichés que le genre impose : pas de scientifique paumé pour sortir une punchline au ralenti, peu de militaires, pas de musique grandiloquente, j’en passe et des meilleurs. Juste des jeunes qui veulent aider une personne et se retrouvent coincés entre un monstre imposant et l’armée dans les rues d’une New-York devastée. Le fait de suivre une bande de jeunes au plus près est le gros point fort du film. En 2014, la Warner sortait fièrement un Godzilla vanté comme « proche de ses personnages », « à échelle humaine » et autre bullshit marketing. Au final, on suivait une bande de soldats génériques dans un mauvais remake du Godzilla de Roland Emmerich.

6 ans plus tôt, Cloverfield faisait déjà bien mieux dans le genre « à échelle humaine ». La logique found footage veut que le spectateur se sente au cœur de l’action, dans les rues, dans les tunnels ou entre les pattes du monstre. Et la plupart du temps, ça marche très bien. Le côté tête à claques des personnages ne transparaît pas trop et on appréciera même leur côté ordinaire (parce qu’on est tous un peu tête à claques quand on y pense bien). Pourtant, la réussite n’est pas totale. Le film est divertissant, il est très spectaculaire et tendu. Mais Matt Reeves oublie parfois qu’il est censé tourner un film comme le ferait un amateur. Il y a une scène en ce sens qui est particulièrement ridicule (mais ferait son petit effet dans un film de guerre). Nos personnages marchent dans la rue, voient le monstre au loin puis une roquette passe au-dessus de leur tête. Là, ils se retournent et se retrouvent face à une dizaine de soldats et un char. Comment n’ont-ils pas pu l’entendre ou même sentir le sol trembler ? Certes le spectacle est là, le problème est que Reeves a sacrifié le réalisme lié à cette technique de mise en scène juste pour faire une scène cool. C’est dommage, cet oubli revient très souvent, en plus du comportement parfois incohérent du caméraman.

Dernier point à aborder : le monstre. On le voit trop. Beaucoup trop. Ici, point de suggestion. On le voit peu au début, et après on le voit tout le temps et en très gros plan. Pourtant, il est assez mal foutu. Les effets spéciaux sont moyens et cacher le monstre aurait pu minimiser ce défaut. Mais non, il faut qu’ils le montrent, partout et tout le temps. A croire que nos « héros » ont un pisteur accroché au talon.

Cloverfield est moyen. C’est l’élève qui veut bien faire et oublie ses affaires une fois sur deux. On aimerait bien être gentil avec lui, à condition qu’il fasse des efforts (qui ne viennent jamais). Mais au moins, il n’a pas fait diminuer mes attentes pour 10 Cloverfield Lane. C’est le principal !