Rambo : Last Blood, la critique

Au bout du cinquième film, il en est sûr : John Rambo, ce militaire traumatisé de la guerre du Vietnam, ne sera jamais en repos. Sylvester Stallone a décidé d’en faire ainsi pour son anti-héros brisé en milles morceaux et le fait revenir une nouvelle fois au cinéma plus de dix ans après le carnage de John Rambo. Un retour fait sous une philosophie proche du culte de la family dans Fast and Furious et d’une politique Trumpiste. Un retour irresponsable qui ne manquera pas de nous faire regretter le premier volet signé Ted Kotcheff.

Il faut s’interroger sur la nécessité des suites de Rambo. On se souvient d’un premier opus impressionnant dans l’anti-militarisme imposé par Kotcheff, réalisateur, et David Morel, romancier. Rambo – First Blood, par une économie de détails et de lieux, plongeait de façon vertigineuse dans le trauma d’un soldat parti vers une guerre qu’il n’a pas demandé. Stallone, gueule du cinéma américain, y traînait un spleen bagarreur proche d’une autre légende qu’il a créée : Rocky Balboa. On le quittait à la fin de ce premier opus désabusé, une force colossale prête à être oubliée par les Etats-Unis malgré tout le service qu’il leur a rendu au sacrifice d’une santé mentale stable. Après, il y a eu Rambo 2, qui commençait à transformer cette tragédie en un actionner divertissant et soigné, il faut le reconnaître, mais qui allait faire prendre un virage étonnant à la charge critique du premier volet. Puis, nanar à grand budget, un troisième volet patriotique à souhait nous offre un florilège de scènes improbables comme ce mythique dialogue sur le bleu. Il aura fallu attendre 2008 pour avoir une suite, signée Stallone himself, qui replongeait la psyché de l’anti-héros dans un monde guerrier insurmontable par son extrême violence. Jamais en repos pendant quatre films étalés sur une vingtaine d’année, cet opus se concluait par un Rambo, assumant de façon explosive son guerrier dans un carnage sanglant, qui a enfin trouvé une demeure où se reposer aux Etats-Unis. Une conclusion méritée pour notre héros. L’annonce d’un cinquième volet a suscité craintes et passions auprès des fans, et en découvrant où est-ce que Stallone va emmener son personnage ici, on préfère rester sur la fin de son précédent opus.

Et devant toutes ces mises à morts sadiques, on constate avec effroi que c’est l’esprit de Rambo que l’on trucide.

Derrière la caméra, il y a Adrien Grundberg. Un réalisateur déjà responsable de la résurrection d’une autre légende des 80’s, Mel Gibson, dans le direct-to-video Kill the Gringo. Et malgré l’implication de Stallone à l’écriture, il y a fort à penser que ce faiseur n’a retenu que les scènes bourrins de la franchise pour tenter de l’imiter de manière grasse. On retrouve un héros apaisé dans son ranch. Toutefois marqué par des symptômes post-traumatiques, on le retrouve s’occupant des chevaux dans un paysage très Texan. Un sourire aux lèvres se présente à nous sectateurs devant un Rambo serein, malgré les blessures profondes. Sa relation paternelle avec Gabrielle, fille recueillie au ranch avec sa grand-mère, est même touchante. Malheureusement, cet apaisement semble devoir toucher à sa fin selon le scénario et soudain, un vent de violence s’abat à nouveau pour John. Et devant toutes ces mises à morts sadiques, on constate avec effroi que c’est l’esprit de Rambo que l’on trucide.

S’attaquant aux cartels mexicains, Rambo livre une suite gonflée par une xénophobie palpable et qui risque de faire plaisir à Donald Trump et Mike Pence. On grince des dents devant la représentation sensationnaliste du Mexique, montrée uniquement sous les traits des gangs et des boites de nuits dangereuses, contrastée face à un ranch texan paradisiaque. De même que l’ultra-violence du film, s’assumant même pas par son gore lissée par une obscurité immonde, créée le malaise par son côté parc d’attractions de l’horreur exposé lors du climax final. Là où on se souvient d’un John Rambo extrêmement dur à regarder mais qui avait le mérite d’interroger la nature de notre héros, ici, les combats deviennent inutilement sadiques. Au final, ce n’est pas devant un film Rambo que nous sommes mais devant une fan-fiction n’ayant rien compris à l’essence même du personnage.

Strict minimum d’un film Rambo, ce cinquième volet paraît comme celui de trop. Celui que les fans seront contents de voir pour découvrir ce qu’il en est de la vie de leur héros, mais qui ne comprend pas le mythe qu’il est en train de filmer. Réactionnaire et ennuyeux, on en vient presque à regretter la candeur nanardesque du troisième volet.
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Inutile
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