Portrait(s) – Elizabeth Banks

Alors qu’elle nous offre le retour de Charlie’s Angels pour Noël, Elizabeth Banks ajoute par la même occasion une pierre à l’édifice qu’est sa carrière. Retour sur un parcours devant et derrière la caméra.

Connue et reconnue pour ses rôles de girl next door drôle et sympathique, Elizabeth Banks a un visage qui est ancré dans l’esprit de quiconque s’intéresse à la culture et au divertissement populaire américain. Mais au-delà de son image à l’écran, Banks va petit à petit se frayer un chemin derrière la caméra et devenir une personnalité proéminente de cette industrie. Comment cette actrice semblant si ordinaire s’est révélée être une des figures les plus importantes d’Hollywood ? Et qu’est-ce que cela signifie ?

Née Mitchell, devenue Banks

Dans le Massachusetts en 1974, la famille Mitchell voit naître Elizabeth. Fille de banquière et d’ouvrier, elle est loin de faire partie du 1% (soit le pourcentage des personnes les plus riches du monde). Elle est éduquée selon des valeurs très traditionnelles d’une amérique WASP (White Anglo-saxon Protestant, soit : protestant anglo-saxon blanc), et se décrit comme « enfant à la clé« : une enfant rentrant seule chez elle après l’école. De ce fait elle construit elle-même sa culture autour de nombreux programmes télévisuels, notamment des game shows tels que Press Your Luck sur ABC. Sans s’en rendre compte, sur cette habitude si ordinaire vont se forger toutes ses aspirations.

Sa première rencontre avec l’art du théâtre se fait à son adolescence, lorsqu’elle joue dans la pièce de son lycée. Elizabeth poursuit cette passion qui l’amène des années plus tard à obtenir son diplôme de communication option arts du théâtre avec mention en 1996, et un diplôme du conservatoire de théâtre de San Francisco en 1998. A partir de là, Elizabeth prend son art à bras le corps et afin d’en faire quelque chose de plus professionnel, décide de s’inscrire à la Screen Actors Guild. Une autre personne étant déjà inscrite sous le nom d’Elizabeth Mitchell, l’actrice doit alors faire un choix et choisit d’abandonner son nom de famille. Elle laisse son passé derrière elle et devient celle qu’elle avait toujours voulu être. Parce qu’au-delà de faire de sa passion son métier, elle en fait sa vie entière, et devient officiellement Elizabeth Banks.

Du rôle de film indépendant (Surrender Dorothy de Kevin DiNovis en 1998) au petit rôle dans le soap opera All My Children ou New York Unité Spéciale, Banks construit sa carrière doucement mais sûrement. Son premier gros rôle de comédie arrive en 2001 dans l’échec commercial et critique de David Wain, mais qui est maintenant un film culte : Wet Hot American Summer.

Petit à petit, l’enfant à la clé devient une comédienne confirmée et affirmée, mais en veut encore plus. Alors en 2002, Banks crée sa propre société de production nommée Brownstone Productions en collaboration avec son mari, Max Handelman. Cependant ils ne produiront pas grand chose de notable pendant un certain temps, ce qui laissera à Banks toute la liberté de jouer en 2005 dans un film qui la rendra célèbre dans le monde entier : 40 Ans, toujours puceau de Judd Apatow. Après ça, que ce soit à la télévision (Scrubs, 30 Rock…) ou au cinéma (Spider-Man, Definitely Maybe, Zack and Miri Make a Porno, Role Models, What To Expect When You’re Expecting…), elle est partout. Mais malgré le fait que sa carrière de comédienne prend de l’ampleur, les personnages qu’elle joue restent très similaires. Que ce soit au petit ou au grand écran, elle joue principalement la love interest ou le personnage secondaire un peu potiche. On ne semble lui confier que des rôles très unidimensionnels, paradoxe à sa réelle complexité et pluralité.

De l’objet au sujet

Toutefois, Banks ne laisse pas ce typecasting la ralentir et va même en jouer pour amener sa carrière un cran au dessus. En 2012, elle se retrouve au casting de la comédie à succès Pitch Perfect pour un personnage qui, même s’il sort un peu de ses habitudes, reste dans sa zone de confort. C’est avec ce rôle que la comédienne en profite pour dévoiler ses talents de productrice grâce à sa société Brownstone qui ressort de l’ombre et co-produit le film. En même temps, elle est aussi à l’affiche de The Hunger Games, ce qui fait de cette année une nouvelle fondation pour sa carrière. Véritable tremplin interconnecté d’une manière ou d’une autre à chaque petite évolution dans la carrière de Banks, Pitch Perfect se verra octroyé une suite grâce à son ambition et à son amour de pour toutes les facettes du métier. Parce que non contente d’avoir déjà produit et joué dans le premier opus de la franchise, Banks remet le couvert trois ans plus tard sur Pitch Perfect 2, en s’ajoutant au passage à la réalisation. Sans pour autant oublier ou renier son talent et sa passion pour le jeu et la comédie, elle passe de la blonde rigolote devant la caméra à la véritable cheffe derrière la caméra. Elle passe de la figure d’objet à celle de sujet le plus essentiel de ses projets. Un peu à la fois, l’actrice, productrice et réalisatrice devient une personnalité incontournable d’Hollywood, reconnue par les Women in Hollywood Awards pour ses « extraordinaires prouesses dans tous les aspects de l’industrie audiovisuelle. »

Ayant alors fait ses preuves devant et derrière la caméra, mais aussi hors de la comédie, elle se voit avoir plus de liberté dans ses choix (et offres) de rôles. Les personnages qu’elle interprète sont de plus en plus diversifiés, dans des genres de films de plus en plus variés. Par exemple, à l’image de la pluralité de sa propre personne, elle interprète la mère aimante, courageuse et effrayée du personnage principal de Brightburn, à la croisée du film de super-héros et d’horreur. Et même si émancipée d’un certain typecasting, Banks ne renie tout de même pas l’origine de ses aspirations et passions et, comme le paiement d’une préparation bien écrite, elle se voit devenir l’animatrice du reboot de son game show préféré Press Your Luck sur ABC. La boucle est bouclée. Ou presque. Parce qu’évidemment, Banks ne s’arrête toujours pas là. De nouveau avec sa société Brownstone Productions, après avoir produit le dernier opus de Pitch Perfect, elle s’attaque cette année au reboot de Charlie’s Angels dans lequel elle partage l’affiche avec un casting cinq étoiles (Kristen Stewart, Ella Balinska et Naomi Scott) et, encore une fois, qu’elle réalise.

Véritable femme-orchestre, figure immanquable d’Hollywood, Elizabeth Banks est une inspiration. Au-delà de s’épanouir dans des rôles de comédie, elle est aussi sa propre cheffe et tient les rennes de nombre de projets de films et autres productions populaires de divertissement. Et fait tout cela simplement par passion. En restant humble et en travaillant dur, Banks s’est construite en tant que figure proéminente de l’audiovisuel et du cinéma et prouve que cette place n’est pas réservée qu’à la même typologie de personne. Dans notre monde habitué à voir des femmes productrices et/ou réalisatrices derrière des projets plus indépendants, il est bon et tout aussi important de voir une femme à la tête de projets dans une industrie plus populaire de divertissement.

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